Archives pour la catégorie Ingénierie territoriale

A ne pas manquer : la formation en ligne “Territoires et développements : changeons d’époque” arrive !

Le MOOC (formation en ligne) sur le développement local intitulé “Territoires et développements : changeons d’époque” débutera le 11 mars pour une durée de 4 semaines.

Notion à la fois ancienne et fortement questionnée par la période actuelle, le développement local impacte directement les sujets du quotidien : l’alimentation, les mobilités, l’éducation, l’économie ou la santé, mais aussi les questions de participation. Cette notion est pourtant bousculée par un contexte de mutations multiples et les transitions écologiques, administratives ou démocratiques que nous traversons ou cherchons à mettre en œuvre appellent d’autres façons de penser et de faire le développement des territoires.

Il s’agira au cours des quatre séances de ce MOOC, publiées sur la plateforme FunMooc, d’explorer les notions de Développement et de Territoire pour aller vers l’idée que le bien commun d’un territoire incarne l’enjeu de son propre développement. Les enseignements dispensés par des intervenants professionnels du développement des territoires permettront à l’apprenant de construire une vision transversale et complémentaire de ce que pourrait être le développement des territoires à l’avenir.

Les inscriptions sont ouvertes dès à présent : http://bit.ly/moocdevterritoires

 

Format du cours :

Ce séminaire en ligne comporte 4 séances. Chaque séance est constituée de plusieurs vidéos, d’exercices autocorrectifs, de ressources complémentaires et de documents d’accompagnement.

Plan du cours :
Séance 1 : Qu’est-ce que le développement local et territorial ?
Séance 2 : Les challenges actuels : complexité et opportunités
Séance 3 : Comment faire autrement ?
Séance 4 : La coopération comme point de départ du développement du territoire

13/02 – Deuxième séance du séminaire du Carrefour des Métiers : Le développement territorial d’aujourd’hui et de demain

 Téléchargez le programme de la 2e séance du séminaire

La deuxième séance du Séminaire du Carrefour des métiers, “Le développement territorial d’aujourd’hui et de demain : postures, ingénierie et savoir-faire” se déroulera à la MSH Paris-Nord mercredi 13 février de 14h00 à 17h00.

Autour des pratiques et des postures de la démocratie participative, nous accueillerons à cette occasion Laura Séguin de l’IRSTEA et Jean-Michel Fourniau de l’IFSTTAR.

Retrouvez le programme complet du séminaire

Ce séminaire est un rendez-vous mensuel à partir de janvier 2019, les deuxième ou troisième mercredis du mois, de 14h à 17h.

Il est ouvert à tous sur inscription préalable. L’objectif est de constituer un groupe « régulier » de participants qui soient des contributeurs actifs sur l’ensemble des séances (les conférences et les ateliers) afin de favoriser une progression collective, et de permettre une large participation.

Contacts des organisateurs :
Philippe CARBASSE Animateur du Carrefour des métiers du développement territorial, philippe.carbasse@laposte.net
Johan MILIAN UMR LADYSS, Université Paris 8, johan.milian@univ-paris8.fr
Pascal PETIT UMR CEPN, Université Paris 13, pascal.petit@univ-paris13.fr

 

Carrefour des Métiers – retour sur la journée de travail – 11 décembre

Le Carrefour des Métiers, porté par l’UNADEL et l’IRDSU avec le concours du CGET, a organisé le 11 décembre une journée de travail pour préparer son programme de travail 2018-20. L’occasion de travailler sur les nouveaux enjeux du développement local et la multiplication des initiatives citoyennes.

retrouvez tous les éléments de cette journée programmes, documents remis, propos introductifs, questionnements sur la page du site du Carrefour des Métiers.

Pourquoi créer des communes nouvelles en 2018

Si les élus locaux portant un projet de commune nouvelle ne réagissent pas cette année, ils devront attendre 2020.

En France, une commune nouvelle est définie comme le regroupement volontaire de plusieurs communes existantes (1). Le mouvement de création de communes nouvelles pourrait être relancé en 2018 après une année d’attente liée au contexte électoral (2). Cette intuition est confortée par plusieurs dispositions de la loi de finances 2018 (prolongement des garanties de dotations pour les communes nouvelles créées cette année et extension du dispositif à celles allant jusqu’à 150 000 habitants alors que le compteur était jusque-là bloqué à 10 000). Et, enfin, il ne sera pas possible d’en créer en 2019 car, d’après le code électoral, les limites des communes ne peuvent être modifiées l’année qui précède les élections municipales (3).

Saisir l’opportunité

En dehors des aspects financiers, cette démarche volontaire de regroupement peut permettre aux élus de petites ou moyennes communes de répondre à plusieurs défis. Ceux qui l’ont fait témoignent d’une meilleure prise en compte de leurs projets dans les intercommunalités toujours plus grandes où les villes-centres et leurs préoccupations « dominent ». Dans beaucoup d’intercommunalités, les communes rurales n’ont plus qu’un délégué ce qui renforce la domination des communes plus importantes. Certains élus réorganisent totalement le niveau local en prévoyant d’avoir demain, au sein de leur intercommunalité, des communes de tailles quasi identiques. C’est le cas dans le Pays des Mauges (Maine-et- Loire) où six communautés de communes regroupant 65 communes ont décidé, en 2016, que chacune devenait une seule commune et que ces six communes nouvelles seraient réunies dans une communauté d’agglomération. Ces recompositions bouleversent les relations historiques. Par exemple, dans la Communauté de communes du Pays d’Ancenis (Loire-Atlantique), Ancenis, le bourg centre, a désormais la même population qu’une des communes nouvelles et certains élus entendent à terme avoir un nombre réduit de communes de taille comparable. Ces créations entraînent aussi une réduction considérable du nombre d’élus dans les conseils communautaires devenus pléthoriques à l’issue des fusions.

Mutualisations

Les communes nouvelles peuvent également mieux gérer la reprise des compétences de proximité (enfance, scolaire, social, personnes âgées, santé…) dont certaines grandes intercommunalités ne veulent pas. Il est donc encore temps, en 2018, d’utiliser ce dispositif « communes nouvelles » pour préserver l’exercice des compétences de proximité en les redonnant à des communes « agrandies » qui ont davantage les moyens de les gérer. De plus, tous les élus qui se sont lancés dans une fusion de communes soulignent qu’ils ont réussi une mutualisation à « 100 % » sans être tenus, comme auparavant, de rédiger de multiples conventions pour la gestion des services à la population. Cette mutualisation aboutit à des gains financiers sur tous les contrats et groupements de commandes et permet une véritable rationalisation de la gestion. Les détracteurs de ce dispositif mettront toujours en avant les difficultés et les échecs dont ils ont connaissance ou entendu vaguement parler. Il est évident qu’on ne peut modifier un ordre établi depuis plus de deux siècles (l’organisation des communes) sans essuyer une salve de critiques.

Oser le changement

Toutes les difficultés signalées venant de blocages juridiques ou financiers ont été prises en compte par le législateur pour faciliter le projet des élus. Depuis la loi de 2010 instaurant les communes nouvelles, il y a eu de nombreux ajustements législatifs, comme en témoigne la loi Pélissard- Pires Beaune de 2015 (4) ou encore la loi Sido (5). Ce que ni la loi, ni les discours, ni les arguments les plus rationnels ne pourront gérer, ce sont les mentalités, les querelles historiques et la peur du changement. Les élus pionniers ont souvent su s’appuyer sur les habitants et leurs demandes en matière de services et équipements publics. Dans certains cas, les habitants se mobilisent au moment du choix du nom de la commune nouvelle ; dans d’autres, ils s’étonnent que ce projet n’ait pas vu le jour plus tôt ! Il reste cependant un point délicat concernant la représentation des communes « historiques » dans les futurs conseils municipaux. Pour l’instant, rien ne garantit que les listes qui l’emporteront comportent des candidats venant des différentes communes historiques. La constitution de listes intégrant un minimum de représentants des anciennes communes pourrait être une solution.


(1) Statut défini par la Loi de réforme des collectivités territoriales du 16 décembre 2010.

(2) En 2017, il y a eu une trentaine de créations de communes nouvelles, alors qu’on en avait dénombré près de 560 l’année précédente.

(3) Un arrêté de création pris en 2019 prendrait effet au 1er janvier 2020, soit moins de six mois avant les élections municipales, à moins qu’elles ne soient repoussées à 2021 comme le proposent certains.

(4) Loi du 16 mars 2015 relative à l’amélioration du régime de la commune nouvelle, pour des communes fortes et vivantes.

(5) Loi du 8 novembre 2016 tendant à permettre le maintien des communes associées, sous forme de communes déléguées, en cas de création d’une commune nouvelle.


Retrouvez cet article dans les pages de la revue Transrural Initiatives de mars-avril 2018

Visite dans les Crêtes pré Ardennaises

La CC des Crêtes pré Ardennaises, dont le siège est à Poix Terron entre Charleville-Mézières et Rethel, vient de fêter ses 20 ans.

Un âge de raison ? En tous cas le temps de faire le bilan de tout le travail accompli au service du développement du territoire.

Citoyens et Territoires Grand Est, l’ancien Carrefour des Pays Lorrains, avait choisi mardi 20 septembre d’y faire une visite avec quelques uns de ses adhérents. L’Unadel était du voyage.

Des échanges passionnants autour de deux projets, les éoliennes citoyennes, dont l’éolienne des enfants et le projet de centrale photovoltaïque du village de Signy l’Abbaye …

en avoir plus ?

http://www.cretespreardennaises.fr

l’Unadel en Maurienne le 28 avril – retrouvez quelques photos et les tweets …

Jeudi 28 avril, en pays de Maurienne, l’UNADEL et le syndicat du Pays de Maurienne ont tenu réunion autour de l’accessibilité des services et de l’articulation des schémas qui en découlent.

Une actualité au moment ou l’objectif fixé est d’avoir 1000 maisons de services au public fonctionnant fin 2017.

retrouvez quelques éléments des débats de la journée relevé sur twitter avec

@AssoUnadel et/ou les mots dièses  #services et #Maurienne

d’ici quelques jours, le compte-rendu de cette journée au delà de ces quelques images.

IMG_3500 IMG_3504  IMG_3510IMG_3508

31 mars. Rencontre Territoires à Entre-Deux-Guiers

Le projet de territoire participatif: au-delà de la méthode, l’enjeu d’une culture partagée

bandeau-31mars

Née de la fusion de trois communautés de communes et engagée depuis 2015 dans l’élaboration participative de son projet de territoire, la communauté de communes Cœur de Chartreuse offre une accroche particulièrement intéressante pour dégager des sources d’inspiration et de réflexion, ainsi que des ressources pour l’action autour des enjeux suivants :

Enjeu de la co-construction : comment mobiliser et impliquer les énergies de toutes et tous pour concevoir un projet de territoire collaboratif et promouvoir durablement un mode de faire impliquant les acteurs et les habitants ?

Enjeu de la mise en œuvre : comment concilier identité particulière de la communauté de communes  et nécessaires  interrelations avec les autres niveaux de territoires ?

Enjeu du suivi et de l’évaluation : entre vision d’avenir et besoin d’adaptation aux réalités de mise en œuvre, comment faire vivre le projet de territoire ?

Participants : élus, techniciens, institutions, entreprises, associations, habitants

Date : jeudi 31 mars 2016, de 9h30 à 16h30

Lieu : Communauté de communes Cœur de Chartreuse, Entre-Deux-Guiers

Consulter le programme détaillé

S’inscrire à la rencontre

Journée co-organisée avec la Communauté de communes Cœur de Chartreuse, le CPIE Savoie Vivante, le PNR Chartreuse, l’AADEC et ARGOS Consultants.

Cycle de Rencontres Territoires en Auvergne – Rhône-Alpes, organisé par l’Unadel et la Caisse des dépôts et consignations – Mairie-conseils, en partenariat avec les territoires accueillants.

 

La coordination des acteurs, une nécessité pour répondre aux besoins d’ingénierie des territoires

En partenariat avec l’ADF, la Caisse des Dépôts, l’INET et plusieurs autres organismes, ETD vient de réaliser une étude sur le rôle des départements dans la réponse aux besoins d’ingénierie des territoires.Cette étude propose des questionnements et des éléments de méthode afin d’accompagner les acteurs départementaux de l’ingénierie publique dans l’organisation d’offre juridiquement sécurisées, viable économiquement, adaptée aux besoins des territoires et évolutives.

Deux enjeux sont plus particulièrement étudiés : le dialogue entre acteurs publics et privés de l’ingénierie ; le chainage des ingénieries. Les pistes d’action présentées dans la note sont illustrées par des exemples de démarches innovantes engagées par des acteurs départementaux de l’ingénierie publique.

Télécharger la note :

La coordination des acteurs

(1) en partenariat avec la Fnau, la Fédération des Epl, la FnCaue et le Cner 

Le développement local : espoirs et freins

Pour relancer le débat sur le développement local aujourd’hui, l’Unadel propose de relire ce texte de Jean-Louis Guigou,  spécialiste de l’aménagement du territoire . Publié initialement dans Correspondance municipalerevue pour le pouvoir local – en mars 1984, le texte donne des définitions pour le développement local, son émergence, ses rapports avec l’État, et les suites possibles du mouvement. 

terre-planete-fragile

La signification politique et économique du développement local

Dans les années 1970-1980, Walter Stohr et Samir Amin, dans des perspectives différentes, furent les premiers théoriciens à parler du développement « par le bas », développement autocentré, endogène et du développement « par le haut », développement dans lequel l’État joue un rôle essentiel non seulement de régulateur mais d’initiateur.

À travers ces réflexions théoriques, la notion de développement local renferme les idées d’autonomie, d’indépendance, de valorisation des ressources locales, de territorialisation de la production et des échanges, de globalité, de refus d’une division interrégionale et ou internationale du travail.

La notion de développement local s’est enrichie de l’analyse de nombreuses expériences, déjà fort anciennes, en France comme à l’étranger.

  • expérience du Québec, où le mouvement coopératif s’est largement diffusé (les Caisses Desjardin…),
  • expériences d’organisations économiques et sociales dans le pays basque espagnol (mouvement coopératif de Mandragon etc.),
  • expériences d’organisations politiques et administratives des cinquante-quatre maires de la baie de San Fransisco depuis 1960,
  • expériences, en France, du mouvement coopératif, en milieu agricole et ouvrier, du mouvement en faveur des « pays » en milieu rural, de ce qui fut dans les années 1970 appelé exagérément « les luttes urbaines ».

Toutes ces expériences ont un point commun : il s’agit de minorités – canadiens français au Québec, basques en Espagne, ruraux menacés par la désertification, populations urbaines aux prises avec une modification de leur environnement qu’elles réprouvent – qui subissent une agression extérieure et se mettent en situation de résister. La solidarité – qu’elle soit locale, de classe, de confession, d’ethnies – est l’expression d’une résistance à une agression extérieure. Telle est d’ailleurs la définition que donne Karl Marx de la solidarité et que nous retiendrons comme première hypothèse.

Ainsi, à travers les approches théoriques, et l’expérience des faits, la notion de développement local sort quelque peu de la confusion et ses deux composantes semblent clairement identifiées :

  • une composante culturelle : c’est la solidarité comme réponse à une agression extérieure. Face à une menace de déclin, de marginalisation, d’exploitation, d’expulsion, de disparition, la population locale s’organise pour réagir et par là-même elle invente des modes originaux de communication et d’échanges interpersonnels.
  • une composante économique : c’est la reconquête de l’outil de travail, la réappropriation et l’exploitation des richesses locales. La population locale, menacée d’appauvrissement se met à créer collectivement.

Il s’ensuit la définition suivante du développement local : le développement local est l’expression de la solidarité locale créatrice de nouvelles relations sociales et manifeste la volonté des habitants d’une micro-région de valoriser les richesses locales, ce qui est créateur de développement économique.

Sous une forme différente on pourrait dire que : le développement local se définit comme un accroissement des échanges – matériels, culturels, informatifs – créateur de nouvelles relations sociales et de développement économique au sein d’une micro-région dont les habitants ont manifesté une profonde solidarité.

Ces définitions rendent bien compte de toutes les situations aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, dans les pays en voie de développement que dans les pays développés.

Pour sa part, un groupe administratif interministériel, fonctionnant à la Datar, a abouti à la définition suivante, reprise dans le IXe Plan. « Le développement local se caractérise comme la mise en œuvre le plus souvent mais pas exclusivement, dans un cadre de coopération intercommunale, d’un projet global associant les aspects économiques, sociaux, culturels du développement. Généralement initié par les élus locaux, un processus de développement local s’élabore à partir d’une concertation large de l’ensemble des citoyens et des partenaires concernés et trouve sa traduction dans une maîtrise d’ouvrage commune. »

Cette définition met davantage l’accent sur les aspects institutionnels.

Quelle que soit la définition retenue, d’un objet de débat idéologique (vivre décider et travailler au pays, les luttes urbaines, l’économie alternative), la notion de développement local est devenue un mode d’approche, une méthode d’appréhension globale des problèmes locaux qui peut s’appliquer aussi bien à des politiques sectorielles (l’habitat, l’emploi, la culture…) qu’à des publics prioritaires (les jeunes, les chômeurs, les personnes âgées…), aussi bien en zone rurale qu’en milieu urbain, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement.

La globalisation de l’approche des problèmes de développement locaux est d’autant plus nécessaire que la société locale se trouve agressée par l’extérieur et en état de manifester sa solidarité. Le degré de globalité de l’approche et de la résolution des problèmes locaux (par les autochtones ou par les ministères) mesure très directement l’importance de l’agression sur une population locale et le degré de solidarité qu’elle manifeste.

Voilà pourquoi les différents ministères qui voudraient agir, comme des agents autonomes, sur des sociétés locales en état de réaction forte, sont assurés d’un échec. Comme disait récemment un fonctionnaire : « Nous faisons désormais tous la même chose » sous-entendu, quel que soit le ministère, si la solidarité locale s’est manifestée, nous devons, et nous devrons, passer de plus en plus par l’approche globale (économique et culturelle) des problèmes locaux.

Partout ailleurs, là où il n’y a pas de manifestation de très forte solidarité locale, les initiatives individuelles et les actions sectorielles des différents ministères peuvent perdurer.

Dès lors, quel est l’enjeu du développement local ?

Si le développement local est bien conforme à la définition qu’on vient d’en donner, l’enjeu est clair : s’il débouche sur de nouveaux modes de communication et de relations sociales (composante culturelle) et s’il induit une réappropriation de l’appareil de production par le local susceptible de générer une croissance des productions (composante économique), le développement local peut profondément bouleverser la culture d’une société. Du même coup, si ce processus de développement local fait tâche d’huile et se généralise sur tout  le territoire national, il risque de conduire à un profond changement de nos structures de production, d’échange de régulation sociale et d’organisation de la société. Prenons trois exemples.

La transformation de l’État dans ses relations avec la société civile

L’État tient en France une place considérable. La France n’a triomphé jusqu’ici des crises qui ont secoué son histoire que par la volonté persévérante de l’État.  On imagine mal l’essor de la France s’accompagnant de l’effondrement de l’État. Cela est encore plus vrai aujourd’hui. Cependant, pour répondre aux agressions et aux défis économiques, technologiques et culturels, une société civile plus fluide, plus rapide, plus autonome, plus responsable et plus créatrice s’avère indispensable. En un mot, il faudrait une société où le développement local progresse.

Comment bâtir une telle société si l’État demeure ce qu’il est devenu : segmenté, lent et passablement conservateur ? Mais quelle force prodigieuse aurait la France si la société civile et l’État étaient enfin en interaction créatrice avançant d’un même pas tout à la fois libres et complices !

Ainsi donc, la pratique du développement local qui diffuserait largement sur le territoire, conduirait à une profonde transformation de l’État dans ses rapports avec la société civile.

La transformation de l’économie et sa conduite

Le développement local met l’accent sur l’initiative et la créativité individuelle et / ou collective – il met l’accent sur le rôle des PME/PMI, le rôle des sociétés coopératives, les transformations des modes d’organisation du travail qui ne peuvent apparaître souvent que dans des entreprises de petite taille.

En ce sens le développement local, sur le plan économique, se réfère davantage à la théorie de l’offre qu’à a théorie de la demande. Or, de 1933 à 1980, la pensée économique dominante, inspirée par Roosevelt et par Keynes et les politiques mises en œuvre se référaient à la théorie de la demande. Ainsi donc, en faisant jouer un rôle essentiel à la création et à l’offre, le développement local conduit à une transformation profonde de l’économie.

La transformation des modes de communication

Le développement local dans la mesure où il apparaît comme une réaction collective et locale d’une population devant une menace de disparition, ou de marginalisation, produit et recherche de l’information et organise sa communication.

L’information qui lui est nécessaire pour assurer son dynamisme ne saurait se limiter aux données utiles pour l’action et la prise de décision. Elle remplit plusieurs fonctions : besoin de savoir, besoin de comprendre, besoin de parler, besoin de se situer. Par là-même, le développement local produit des modes de communication originaux. Les informations et leur communication deviennent des actions de développement : elles permettent la prise de conscience de la population, une meilleure compréhension des enjeux locaux, elles créent et structurent un dialogue social.

Or, si telles sont les exigences du développement local, la situation montre qu’à l’heure actuelle, en France, l’information économique, aussi bien que culturelle, est hiérarchisée, centralisée, disputée, cachée, voire ignorée. Là encore, le développement local conduit à des transformations de structure importantes.

Première conclusion

Pour se manifester le développement local nécessiterait une solidarité locale, laquelle ne s’exprimerait qu’à la suite d’une agression extérieure.

Le développement local n’est donc pas un remède, ou une réponse directe à la crise économique. Les agressions contre une population locale peuvent aussi bien se manifester pendant la crise (menace de fermeture d’usines et exode) que pendant la période d’expansion (grand chantier défigurant le pays).

Le développement local est une voie de progrès qui résulte de multiples « agressions » subies par certaines populations (mode de production trop concentré, concentration de l’information, perte d’identité culturelle, etc.) qui se mettent en état de résister et de développer de nouveaux modes d’organisation économique et sociale.

L’enjeu du développement local c’est le passage d’une société disciplinaire et corporatiste à une société fiduciaire et coopérative. Le partenariat, dans les rapports sociaux et institutionnels importerait plus que la hiérarchie.

À ce stade de l’analyse qui découle directement de la définition que donne Karl Marx de la solidarité et qui constitue notre hypothèse première, une question fondamentale surgit : si le développement local se manifeste toujours du côté de « l’oppressé », du côté de celui qui est menacé dans son existence, du côté du « faible » et jamais du côté du « fort », alors le développement local doit rester structurellement lié à des zones périphériques et marginales par rapport aux centres dominants de l’activité économique et du pouvoir politique. Le développement local doit s’insérer et se développer dans des groupes sociaux, des populations, des ethnies, qui sont minoritaires.

Tel est le cas, en France dans « les pays » en zones rurales, au Québec, dans le pays basque espagnol etc. Suivant notre analyse, jamais le développement local et plus largement le mouvement coopératif et mutualiste qui s’y rattache, ne pourrait devenir majoritaire et dominant.

Cette première conclusion « pessimiste » pour ce qui concerne l’avenir du développement local, doit cependant être corrigée pour tenir compte des transformations de l’environnement politique (le rôle de l’État), des transformations quant aux aspirations sociales (l’élan de la base), des transformations de l’évolution de l’économie (la théorie de l’offre) et des évolutions technologiques (communication, informatique, biotechnologies).

Ces modifications de l’environnement peuvent créer des conditions telles que le développement local s’émancipe des zones périphériques et marginales pour largement se diffuser et, qui sait, devenir, à long terme, majoritaire, exclusif et à son tour dominant dans tout l’espace.

Jean-Louis Guigou, Correspondance municipale n° 246, mars 1984

Lancement de l’expérimentation nationale « S’organiser pour innover »

L’Unadel et Mairie-conseils Caisse des Dépôts lancent une étude portant sur neuf territoires structurés à l’échelle de bassins de vie (grande communauté de communes, pays, PETR, PNR..). Cette expérimentation vise à analyser le « couplage » entre des stratégies de développement innovantes en matière de transition énergétique ou de tourisme durable et le fonctionnement de ces grands territoires.

En quoi les volets « gouvernance », « coopération » et « mobilisation », sont-ils indispensables à la réussite des stratégies de développement innovantes ? Quelles avancées  sont-elles profitables pour l’ensemble du fonctionnement territorial ? Quelles clefs de réussite pourraient-elles être transférées auprès des nombreux autres territoires concernés par ces champs d’actions en plein essor ?

L’étude débute par la réalisation d’un travail « d’écoutes territoriales » réalisées dans les territoires par des binômes d’experts (Unadel, Mairie-conseils, Collectif Ville Campagne, Association 4D, Universités Paris 8 et Université de Pau) et se poursuivra par la réalisation d’ateliers thématiques autour de problématiques communes aux représentants des neuf territoires mis en réseau durant l’année.

Pour aller plus loin