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De l’intérêt d’une fondation pour les quartiers

Lundi 9 mars, le CGET conviait des spécialistes de l’aménagement à une réunion sur l’intérêt de créer une fondation sur les quartiers. Georges Gontcharoff y assistait pour l’Unadel.

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J’ai donc représenté l’Unadel à la réunion officielle sur l’opportunité de créer une fondation pour les quartiers au CGET. Je n’ai pas l’intention de faire un compte-rendu de cette réunion, mais seulement de donner quelques impressions personnelles subjectives. L’auditoire était surtout composé d’opérateurs de terrain qui se doivent de rester assez révérents vis-à-vis de l’État et n’ont émis que des critiques feutrées. J’ai eu du mal, mais je me suis tu, d’autant plus que nous ne sommes pas directement concernés.

Un article de la dernière loi sur la politique de la ville a chargé le gouvernement de présenter au Parlement un rapport sur l’opportunité de créer une fondation pour la politique des quartiers  (pas la Fondation Cartier, mais la fondation Quartiers). Un groupe de travail a rédigé un texte d’une dizaine de pages et entendait le soumettre avant dépôt au gouvernement aux représentants des associations de terrain et autres opérateurs.

Il s’agit essentiellement de pallier la raréfaction, voire le tarissement des crédits publics et de les remplacer par des collectes d’argent privé. D’où la présentation eschatologique, épiphanique des fondations, du mécénat, des dons privés, descendus de l’empyrée capitaliste pour nous sauver, parce qu’ils sont bons.. Les sauveurs sont arrivés. Comme on compte essentiellement sur l’argent des entreprises, on a surtout parlé du développement économique et de l’emploi pour les jeunes des cités. D’où la critique largement exprimée : il n’y a pas que l’économie ; les problèmes des cités c’est aussi l’école, la culture, la citoyenneté, l’identité… Les donateurs seront-ils aussi généreux pour ces matières non rentables ? Et même pour l’économie : nous avons eu une vision idyllique, avec exemples, des chefs d’entreprise qui ne demandent qu’à aider les jeunes des cités, pour leur ouvrir de mirifiques emplois (au SMIC ?, alors qu’ils gagneront dix fois plus dans l’économie souterraine et les trafics) J’ai eu un très fort sentiment d’irréalité. Il est vrai qu’Areva ouvre bien un secteur de l’éolien.  La vertu illumine les plus éloignés de la foi.

Il faut des fondations partout et pour tout. Des locales et des nationales. Des publiques, des privées et des mixtes de PPP.  L’argent va couler à flots car la France est un pays généreux…

Les fondations locales doivent être mises en réseau, mais pas sur le modèle fédéral  qui a fait faillite, comme la crise des fédérations d’éducation populaire. C’est l’ascendant qui doit prévaloir sur le descendant ! Un organisme national “en surplomb” doit observer, capitaliser, encourager, généraliser les bonnes pratiques, faire connaître au grand public, les mille fleurs qui vont s’épanouir dans nos quartiers ! Cette fois ce n’est plus du christianisme, mais du maoïsme.

Je suis ressorti très réconforté en vieux de la vieille qui a travaillé dans ce secteur depuis…1974, et qui a déjà entendu cela cent fois. La grande différence est que maintenant ces merveilles miraculeuses vont être obtenues avec de l’argent privé puisqu’il n’y a plus d’argent public. C’est le salut. Amen.

Georges Gontcharoff

Et si l’on sauvait le département pour de bonnes raisons ?

L’on sent plus fortement depuis le 11 janvier 2015 que notre modèle républicain, notre « vivre-ensemble » est fragile, largement illusoire dans certains territoires de la République, que le communautarisme nous guette et qu’il est plus que temps d’agir, de réagir, avant qu’il ne soit trop tard.

France, départements.

France, départements.

Les recettes ne sont pas simples à trouver. Le Premier Ministre se perd dans des formules à l’emporte-pièce, et ses concurrents de tous bords ne sont pas en reste. L’on soupçonne pourtant que cela passe par de la proximité, par de féconds partenariats avec la société civile, par de la différenciation, de l’expérimentation, l’on serait presque tenté de dire de la dentelle.

Et si c’était là la seule vraie raison de sauver les départements, plus précisément les conseils départementaux, que Manuel Valls dans son discours de politique générale euthanasiait en douceur et que la loi Notre, en cours de discussion au Parlement, dévitalise.

Parions fortement, pleinement sur des départements garants de la cohésion sociale, hérauts de la République se remémorant qu’elle se doit de mettre en œuvre la liberté, l’égalité et la fraternité.

Des départements pleinement sociaux, chargés, en lien avec le ministère de l’Intérieur, de surveiller l’exercice des cultes, missionnés par toutes les collectivités pour œuvrer à la prévention de la délinquance, travaillant à la sécurité publique, en lieu et place d’improbables polices municipales.

Des départements fièrement acteurs de la justice de proximité, de la médiation, de l’intégration des personnes en situation de handicap. Bref, l’échelon territorial de mise en œuvre différenciée des seules politiques régaliennes de l’État.

Alors oui, il faudra sauver les conseils départementaux, pas simplement pour complaire aux radicaux de gauche. Alors oui, il faudra contraindre les départements d’arrêter le tourisme, les transports inter-urbains, les collèges et autres ingénieries publiques.

Plutôt que de se battre pour survivre, en faisant un peu tout et parfois n’importe quoi, sans réels moyens d’agir, si les départementalistes prenaient pleinement au sérieux la plus grande des missions que les français leur demandent : nous rassembler, nous ressembler.

Comme disait Michel Dinet, militant du département de Meurthe et Moselle

« la responsabilité tant des élus que des cadres des collectivités territoriales consiste tout autant à construire et piloter des politiques publiques répondant aux défis sociaux contemporains que de veiller, à travers la manière même dont celles-ci sont mises en œuvre, à reconstituer des liens de confiance pour tisser un vivre ensemble fraternel et solidaire. »

Or des départements taillent aujourd’hui dans les budgets de prévention de la délinquance, de protection de l’enfance ou d’insertion. Ils courent le risque de démontrer ainsi leur inanité.

Si l’on élève le social au rang des priorités de la Nation, cela justifie de sauver les conseils départementaux, d’aller voter les 22 et 29 mars et d’éviter que les séides de la droite nationaliste en prennent les commandes.

 Olivier Dulucq, administrateur de l’Unadel

Sur la réserve

Faire vivre l’esprit du 11 janvier est une noble ambition, remonter dans les sondages une juste ambition, annoncer des mesures une rituelle habitude. Mais quelle mouche a donc piqué le Président de vouloir faire une réserve citoyenne d’appui ? Réactions à la suite de la conférence de presse du 5 février dernier.

Ce n’est qu’une maladresse, mais elle en dit peut être plus long sur la méconnaissance de la France et des Français, des communicants du Président, jeunes et bien nés, posant fièrement sur les canapés douillets sous les ors du palais de l’Élysée.

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Salle des fêtes de l’Élysée, septembre 2010. by Chatsam CC BY-SA 3.0 Commons

Faut-il rappeler que quand certains sont engagés pour conseiller, d’autres s’engagent sans compter ? Faut-il rappeler que la vie associative rassemble entre 14 et 18 millions de bénévoles et ce depuis plus de 110 ans ? Faut-il rappeler que ces bénévoles interviennent dans les écoles, les hôpitaux, autour des stades, s’occupent de visites en prison, aux malades, luttent contre des maladies dites orphelines, et même s’investissent dans des quartiers, que d’aucuns qualifient de victimes d’apartheid, que la République devrait repeupler.

À faire carrière en politique, à faire des conférences dans les riches émirats, on peut avoir le sentiment d’une élite républicaine, totalement déconnectée du réel, du quotidien des Français. À ne côtoyer que des homologues hauts fonctionnaires, partis illégalement pantoufler dans une entreprise du CAC 40, à ne discuter qu’avec des journalistes ayant fréquenté les mêmes écoles, à ne se retrouver qu’avec d’anciens élus ou de futurs élus, à rester confits dans des cénacles parisiens, comprennent-ils, entendent-ils les messages envoyés ? Que peuvent-ils entendre, comprendre d’engagements gratuits et désintéressés ?

Les Français et les Françaises se réforment, n’ont jamais été aussi formés, sont mobiles, investis, capables de sacrifices et de saines indignations, comme ce 11 janvier, quand l’élite politique parle, parle, parle, mais ne se réforme pas.

Que peuvent-ils comprendre quand les citoyens ne vont plus voter, dans le Doubs ou ailleurs ? Les Français demeurent des citoyens actifs, mais leurs élus nationaux communiquent, posent, paradent, mais n’entendent pas, n’écoutent pas.

Pas de réforme du Parlement, pas de République modeste, pas de décentralisation, mais des modernisations de ceci, des redécoupages de territoires, des transformations du bénévolat en élément d’une économie dite sociale.

La démocratie est fragile, et elle semble gangrenée à sa tête. Les mises en examen se suivent, les conférences payantes s’enchaînent, des élus se servent, plus qu’ils ne servent, mais nulle trace d’une autocritique, de réels changements, d’une révolution éthique, pour revitaliser la démocratie.

Si, comme le déclare le Président lors de sa conférence de presse du 5 février, la laïcité  “n’est pas négociable car elle nous permet de vivre ensemble”,  et elle n’est “pas un principe qui devrait subir des accommodements”, la démocratie ne saurait l’être non plus.

Les Français sont pleinement des hussards de la République, ils sont par contre prudemment réservés sur son fonctionnement.

Aux politiques de s’engager sans réserve à se réformer, vite. Il y a urgence !

 

Olivier Dulucq

Appel à mobilisation !

L’Unadel n’est ni un syndicat, ni un parti politique mais un réseau d’acteurs et de citoyens qui a l’ambition d’agir ensemble et avec d’autres pour construire un modèle de développement local et de développement social dont les femmes et les hommes sont les acteurs et les promoteurs avant d’en être les bénéficiaires ; un modèle de fonctionnement du territoire qui n’en fasse ni un terrier, ni un territoire d’excellence au voisinage de territoires sans devenir.

C’est un modèle de développement du pouvoir d’agir individuel et du pouvoir d’agir collectivement que nous défendons, un développement qui parie moins sur l’évolution du PIB que sur la mobilisation de tout ce qui fait richesse pour le bien-être de tous et de chacun.

Nous sommes convaincus que les territoires sont des creusets de développement, riches de savoirs, de savoirs faire, de savoir être, de savoirs citoyens. En 2015, nous poursuivons les chantiers que nous avons engagés et en particulier :

  • celui d’œuvrer pour que la participation des citoyens à l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques, et la gouvernance locale soient prise en compte dans les nouvelles lois de décentralisation en discussion au Parlement (loi NOTRe). Découvrez nos propositions d’amendements, toujours en débat !

  • celui d’organiser un 2e congrès des développeurs territoriaux avec nos partenaires et amis du Collectif ville campagne et de l’Inter-réseau des professionnels du développement social urbain et d’autres organisations qui militent pour que l’animation des territoires ne soit pas qu’une affaire de spécialistes ou de collectivités, mais bien un moyen de redonner du sens, du contenu, de l’éthique et de faire mouvement dans les territoires.

  • celui de faire connaître et d’analyser les pratiques innovantes des territoires concernant les questions de réduction de la consommation énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique.

  • celui d’accompagner les acteurs du développement local en proposant des actions de formation, portant sur la mise en œuvre et l’animation des conseils de développement, le décryptage des enjeux des réformes territoriales et l’organisation de réunions publiques, la mise en œuvre de la participation dans les territoires (méthodes, outils, conseils citoyens). (lien vers http://unadel.org/pratiques-participatives-et-conseil-citoyen/

C’est sur ces chantiers que nous souhaitons avancer, avec tous ceux qui souhaitent rejoindre le mouvement du développement local !

Nous rejoindre et adhérer

L’édito – Janvier 2015

Par Claude Grivel, président.

Quel sens donner à des vœux en ce début d’année 2015 si particulier ?

Beaucoup ont vécu les évènements tragiques qui ont secoué la France rivés à leurs écrans. Mais la force du collectif a dominé la peur individuelle.

Elle a mis dans la rue des vieux, des jeunes, des croyants et des athées.

On peut espérer que tous adhèrent à des valeurs humanistes, dont la laïcité sans laquelle il ne peut y avoir ni liberté, ni égalité, ni fraternité.

J’émets le vœu que tous ceux qui ont participé à ces défilés historiques partagent cette même foi.

Partager les mêmes émotions devant l’inacceptable est un premier pas qui rapproche. Celui qui dit non à toutes les violences. À la barbarie qui prend la vie. Ce refus va de pair avec l’affirmation de la liberté d’expression et d’avoir ou non une religion. Faire société ensemble, ce n’est pas gommer toutes les différences. C’est adhérer à tout ce qui fait lien, à ce qui fait projet commun, à ce qui fait projet de territoire commun, qu’il soit village, quartier, pays, département, région, État-nation, Europe ou monde.

Quand il n’y a pas de valeurs communes et que l’on veut imposer sa vérité aux autres comme pensée unique, il n’y a plus de communauté, mais communautarisme. Il n’y a plus d’unité ni de démocratie possible. C’est alors la porte ouverte à la guerre et à la dictature de l’extrémisme.

En 2015,  « Je suis Charlie, nous sommes Charlie, l’Unadel est Charlie ». 

Lancement de la lettre d’information du développement local

Ouvrir cette année 2015 avec un éditorial est aussi un signe de la vitalité de l’Unadel, association qui veut mieux communiquer avec ses adhérents et ses sympathisants. Nous avons renforcé notre équipe technique et resserré les liens entre administrateurs. Il nous faut les consolider aussi avec vous et avec nos partenaires. D’où le lancement de cette première « lettre d’information du développement local » qui appelle un partage plus fort des informations et des réflexions qui font l’actualité du développement local. Si la plume me revient aujourd’hui, elle sera le plus souvent collective et nous veillerons à ce que chacun, à tour de rôle, contribue à l’alimenter au gré des sujets et de l’actualité du développement local. Les contributions de tous sont bienvenues, pour transmettre des idées, pointer les initiatives que nous contribuerons à mettre en lumière.

Cette lettre veut en effet être un moyen supplémentaire de faire réseau et de mieux faire connaître les actions portées par les réseaux régionaux adhérents et sympathisants de l’Unadel, et plus largement par tous les acteurs du développement local.

Quatre millions dans la rue

« Ils sont mille, nous sommes deux, encerclons-les !», avait coutume de dire notre ami Michel Dinet, président fondateur de l’Unadel et du Carrefour des Pays lorrains. Nous étions quatre millions dans la rue le 11 janvier dernier. Nous sommes moins nombreux dans l’association. Mais notre force n’a d’égale que notre conviction : ensemble nous pouvons relever des défis considérables.

L’ambition de l’Unadel est intacte. Il s’agit bien dans cette lettre de faire ressortir les énergies et initiatives émergentes du développement local, porteuses de sens, de lien social et de les faire connaître. Nous sommes convaincus que c’est aussi une façon de combattre tous les « déclinismes » qui font le lit des populismes.

L’année 2015 donnera l’occasion aux citoyens, ceux qui ont marché contre la barbarie et tous les autres, de s’exprimer dans les consultations électorales.

Nous reviendrons sur le devenir des conseils départementaux et leur rôle dans l’organisation de la solidarité et de la proximité avec les territoires au moment où les régions vont devenir de grandes entités plus stratégiques, à l’exception des irréductibles bretons et de quelques autres qui prétendent être tout aussi stratégiques.

Pour l’heure, émettons le vœu que la participation citoyenne ne se mesure pas à l’aune de l’abstention. Souhaitons aussi que les enjeux de la réorganisation territoriale ne soient pas d’abord l’affaire de gens avertis et de commentateurs plus friands de petites phrases que d’analyses éclairantes.

Nous attendons vos textes, contributions, réactions, coups de gueule et coups de cœur : il sera difficile désormais de vous museler et de vous censurer, surtout si vos mots se transforment en dessins et en caricatures. L’humour est aussi une forme d’amour. L’amour de son territoire ne dispense pas de garder le sens de l’humour.

Accéder à la lettre d’info du développement local, N°01

Comment adhérer ?

Réforme territoriale : reconstruire les projets citoyens

Pour l’heure, il faut composer avec le grand redécoupage territorial qui nous conduit à 13 régions. Reconstruisons les territoires de projets citoyens !

Pour un peu, nous en revenions aux dix Igamies de la loi du 21 mars 1948, ces inepties de régions issues d’une vision décentralisatrice, commandées chacune par une métropole, et administrées par un inspecteur général.

On en est resté à 13, ce qui probablement ne survivra pas aux prochaines échéances territoriales, mais acceptons-en l’hypothèse.

Après ce charcutage territorial, napoléonien-gaulliste d’inspiration « compétitivité territoriale néo-libérale » que fait-on ?

Saisir l’opportunité de la réforme pour démocratiser les territoires

Hypothèse 1 : après 40 ans de combat pour le développement territorial on retourne dans sa jarre, tel Diogène de Sinope maugréant qu’en fin de compte, ils n’ont rien compris et que dans ce pays, le jacobinisme allié aux pseudos « élites économiques » triomphera toujours.

Hypothèse 2 : on se réveille le jour d’après ce 11 janvier 2015 émerveillé du génie de ce pays et de ses habitants et confiant en ce que sur la nullité de cette réforme territoriale on peut à partir de la base reconstruire un maillage de territoires et de projets citoyens.

Car paradoxalement la fusion des régions, la création des métropoles et la réforme territoriale ouvrent des espaces pour la construction des projets citoyens que nous avons toujours appelés de nos vœux.

Disparition programmée des départements

D’abord parce que les nouvelles régions seront des monstres technocratiques lointains qui, avec les métropoles, cannibaliseront les départements. Cela a déjà commencé. Le mercato est ouvert et la grande migration des cadres territoriaux des départements vers les régions et les métropoles a commencé. Dans un département du grand Est, outre le président du conseil général parti en préretraite au Sénat, le directeur général des services, le directeur général adjoint et le directeur des ressources humaines sont allés faire progresser leur carrière dans des collectivités territoriales plus porteuses. Dans les départements où se situent une métropole, les cabinets de recrutement regorgent de candidatures de cadres départementaux pour la région ou les agglomérations.

Ensuite, car le vide créé par la disparition programmé des départements va générer des besoins dans les territoires infra-métropolitains et infra-départementaux et que ce vide devra être comblé. Or, à la différence de l’époque des pionniers du développement territorial des années 70 et 80 qui ne pouvaient s’asseoir que sur le cadre juridique associatif, nous avons des outils pour ce faire : les grandes intercommunalités, les « territoires » pour les métropoles, les pôles territoriaux d’équilibre pour les espaces spacieux, en tout 2145 structures à fiscalité propre et 390 pays ou équivalents recensés par l’association des pays et des pôles territoriaux.

Nous avons la boite à outils, encore imparfaite car elle n’est pas toujours positionnée sur les bons territoires et encore trop peu démocratique.

Trouver le bon maillage territorial

Les métropoles démocratiques sont à construire, mais surtout la gouvernance des territoires non denses est à rebâtir pour suppléer à celle déclinante des conseils départementaux. Il y a encore trop d’intercommunalités trop petites construites défensivement contre l’agglomération, pour la seule gestion et non sur un projet citoyen. Il y a encore beaucoup de travail pour les commissions départementales de coopération intercommunales qui ont déjà réduit le nombre d’intercommunalités à fiscalité propre de 2409 à 1903 entre 2010 et 2014 pour organiser le maillage territorial qui semblerait le plus pertinent. Celui-ci devrait tourner autour de 250 agglomérations pour les espaces métropolisés et 500 pays structurés pour les territoires spacieux. L’objectif qui devrait leur être donné est de rapprocher, voire de fusionner l’échelon de gestion de l’intercommunalité avec le territoire de développement économique et culturel qui est à l’échelle pays.

Un grand chantier est à mener pour générer de nouveaux projets « post réforme territoriale » et démocratiser tous ces nouveaux espaces en militant pour que leurs responsables soient élus au plus tôt au suffrage universel direct et le citoyen associé à leur développement. Donnons un sens au découpage en reconstruisant les territoires de projets citoyens !

C’est le travail d’une nouvelle génération qui arrivera avec les prochaines élections territoriales.

Allez-y les Charlie, avec impertinence et créativité.

Michel Peraldi

« Ils ont volé la décentralisation » éditions l’Harmattan.

Le projet de loi NOTRe au Sénat

1, 2 & 3

Le projet de loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République – loi NOTRe – est en examen au Sénat depuis le 13 janvier.

Le Sénat entame donc la première lecture de la deuxième tranche de saucisson de ce qui fut un temps envisagé comme un troisième acte de décentralisation. 1, 2 et 3 donc.

Il s’agit de la loi NOTRe, superbe acronyme, pour Nouvelle Organisation Territoriale de la République. N’insistons pas sur le fond, nous aurons abondamment le temps d’y revenir, insistons, quitte à se faire mal, sur la forme.

Ce projet de loi constitue le troisième volet de la réforme des territoires souhaitée par le Président de la République, après la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles et le projet de loi relatif à la délimitation des régions adopté par le Sénat en nouvelle lecture le 15 décembre dernier.

Il eut été presque plus honnête si l’on ne craignait pas la répétition d’appeler ce projet de loi « notre NOTRe », notre nouvelle organisation que nous, gouvernement, proposons aux territoires.

Le projet est de moderniser l’action publique, par la loi MAPTAM, le projet est d’organiser, par en haut, les compétences des collectivités entre elles. L’on a discrètement procédé à l’abandon de toute velléité décentralisatrice.

Force est de constater, en effet, que si la décentralisation se définit par : « un processus d’aménagement de l’État unitaire qui consiste à transférer des compétences administratives de l’État vers des entités (ou des collectivités) locales distinctes de lui », nous pourrons chercher, nous ne trouverons nulle trace d’un transfert de l’État vers une quelconque collectivité dans le projet NOTRe.

En lieu et place, au choix, un superbe mécano ou un improbable mikado. Bref, un jeu de société qui vise la stabilité, dans un monde mouvant. La règle du jeu est simple : on répartit par en haut, sans rien réellement toucher, sans mettre de l’huile dans les rouages et en procédant dans le même temps à une saignée budgétaire. Il faudra, à ce propos relire Le malade imaginaire, pour déterminer si la baisse des dotations aux collectivités tient plus du clystère de Monsieur Purgon ou de la saignée de Monsieur Diafoirus…

Les principes posés par la loi NOTRe sont assez simples à résumer :

  • Quand l’État doit choisir entre défendre les intérêts départementaux et ceux de la Région, les choix sont clairs et sans équivoque : la dévitalisation départementale est bien au programme.

  • Quand l’État doit choisir entre défendre les intérêts des métropoles et ceux de la Région, les choix sont clairs et sans équivoque : la loi MAPTAM et les métropoles l’emportent toujours sur la loi NOTRe et les Régions.

  • Quand l’État doit choisir entre défendre les intérêts de l’État et ceux des collectivités, la réponse est dans la question.

  • Enfin quand l’État doit choisir entre la commune et l’EPCI, il choisit l’intégration communautaire renforcée et la mutualisation à tous les étages.

Bref, l’État impose, plus qu’il ne propose, il risque d’indisposer les collectivités plutôt que de les laisser composer.

Ou pour reprendre le titre de cet article, on se retrouve presque dans le film de Bertrand Blier « Un, deux, trois, soleil ! » avec Anouk Grinberg, face à la caméra, fixant le spectateur en disant : « Je leur explique. Il faut tout leur expliquer ! ». L’État continue à vouloir tout expliquer, corseter, cadrer. Dire qu’il fut un temps, pas si lointain, où il était décentralisateur !

Unadel – 16 janvier 2015

Découvrez nos propositions d’amendements au projet de loi