Pôles de compétitivité : la victoire du développement local ?

Le CIADT du 12 juillet a tranché : 65 pôles de compétitivité, dont 15 d’envergure mondiale… Cocorico !

 

 

La journée du 12 juillet a été marquée tout à la fois par la saint Olivier et l’annonce du résultat de la sélection des pôles de compétitivité, lors d’un Comité Interministériel à l’aménagement du territoire, le premier du gouvernement De Villepin et de son ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, Nicolas Sarkozy.

La plupart des éditorialistes sont déjà sur le point d’écrire que ce dernier a gagné : 67 pôles ont été retenus, là où le gouvernement précédent en envisageait une quinzaine au moment du lancement de l’appel à projets. C’est en partie vrai, mais c’est regarder l’histoire (de l’aménagement du territoire) par le petit bout de la lorgnette. Il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy et le ministre délégué à l’aménagement du territoire ont plaidé et obtenu l’élargissement de la sélection. Cela a un coût, mais qui n’est pas si conséquent. Cela fait surtout une économie et un bel affichage médiatique, dans cette phase de mobilisation générale pour l’emploi.

L’économie, nous y reviendrons, c’est le conflit ou la douloureuse explication qui aurait été nécessaire avec les collectivités, les universités, les entreprises qui s’étaient mobilisées et qui auraient été renvoyées à leurs « chères études »…

L’affichage médiatique est plus subtil. Même si l’appel à projets n’avait pas été lancé avec comme premier mot d’ordre l’emploi ou la lutte contre les délocalisations, c’est le service après-vente qui en est fait. C’est de bonne guerre. Mais il ne faudra pas a posteriori évaluer les pôles de compétitivité sur ces seuls items.

Ce qui est gênant, le mot est peut être fort, c’est l’illusion du retour de l’Etat comme grand manitou de la politique industrielle. On avait déjà évoqué, dans un article sur le site de l’Unadel, le soupçon de colbertisme voire de pompidolisme. Cela va dans le sens aussi du rapport Beffa. Il est indéniable qu’il n’y a pas aujourd’hui de puissance économique forte sans industrie (re)développée. Il est tout aussi certain que la France, comme la plupart des autres pays de l’Union européenne, souffre actuellement de désindustrialisation, avec une concurrence exacerbée et une figure aujourd’hui connue et redoutée par le grand public, la délocalisation.

Mais l’Etat est un roi nu. Il peut labelliser autant qu’il veut, il peut soutenir, mettre en réseau pôles et systèmes productifs locaux, cela peut impressionner la presse, mais l’essentiel est ailleurs. Les 105 dossiers déposés dans le cadre de l’appel à projets manifestent d’abord un accord moral local, une mise en synergie au plus près des territoires des acteurs économiques, universitaires,  politiques voire sociaux.

En ce sens, c’est une probable victoire du développement local, qui prônait sur les territoires en difficulté, en reconversion, le pari sur l’intelligence des hommes et des territoires. C’est la généralisation sur des territoires, des métropoles de ce qui avait été initié par Jacques Chérèque sur le bassin sidérurgique lorrain. On renvoie d’ailleurs à la lecture de la revue de Territoires de juin 2005, qui retrace à travers un entretien, cette histoire.

L’Etat, et quel que soit la couleur politique du chef de gouvernement, entretient l’illusion de sa centralité sur le développement économique. Figure paradoxale, il alterne l’explication, à propos du fameux Vilevorde, qu’il ne peut rien faire, pour nous laisser à penser quelques années plus tard qu’il va créer des pôles d’envergure mondiale… Nous avons besoin, les acteurs mobilisés sur les territoires ont besoin, d’un Etat animateur, péréquateur, mais pas d’un Etat qui se prend tour à tour pour Calimero et Superman…

Auteur : Olivier Dulucq