La coopération interterritoriale en action ! Synthèse des Écoutes territoriales 2019

Les défis sociétaux auxquels nous sommes confrontés ne peuvent trouver de réponse entière et pleinement satisfaisante dans les limites administratives de nos territoires et sans une prise en compte des territoires vécus par les habitant·es. Des coopérations interterritoriales semblent donc à la fois nécessaires et souhaitables.


Pour autant ces coopérations ne vont pas de soi. Comment coopérer ? Sur quels sujets ? Avec qui ? Comment créer une relation de confiance où chaque territoire trouve un intérêt ?

Quatre Écoutes territoriales se sont déroulées en 2019, avec le soutien du CGET. Elles ont porté sur la question spécifique de la coopération entre collectivités territoriales.

Retrouvez ici les 4 fiches-territoire :

Le document de synthèse contenant les enseignements :

  • La coopération interterritoriale en action : synthèse

Ainsi que le livret complet compilant les fiches et les enseignements :


Retrouvez l’ensemble des Écoutes de l’Unadel :

Contactez-nous si vous êtes intéressé par une Écoute de votre territoire
ou pour tout autre renseignement :
Valérian POYAU, chargé de mission Écoutes territoriales
valerianpoyau[at]unadel.org / 01 45 75 91 55

Graines de résilience – Bilan du Tour de France de La Traverse

La Traverse a réalisé pendant 6 mois un Tour de France des territoires ruraux pour y observer les dynamiques à l’œuvre en matière de transition écologique et sociale. L’association en a tiré une série radio dans laquelle chaque podcast présente un territoire traversé. Dans une perspective de résilience, le choix des territoires ruraux était lié à la volonté d’étudier les opportunités situées à l’écart des grandes villes et des métropoles, qui malgré leurs défauts et vulnérabilités, concentrent l’essentiel de l’attention et des moyens. 

La Traverse a publié un bilan de ce Tour de France.

Il présente ses principaux enseignements sur les enjeux propres aux des territoires ruraux, sur le foisonnement d’initiatives alternatives, et sur les manières d’y impulser des dynamiques de transition. Partant du constat que les initiatives locales donnent lieu à des dynamiques qui sont de forme et d’ampleur différentes d’un territoire à l’autre, l’association tente d’identifier ce qui permet à ces initiatives (les “graines”) de faire système et de contribuer au renforcement de la résilience. 


Le résumé de ce bilan est disponible ici.


Retrouvez les portraits de territoire et les podcasts réalisés lors de ce Tour de France :

Portrait de La Traverse – Pôle métropolitain Nord-Franche-Comté Belfort

Retrouvez ici le podcast de La Traverse,
“Le Nord-Franche-Comté, héritage industriel et écologie”.


Le Pôle Métropolitain Nord Franche Comté englobe les pôles urbains principaux de Belfort, Montbéliard et Héricourt. Ce territoire de 306 000 habitants est situé dans la plaine entre les Vosges et le Jura, et est voisin de la Suisse sur sa partie Sud Est.

Gouvernance et dynamique démographique

L’aire urbaine a une existence juridique, d’abord sous la forme d’un syndicat mixte, puis, depuis 2016, sous la forme du pôle métropolitain. Il regroupe en tout 5 EPCI, et se déploie sur 3 départements (Territoire de Belfort, Doubs et Haute Saône).

Belfort et Montbéliard sont très urbanisées. Héricourt est la partie plus rurale du pôle, mais elle subit les effets du dynamisme des 2 autres villes et de leur extension par l’artificialisation de ses terres agricoles. Le pôle dans son ensemble a une population stable, renouvelée par le solde naturel, qui compense un solde migratoire négatif. Les départs s’expliquent pour beaucoup par l’attractivité du Grand Besançon, ou par l’installation des ménages modestes hors du pôle, vers des zones ou l’immobilier est plus accessible. Une cause de départ importante est également la périurbanisation, et concerne des personnes qui, tout en conservant un emploi dans le pôle, s’installent en dehors. On remarque aussi que les 3 villes de Belfort et Montbéliard perdent des habitants au profit des villes voisines. Ce phénomène participe à l’artificialisation des sols, qui a été plus rapide dans ces territoires que dans la moyenne française (1,95% pour Héricourt, 1,78 % pour Montbéliard)[1].

Belfort et Montbéliard, les 2 villes principales, sont concernées par le programme action cœur de ville, pour la revitalisation des centres villes des villes moyennes.  Le Pays de Montbéliard Agglo est de plus concerné par un contrat de transition écologique, avec comme axe stratégiques la création d’une recylerie, la rénovation thermique de bâtiments communaux, et la production d’énergies renouvelables.


L’activité industrielle, héritage et axe de développement privilégié par les pouvoirs publics

Depuis le XIXe siècle avec l’installation d’une filature dans la ville de Bethoncourt,  ou encore le développement d’une mine de fer, l’aire urbaine est marquée par la présence de l’industrie. Cette tendance se confirme dès 1879, avec la création de la Société Alsacienne de Construction Mécanique, à Belfort, qui devient Alsthom en 1928.

Entre temps, l’usine historique de PSA s’installe à Sochaux en 1912. Au pic de son activité, en 1979, elle comptait 40 000 employés.  Aujourd’hui, elle embauche 7000 personnes, en majorité dans des contrats d’intérim, car  « l’activité économique internationale et aux décisions stratégiques de grands groupes industriels induit un besoin de flexibilité de la main-d’œuvre plus élevé qu’ailleurs »[2] La généralisation de l’intérim marque le territoire, puisqu’elle augmente la précarité des personnes.

L’orientation industrielle du territoire depuis 2 siècles explique également un taux de chômage relativement élevé, et un revenu par habitant relativement bas :

Aujourd’hui, Général Electric, qui a racheté Alstom en 2014, annonce la suppression de 485 emplois, soit 27% de ses effectifs. Cette annonce ébranle le territoire, qui est toujours très dépendant de ses quelques industries pour sa survie économique. 24 % des emplois occupés sont des emplois industriels, et la majorité des autres emplois dépendent, même indirectement, de cette activité.

Focus sur Bethoncourt : Dans cette ville proche de Montbéliard, la forme urbaine est héritée de la période industrielle. Dans les années 1950 et 1960, face à l’augmentation de l’activité de PSA, est construit sur le haut de Bethoncourt une cité pour loger ses ouvriers. La population de la ville augmente en conséquence, pour atteindre 11 000 habitants. Ils sont aujourd’hui 5 000, et il existe une fracture entre la partie basse, constituée du village historique, et la partie haute, dont bon nombre des barres d’immeubles ont été détruites, et qui est aujourd’hui classée en QPV (quartier prioritaire de la ville). Le taux de chômage dans la ville est de 16%, et de 40 % dans le quartier de Champvallon. L’industrie automobile, en comptant les secteurs liés, reste le premier employeur.

Les perspectives d’évolution de l’économie du territoire restent centrées sur l’industrie. Le Nord Franche Comté est le principal « pôle économique et industriel » de la région Bourgogne Franche Comté.

Lauréat du projet Territoire d’innovation, il va recevoir 70 millions d’euros sur la période 2020-2028, notamment pour encourager la structuration de filière sur l’hydrogène, ou encore créer des tiers lieux d’innovation industrielle. 


Des possibilités de diversification de l’économie pour un développement local

La diversification de l’économie est un travail mené par PMA, mais l’idée que celle-ci peut être facilitée par la transition écologique peine à se faire une place.

“L’agglo (de Montbéliard) a des dispositifs pour favoriser des pépinières d’entreprises innovantes, il existe une volonté de diversifier, car on sait qu’il n’y aura pas de grosse entreprise comme Peugeot qui va venir s’installer, il s’agit donc de faire du maillage un peu plus fin et de favoriser des initiatives un peu plus individuelles”

Guillaume Rimbert, Directeur général des services de Bethoncourt.

Néanmoins, plusieurs structures se développent, créent des emplois utiles pour la transition écologique et ainsi offrent des réponses aux problèmes issus de la mono-industrie. Nous en détaillons ici 3. Les deux premières proposent des modèles économiques assez éloignés de ceux de l’industrie.

Les jardins du Montvaudois à Héricourt

Le jardin est un chantier de réinsertion, qui embauche des personnes éloignées de l’emploi pour cultiver le potager de 2 hectares en maraichage biologique. Il produit 270 paniers de légumes hebdomadaires, et grâce à la nouvelle parcelle acquise dans la ville voisine de Trémoins, va passer à 400 paniers en 2020. Il offre ainsi une production alimentaire de proximité en circuit court aux ménages de la région, et accompagne les personnes en réinsertion dans la recherche d’un emploi.

Le jardin d’idées, à Bavant, dans Pays de Montbéliard Agglomération, fonctionne selon le même système. Les deux structures appartiennent au réseau des jardins de Cocagne. Ce type de structures, à fort impact à la fois social et environnemental, souffre de la concurrence entre usages des sols.

“Il est nécessaire de bien réfléchir à comment on réserve et partage le foncier, on est sur un secteur périurbain qui demande aux collectivités de réserver du foncier pour du développement commercial et de l’habitat, ce qui laisse peu de place au développement agricole, alors que se nourrir localement, c’est tout l’enjeu de demain, et d’aujourd’hui”.

Marie Agnes Rondot, Directrice des jardins du Montvaudois

Le Bar Atteint à Belfort

Cette structure embauche 10 personnes en réinsertion dans les métiers du service et de la restauration. Le lieu est mis à disposition des habitants et des associations du quartier et de la ville pour l’organisation d’évènements. Elle cherche à terme à créer un réseau d’échange de savoirs et de services. L’objectif de ce lieu, en plus de renforcer le lien social, est d’améliorer l’autonomie des personnes.

“De mes 15 ans d’expériences dans l’insertion, j’ai acquis la certitude que le futur de l’insertion, c’est de valoriser les savoirs faire des personnes, et non pas qu’ils se plient à des conditions de travail que nous même refuserions. Les gens ont des savoirs faire, de réparation d’outils, dans la cuisine, il faut créer des lieux ou chacun peut se dégager un petit revenu grâce à ces savoirs faire. L’enjeu est d’améliorer l’autonomie des personnes par rapport au monde de 2050. Savoir cultiver, mieux s’alimenter… ce sera toujours utile. Et c’est comme ça qu’on fera évoluer le territoire”.

Hélène , Gérante de la SCIC Les Créatures

Pôle énergie Bourgogne-Franche-Comté

Créé par la région Franche Comté en 2009, le pôle Energie est une structure en régie régionale, qui accompagne les entreprises du bâtiment dans l’amélioration de leurs pratiques. Il travaille par exemple à la création de filière de matériau bio-sourcés, comme la fabrication du béton de chanvre, cultivé dans la région, ou encore la terre crue, récupérée sur les chantiers de la région. Le fait de construire en matériau bio-sourcés permet de diminuer la pression sur les matières premières comme le sable pour la fabrication du béton. Elle diminue également le besoin d’énergie pour le transport des matériaux.

“45% de la consommation énergétique en France vient du bâtiment. Ce qui est difficile, c’est que les réglementations thermiques avancent, mais ça ne va pas assez vite. Si on ne traite que les bâtiments neufs, on renouvelle le parc à hauteur de 1% par an. Aujourd’hui, le gros effort à faire se trouve dans la rénovation, et sur ça on est pas aussi contraint de par la réglementation, donc c’est plus difficile de toucher les ménages”.

Damien Monot, Conseiller technique aux entreprises du bâtiment

À côté d’un développement industriel, auquel le projet TIGA donne un nouveau souffle, les initiatives de plus petites ampleurs, déjà présentes ou en cours de construction, offrent donc une ouverture vers la diversification de l’économie et sa relocalisation.

Acteurs rencontrés :


Rédactrice : Alexia Beaujeux


[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4182789#titre-bloc-8

[2] Observatoire de l’artificialisation des sols.

Portrait de La Traverse – Coaraze

Retrouvez ici le podcast de La Traverse
“Coaraze : le tourisme au défi de la vie locale”


L’été, la côte d’Azur est l’une des régions les plus touristiques de France. Nice en particulier attire une grande partie du tourisme de masse et la métropole se targue d’une très bonne santé économique, avec un taux de réservation en 2019 en hausse de 3 points par rapport à l’an passé. Pour venir jusque là, un quart des touristes arrivent par avion, et plus de la moitié par la route. L’aéroport Nice-Côte d’Azur constitue une porte d’entrée exceptionnelle sur le territoire avec un trafic en hausse de près de 6% pour la saison 2019. Le tourisme, pour les territoires qui en ont le potentiel comme la Côte d’Azur, c’est une opportunité de développement économique « facile ». Mais laisser reposer 15% de l’activité territoriale sur un secteur économique saisonnier fortement dépendant des énergies fossiles ne nuit-il pas à sa résilience ? Et que dire de l’impact environnemental de ces millions de visiteurs dont les déplacements carbonés contribuent fortement au dérèglement climatique et qui, par leur simple présence et leur concentration, participent à la dégradation des espaces naturels ?

Vue de la Place du Château

Loin de l’affluence touristique estivale, c’est en novembre que nous nous sommes renduˑeˑs à Coaraze, dans l’arrière-pays Niçois. Depuis Nice, il y a une demi-heure de route. Nous prenons un train, puis un bus, puis continuons à remonter la vallée du Paillon en auto-stop. C’est au fond de cette vallée à la route sinueuse qu’apparaît le village médiéval, perché au sommet d’un mont. À l’image des territoires ruraux, Coaraze échappe aux problématiques du tourisme de masse. En effet, si les territoires ruraux représentent 80% du territoire, ils n’absorbent que 28% de la fréquentation touristique et génèrent 19,3% des recettes touristiques. Est-ce pour autant que les questions de tourisme ne posent pas problème ? Labélisé par les Plus Beaux villages de France, et ayant connu un succès précurseur chez les artistes contemporains et avant-gardistes dans les années 50/60, Coaraze aurait pu devenir un village envahit par le tourisme. Mais le choix de préserver la vie de village, garante de l’authenticité locale, a permis à Coaraze d’éviter la muséification et l’envahissement que connaissent d’autres villages alentours.


Un patrimoine culturel ancré dans l’histoire du village et les représentations collectives

Depuis les années 50, l’idée d’un développement de la commune au travers d’une politique culturelle et touristique a marqué l’histoire du village, tout autant dans ses projets que dans la volonté affichée des habitantˑeˑs de ne pas se laisser totalement envahir. Aujourd’hui, la politique communale s’apparente à un équilibre savant entre la valorisation du patrimoine matériel et immatériel et la préservation de la vie du village, culturelle entre autres, telle qu’elle prends forme actuellement.  

Une histoire culturelle et artistique singulière

Le dynamisme culturel de Coaraze émane de son histoire singulière, marquée par le passage d’artistes comme Jean Cocteau dès les années 50, puis d’artistes avant-gardistes dans les années 60. La « veine culturelle » qui descend la vallée des Paillons n’apparaît pas par total hasard, elle est la conjonction de plusieurs éléments et notamment de la rencontre entre le traditionnel et le moderne. Le maire élu en 1953, Paul-Mari d’Antoine, possède trois particularités qui lui permettent de mettre en place une politique culturelle ambitieuse : il est le plus jeune maire de France, il est poète et il est l’héritier d’une très vieille famille locale ce qui le fait bénéficier de la confiance des habitantˑeˑs. Une fois élu, il fait monter de Nice le cercle des poètes qu’il anime avec Jaques Lepage et organise régulièrement des événements culturels majeurs comme les Rencontres poétiques de Provence, l’exposition en plein air du futur groupe Support/Surface, etc. Cette dynamique, couplée à un article décrivant Coaraze comme le village bénéficiant du plus grand ensoleillement de France, a participé à la renommée du « village du soleil » et a renforcé son attractivité culturelle, artistique et touristique.

Cependant, l’organisation de certains événements insolites comme le meurtre rituel du cochon par Pierre Pinoncelli, des projets hors d’échelle comme la construction d’un barrage pour transformer le fond de vallée en station balnéaires, et la mauvaise gestion économique de la commune, ont tôt fait d’effrayer la population locale sur les ambitions de leur jeune maire qui ne sera pas réélu après son troisième mandat.

Des labels et une notion de patrimoine qui évoluent pour tenir compte de la vitalité locale

Une fois passée l’effervescence de ces premiers lustres, le développement du tourisme moderne oriente la commune déjà renommée vers la valorisation du patrimoine, aussi bien matériel, de par la forme esthétique du village médiéval perché, qu’immatériel, par rapport à son histoire culturelle. Elle est alors inscrite parmi les Plus Beaux Villages de France, un label dont les critères d’appartenance sont strictes et onéreux. Ces critères s’attardent par ailleurs beaucoup sur des caractéristiques esthétiques, à la recherche de villages « jolis ».

Cependant, le village de Coaraze développe actuellement, sous la seconde mandature de Monique Giraud-Lazzari et son conseiller municipal délégué à la culture Alain Ribière, un regard critique sur la notion de patrimoine. L’équipe municipale conscientise le besoin de ne pas tomber dans des « clichés » pour conserver l’authenticité du village, qui s’apparente mieux à la vitalité locale qu’à un facteur esthétique ou historique, bien qu’il soit toujours accordé beaucoup d’attention au respect des techniques traditionnelles dans la rénovation du bâti. Ainsi, dans sa volonté de ne pas tomber dans une « muséification » de la commune, la ville prends ses distances par rapport à des critères jugés trop « superficiels » et s’intéresse davantage au facteur humain. La participation de ses éluˑeˑs aux assemblées générales de l’association des Plus Beaux Villages de France, témoigne de leur volonté de faire bouger les lignes au sein même de l’organisation qui commence à considérer ces revendications. La ville conserve donc le label et souhaite voire évoluer les critères d’évaluation et de participation.

On voit qu’il y a du changement et que l’association des Plus Beaux Villages de France prends de plus en plus en compte la vitalité des villages comme critère de sélection

Monique Giraud-Lazzari.

D’autres labels, qui soulignent la singularité et les spécificités du patrimoine local, rendent en revanche bien plus fierˑeˑs les habitantˑeˑs. Le label « Village en poésie » reconnaît là l’engagement passé et présent de la commune en faveur des poètes.  Héritage de Paul-Marid’Antoine, un arrêté municipal original assure l’asile à tout exilé poète de profession. Le label « Oc » vient également reconnaître les mérites du village des frère Alan et Guiu Pelhon dans la valorisation de la langue et la culture occitane.

Enfin, suite au transfert de la compétence tourisme à la Communauté de Commune du Paillon, Coaraze a souhaité conserver sa capacité d’accueil des visiteuses et visiteurs en transformant son syndicat d’initiative en Maison du Patrimoine. C’est le seul endroit du village où sont en vente quelques produits locaux. Elle s’inscrit donc dans le prolongement de l’ancien syndicat d’initiative. Cependant, la volonté de parler de « patrimoine » plutôt que de tourisme, souligne la volonté de favoriser en premier lieu ce qui fait commun pour les habitantˑeˑs plutôt qu’une logique de pure attractivité.

L’association Li Luèrnas organise des visites guidées du bourg médiéval pour découvrir le patrimoine local et ses cadrans solaires.

Assurer un « tourisme de qualité » : accueillir des visiteurs sans attirer le tourisme

Malgré sa proximité avec Nice et sa renommée de Village du Soleil, Coaraze se tient à l’écart des effets du tourisme de masse – une volonté affirmée par la municipalité d’assurer une qualité d’accueil des visiteurs et de favoriser un « tourisme doux »pour éviter une sur-fréquentation qui nuirait à la qualité de la vie locale.

Des stratégies diverses pour échapper au risque de sur-fréquentation

Au vue de la configuration du village, accueillir un grand nombre de visiteurs exposerait la commune à des problèmes de sur-fréquentation, tels qu’observés dans certains villages voisins comme Saint-Paul de Vence notamment. Face à cette crainte exprimée par les habitantˑeˑs, la commune a assumé le choix de ne pas développer outre mesure son attractivité touristique, préférant par ailleurs le terme d’ « accueil des visiteurs » pour qualifier sa politique.

“On ne peut pas dire que tout est fait pour ne pas attirer les touristes, mais en tout cas rien n’est fait pour !” 

Richard Lazzari

Tout d’abord, la situation géographique escarpée du village en fond de vallée et son accès périlleux par la route sinueuse préserve la commune de l’affluence. S’il a été question, dans les années 80, de transformer la route pour faciliter l’accès au village par autocars, ce projet n’est plus d’actualité et le chemin dissuade les moins motivés, effectuant « un tri » dans les personnes qui y parviennent. En revanche, la fermeture d’une ligne de TER (qui ne dessert pas Coaraze) commence à mobiliser les habitantˑeˑs et les éluˑeˑs de la vallée pour la conservation des trains. 

Un autre choix stratégique réalisé par le village pour préserver son calme des masses de touristes réside dans le refus de participer à des émissions touchant un large public, comme le Village préféré des français, entre autres, par laquelle le village a été approché. La commune a pu observer la dégradation du cadre de vie subie par les habitantˑeˑs d’autres communes comme Saint-Paul de Vence à cause de leur envahissement après la diffusion de ces émissions et a fait le choix judicieux de ne pas y participer.

Enfin, la commune semble également avoir limité volontairement l’installation de commerces de type touristiques (revendeurs, etc.). Les attractions commerciales de Coaraze se résument alors à un café-bar-épicerie-dépôt de pain sur la place basse du village, un restaurant-pizzéria, une buvette dans la cour du château ouverte en période estivale, et la Maison du Patrimoine qui, en plus de son rôle de syndicat d’initiative, revends également quelques spécificités de l’artisanat local.

Des activités tout de même sources de nuisance

Certaines activités constituent toutefois des sources de perturbation. Le cadre naturel de qualité offert par la vallée du Paillon attire un profil de touristes plutôt « écolo » comme des randonneurs dont l’activité est perçue de façon relativement positive par les habitantˑeˑs. Mais des pratiques récréatives moins sobres telles que la pratique du trial, les rallyes automobiles et le canyoning dans le Paradis (rivière locale) posent des problèmes de nuisance, de sur-fréquentation et de dégradation de l’environnement, perçus comme une atteinte au cadre de vie. De même, si l’organisation de la brocante annuelle représente une manifestation chère aux coarazienˑneˑs, la multiplication d’événements rayonnants ne paraît pas souhaitée du fait de la saturation qu’ils peuvent engendrer.


Préserver la vie locale et les activités à destination des habitant.e.s

Malgré tout, la commune se distingue d’autres villages pour lesquels la sur-fréquentation détériore le cadre de vie. Mais cette attention va également en faveur du maintien d’une vie culturelle, associative, artistique et sportive dynamique, avec “une programmation qui n’a rien à envier aux grandes villes” (Lucien Massucco).

Un bouillonnement social, culturel et artistique qui s’ancre dans des lieux

Même s’il faut distinguer la période estivale comme étant particulièrement plus animée, il est vrai que le village de Coaraze se distingue d’une manière générale par son dynamisme local qui s’ancre dans différents lieux. Tout d’abord, la présence d’un café et d’une épicerie offrent des lieux de convivialité et permettent de réaliser des achats de base comme le pain. L’Espace de Vie Sociale participe également fortement à maintenir un endroit physique de sociabilité neutre et de production collective. Même si ce lieu n’est pas financé directement par la mairie, il semblerait que cette dernière joue un rôle facilitateur pour les activités qui y sont développées. La médiathèque représente aussi un lieu ressource, particulièrement fréquenté par les enfants et animé toutes les semaines par un cercle de lecteurs. Enfin, un caractère marquant du bouillonnement local est illustré par la présence marquée des enfants dans l’espace public, seuls ou accompagnés, une situation qui peut être attribuée aux interconnaissances villageoises et à la faible circulation automobile au travers du village.  

Espace de vie sociale de Coaraze

Une politique d’attractivité des jeunes ménages favorise la vitalité locale

Cette animation a été également favorisée par une politique d’attractivité des jeunes ménages qui s’investissent dans la vie de village en venant se greffer à l’offre d’activité déjà présente. Alors, lors du premier mandat de l’actuelle mairesse, l’installation d’une micro-crèche et l’agrandissement de l’école primaire ont permis d’attirer de nouvelles populations, également intéressées par les prix raisonnables et la qualité de vie offerte par la situation du village.  Ainsi, même si beaucoup de ces ménages travaillent en ville, à Nice, et même si la configuration en hameaux du village pourrait permettre à ses habitants de ne jamais passer par le centre, la présence de l’école et de certains centres d’intérêts dans le bourg, a fortement incité les nouveaux et nouvelles habitantˑeˑs à s’intéresser à la vie du village : en témoigne notamment la participation villageoise au Grand Débat prolongé en café-citoyen.

Des activités économiques à destination du tourisme mais aussi des habitant.e.s qui créent des emplois et de l’animation locale

Enfin, Coaraze conserve des activités artistiques, artisanales et économiques singulières, qui en font un village tout à fait habité. La présence du label de musique artisanal Fatto in Casa, des éditions de livres L’Amourier, d’une potière, de maraîchage et anciennement d’un cabinet de maquettistes, permet de conserver des activité et des emplois locaux. Autour du tourisme aussi, certaines activités sont conservées et d’autres en voie de développement. En difficulté, le restaurant a été récemment repris par deux habitantˑeˑs de Coaraze qui y possèdent déjà un gîte. L’été, les gérantˑeˑs organisent des concerts très régulièrement : « pour participer à la vie du village surtout, et puis oui, pour les touristes aussi, pourquoi pas ! ». L’activité touristique est cependant loin de constituer une part essentielle de l’économie locale et ramène de très faibles revenus à la mairie, qui sont toutefois les bienvenus en compléments. Les restaurateurs disent également vivre grâce à la population locale et non grâce au tourisme, mettant en garde contre le danger de construire un modèle économique entièrement basé sur cette source de revenus. Cependant, les activités économiques basées sur le tourisme « vert » peuvent tout de même représenter un levier de développement local et des liens existent déjà entre les producteurs locaux et les aménités d’accueil de visiteurs.

Les potagers, qui participent également à souder la communauté coarazienne autour de projets concrets sur l’alimentation

Conclusion

Coaraze détient tous les atours d’un village touristique : un patrimoine bâti médiéval bien conservé, son église inscrite (depuis 2018) aux Monuments historiques, ses chapelles peintes, ses cadrans solaires d’artistes contemporains, un environnement de qualité, une histoire culturelle singulière dont les traces sont encore présentes. Pourtant, le village a trouvé que la meilleure façon de célébrer cet héritage culturel, c’était de le perpétuer, sans tomber dans la célébration et la muséification, mais en le pratiquant au quotidien de façon vivante et incarnée, et en l’irriguant de la diversité des pratiques et cultures locales, à l’image d’un mescla[1], titre d’un album édité par le label Fatto in Casa. C’est là que réside toute l’authenticité du village.

Acteurs rencontrés :

  • Monique Giraud-Lazzari, maire
  • Alain Ribière, adjoint à la culture
  • Espace de Vie Sociale de Coaraze
  • Label de musique Fatto in Casa
  • Éditions Lamourier
  • Maison du Patrimoine de Coaraze

Rédactrice : Solène Cordonnier


[1] « mescla » signifie « mélange » en occitan. 

Podcasts et portraits de La Traverse

Découvrez La Traverse, association d’accompagnement et de soutien aux dynamiques locales de transition, et ses portraits de territoires, que nous proposons ici en complément des Écoutes territoriales et citoyennes.

Sensible à la vision et à l’ambition de cette jeune association, l’Unadel a fait le choix d’accompagner son lancement et ses débuts et est très fière du chemin parcouru avec La Traverse !


Retrouvez aussi le bilan du Tour de France de la Traverse :


La Traverse est une association dont la mission est d’accompagner et soutenir les dynamiques locales de transition écologique et sociale, dans une perspective de résilience. L’équipe propose un accompagnement de proximité structuré autour d’occupations temporaires et de résidences. Ces temps permettent d’élaborer, avec l’appui étroit des acteurs en présence localement, un diagnostic sensible de la résilience, débouchant sur des stratégies de transition opérantes et adaptées aux besoins et ressources du territoire. 

En parallèle de cette activité d’accompagnement, La Traverse réalise une série radio : Transition en terrain connu. Dans une approche sensible et analytique, chaque épisode présente un territoire traversé et les différentes initiatives à l’œuvre en matière de transition, au prisme d’une problématique qui apparaît saillante (effets de la cité-dortoir, rôle du tourisme, transition énergétique, implication citoyenne…).

Portrait de La Traverse – Meymac

Retrouvez ici le podcast de La Traverse
“Meymac : commune rurale, pourquoi faire ?”


La commune de Meymac,  point culminant de la Haute-Corrèze (976 mètres), est classée parmi les “100 plus beaux détours de France”[1]. Porte d’entrée du Parc Naturel Régional de Millevache en Limousin, Meymac compte 2 411 habitant.e.s au dernier recensement, et le chômage touche 13,2% de la population.

Rue de Meymac, village classé parmi les “100 plus beaux détours de France”

Un secteur d’activité essentiel est celui du bois et du bois-énergie : l’école forestière de Meymac est par exemple une référence au niveau national. La filière bois est d’ailleurs importante dans l’ensemble du territoire communautaire, ce qui engendre parfois de fortes tensions. Fin 2018, un incendie volontaire a détruit un atelier de l’entreprise d’exploitation forestière Mecafor, à Ussel. Au regard de cette contestation grandissante de l’industrialisation de la forêt, Pierre Chevalier, président de Haute Corrèze communauté – dont Ussel est le siège – déclarait : “Notre économie forestière est perturbée, déstabilisée”[2]. Meymac compte également une industrie pharmaceutique, avec un établissement majeur qui appartient aujourd’hui à un groupe Pakistanais (Martin Dow), spécialisé dans la sous-traitance et la production de génériques. L’objectif est d’y employer une centaine de personne d’ici 2020. Globalement, les emplois de la commune sont répartis dans les secteurs d’activité suivants[3] :

Meymac frappe surtout par son dynamisme commercial, rare pour un commune de cette taille. Dans le centre-bourg, on trouve plusieurs cafés, un cinéma, des salons de coiffure, une librairie, un salon de thé,  des restaurants – dont le célèbre Chez Françoise, ou Bernadette et Jacques Chirac allaient déguster la non-moins fameuse tête de veau. 

Un dynamisme commercial à l’effet boule de neige

Certains magasins s’inscrivent pleinement dans des démarches de transition, comme l’épicerie vrac Pêl-Mêl, la mercerie-friperie Bruyère Limousine, ou encore la ressourcerie ECO-TRIouzoune. Ces commerces alternatifs se sont développées depuis l’installation de l’épicerie Pêl-Mêl, il y a trois ans. Marlène Cernesse, gérante de la mercerie-friperie, l’explique en ces termes : “Il y a eu un point de départ avec Pêl-Mêl. Quand elle a ouvert, les autres ont vite suivi : la crêperie, le salon de thé, la ressourcerie… Et tout ça en trois ans ! Pour un village de 2000 habitants, avec une population vieillissante, c’est assez exceptionnel.” Le cercle vertueux continue de profiter à la commune, et la dernière bénéficiaire en date est justement Marlène, dont la mercerie-friperie a ouvert fin novembre. 

Ce dynamisme s’explique d’abord par le cadre de vie. L’accès à la nature (étang de la Garenne, lac de Séchemailles), le dynamisme culturel (cinéma, musée d’archéologie, centre d’art contemporain) ou encore le patrimoine architectural sont autant de facteurs qui attirent porteurs de projets et consommateurs. “De plus en plus de jeunes et de familles d’origine urbaine ont envie de s’installer ici, raconte Lionel Rousset, libraire et adjoint au maire. Beaucoup s’intéressent au bien-être, à l’écologie, et sont à la recherche d’un mode de vie alternatif”. Les structures alternatives trouvent ainsi un écho dans la population, qui semble prendre un soin croissant à consommer local et à faire tourner les commerces du centre-bourg : “Tout le monde sait que se balader dans une ville où les commerces sont fermés, c’est très triste, donc les gens font l’effort de consommer dans ces magasins de proximité”, explique Marlène Cernesse. 

Devanture de la mercerie-friperie Bruyère Limousine

La qualité du cadre de vie est également à l’origine d’une fréquentation touristique non négligeable, qui profite aux commerçant.e.s : “Meymac, c’est les portes du plateau de Millevaches, explique Mélanie Flament, gérante de l’épicerie Pêl-Mêl, donc ça permet d’accueillir les gens qui viennent en vacance, ou qui viennent s’installer sur le plateau. Stratégiquement, Meymac a en fait beaucoup d’attraits pour un commerce, que ce soit au niveau de la qualité de vie ou du tourisme.“ L’augmentation du nombre de visiteurs en période estivale, ces dernières années, est donc venue consolider ce dynamisme. 

Une mairie volontariste

Consciente de ces atouts, la mairie de Meymac a voulu accélérer le mouvement en mettant en place des aides financières à l’installation des commerces. “Le rôle de la commune est d’impulser une dynamique locale, explique Philippe Brugère, maire de Meymac. Dans des territoires ruraux, c’est aussi maintenir les services publics, et trouver des marges de manoeuvre budgétaire pour développer l’attractivité, en ayant en tête que les territoires ruraux sont des territoires d’avenir.“

La volonté du maire, à son arrivée en 2014, était clairement de dynamiser le centre-bourg. De fil en aiguille, cette stratégie s’est inscrite dans une réflexion plus large sur la transition écologique et sociale. “Au-début, le dynamisme était un objectif en soi, mais je réalise que c’est aussi un objectif de transition écologique. On sent bien que le mouvement est enclenché : les circuits courts ne peuvent être que vertueux. C’est délirant de faire venir des objets de Chine alors qu’on les a à deux pas de chez soi. En plus, ça crée des emplois qui ne sont pas délocalisables. Ces magasins de proximité ont de nombreuses vertus, alors j’y vais gaiement !” Cette volonté politique correspond aussi à l’ambition de contrebalancer le déséquilibre orchestré au niveau national entre les métropoles et le monde rural. “Toutes les politiques publiques nationales vont le sens d’un renforcement de la métropolisation, ce qui se fait au détriment des territoires ruraux. Mais avec de la volonté, de l’imagination, des politiques tournées vers le social, le culturel, on réussit à dynamiser un village.“

Philippe Brugère, maire de Meymac

S’il est réélu, Philippe Brugère prévoit de faire de la transition écologique la priorité de son mandat, et de positionner la commune de Meymac en démonstratrice à ce sujet en Haute-Corrèze. Car si le dynamisme du centre-bourg a des retombées écologiques évidemment positives, il reste une certaine marge de progrès pour engager la commune dans une transition ambitieuse et rendre le village résilient. À titre d’exemples, la circulation automobile est encore libre en centre-ville, et les cantines scolaires ne privilégient pas les producteurs locaux. Plus fondamentalement, la réussite du modèle meymacois repose en grande partie sur une ressource externe : la fréquentation touristique, qui risque qui plus est de décliner en même temps que grimperont les prix de l’énergie…

Acteurs rencontrés :


Rédacteur : Maxime Verdin


[1] Les critères retenus ont trait à l’éloignement des grands axes routiers, la capacité d’accueil, l’existence de bâtiments classés ou de monuments historiques valorisés, de lieux festifs aménagés…

[2] La Montagne, 08/02/2019, “Les élus de Corrèze attendent un geste de soutien du ministre de l’écologie vers les forestiers” : https://www.lamontagne.fr/ussel-19200/politique/les-elus-de-correze-attendent-un-geste-de-soutien-du-ministre-de-l-ecologie-vers-les-forestiers_13130387/#refresh

[3]  Données issues du comparateur de territoire de l’INSEE


Portrait La Traverse – Sundgau

Retrouvez ici le podcast de La Traverse
“Pays du Sundgau : Habiter la marge”


Sundgau signifie « région du Sud ». C’est une région frontalière avec la Suisse, coincée entre les Vosges et le Jura, dans le Sud Alsace. Ce territoire s’étends sur le Haut-Rhin et une partie du territoire de Belfort. Il est représenté administrativement par le Pôle d’Équilibre Territorial Rural (PETR) qui a conservé son appellation « Pays du Sundgau » et regroupe 108 communes et 7 intercommunalités. Encerclé par trois grandes villes ; Mulhouse, Bâle et Belfort, le pays s’est longtemps développé à l’écart des dynamiques urbaines et a conservé longtemps son caractère traditionnel, visible notamment sur le plan architectural, à tel point qu’il peut donner l’impression de s’être constitué en vase clos et d’être reclus. Le Sundgau est donc un territoire qui apparaît en marge de plusieurs dynamiques (Woessner, 2016). Ainsi, « marginal équivaut vite à accessoire, délaissé, dévitalisé, à territoire-musée » (Bavoux, Chapelon, 2014, cf. p. 362). La marge induit également la notion de frontières qui constitue bien une variable déterminante des dynamiques territoriales du Sundgau puisque une grande partie de ses habitant.e.s travaillent en Suisse. Or, la marginalité peut également laisser la place à des initiatives originales : « Moins soumises aux contrôles sociaux, bénéficiant de normes moins contraignantes et de davantage de souplesse, plus libres en somme, les marges peuvent faire preuve de plus d’inventivité. [..] Les marges, franges de contact entre systèmes, peuvent ainsi fonctionner comme des interfaces créatives, organiser leur vie propre, en particulier s’il y a perméabilité frontalière et tendance à l’intégration réciproque de deux marges accolées » (id, cf. p. 363). Face aux défis climatiques et énergétiques, cette marginalité constitue-t-elle un atout pour le pays du Sundgau en matière d’adaptation et de résilience locale ?


Des difficultés de mobilisation et d’engagement local, en lien avec l’attractivité de la Suisse et des grandes aires urbaines

Un territoire rurbain multipolarisé en interdépendance subie avec la ville

Le Sundgau est un territoire situé à la marge de trois pôles d’attractivités urbains : Belfort, Mulhouse et Bâle. La majorité des emplois sont situés dans ces bassins de vie, ce qui fait du Sundgau un territoire multipolarisé, avec des migrations pendulaires massives pendant la journée entre l’arrière-pays et ces grandes villes. L’armature intérieure du pays se constitue donc autour de la ville d’Altkirch, et autour de pôles urbains secondaires et de pôles de proximités. Mais peu d’emplois s’y développent[1].

La plupart des emplois locaux sont ceux consacrés à l’agriculture et quelques industries locales. Le territoire est majoritairement agricole puisque 69% des terres y sont dédiées (SCOTT, pays du Sundgau). Par ailleurs, le PETR semble considérer le pays comme le « poumon vert » des villes qui l’entourent, puisqu’il produit quantité de produits agricole qui alimentent les villes mais sans réelle certitude autour de la proportion que représentent ces villes en termes de débouché pour leurs produits et sans que de réels circuits ne soient organisés institutionnellement pour favoriser ce lien entre ville et campagne.

Le Sundgau est donc un territoire ambivalent, à la fois présentant des caractéristiques rurales mais également en interdépendance forte avec la ville. Selon Eric Ausilio, directeur de la Maison de la Nature, le Sundgau ne peut être considéré comme un territoire rural du fait que la plupart des habitant.e.s n’utilisent pas directement leur environnement proche pour vivre mais travaillent en ville et en dépendent fortement pour leur emploi.

Il en va de même pour le domaine de la culture, qui semble être une thématique assez peu développée sur le territoire, les Sundgauviens se rendant principalement en ville pour leurs sorties culturelles, sans réelle volonté des pouvoirs politiques de voir se développer des initiatives culturelles à la campagne qui reste à la charge d’initiatives assez isolées, comme le Morimont, et peu relayées par les médias.

Enjeu frontalier, démobilisation et cité-dortoir

Présentant peu d’activités économiques locales, notamment du fait de sa proximité avec la Suisse, et une dynamique sociale peu développée, le pays du Sundgau est considéré par celles et ceux qui y résident comme une cité-dortoir.

Dans la zone d’emploi d’Altkirch, 26% des actifs travaillent en Suisse. Ces transfrontaliers vont majoritairement travailler à Bâle, où le secteur de l’horlogerie procure beaucoup d’emplois, principalement peu qualifiés mais très bien rémunérés. Cette proximité avec la Suisse fait du Sundgau une région très riche, avec un revenu médian de 26 000€ pour la communauté de commune du Sundgau, et 23 000 € pour le Sud-Alsace Largue[2], alors même que peu de personnes y travaillent. Cette proximité avec la Suisse apparaît à la fois comme un problème et une solution : certes elle attire tous les travailleurs et aspire les emplois locaux, mais elle réponds au problème du chômage et permet en même temps une meilleure rémunération des travailleurs qui enrichit le pays, quand les sous ne sont pas dépensés en Allemagne. Ainsi, cette dynamique est perçue comme démobilisatrice du fait, d’une part que les problèmes sociaux sont perçus par les habitant.e.s comme ayant une solution toute trouvée résidant dans le fait d’aller travailler dans le pays voisin et d’autre part parce que les travailleurs effectuent de longues distances, rentrent tard et sont moins désireux de sortir sur leur temps libre et de s’engager localement. Par ailleurs, la configuration typique de certains villages sundgauviens en villages-rue traversés par les flux automobiles intenses des migrations pendulaires, rends les espaces publics peu propices à la fréquentation piétonne et à l’occupation par les enfants, résultant en une anesthésie sociale des lieux publics.

Source : Atlas des paysages d’Alsace

Le dynamisme local pâtit donc de cette situation, notamment parce que peu de l’argent gagné par les travailleurs transfrontalier n’est réellement réinvesti localement. En effet, beaucoup de cette économie échappe au développement local puisque la dynamique veut ainsi que « le triptyque du frontalier c’est quelqu’un qui habite en France, travail en Suisse et fait ses courses en Allemagne. » [Rhénamap]. Par ailleurs, si le revenu moyen est élevé et le taux de chômage relativement faible, il ressort de cette dynamique une perception accrue des inégalités entre les personnes travaillant en Suisse et celles travaillant en France ou au chômage.

L’exemple typique de cette situation de démobilisation et de manque d’investissement local est illustré par le cas de l’AMAP Rhenamap qui a de plus en plus de mal à fidéliser ses adhérent.e.s au point où les agriculteur.rice.s achètent et importent des légumes pour compléter leurs paniers lorsqu’ils ont de mauvaises récoltes, à l’encontre du principe de solidarité des acheteurs envers les agriculteurs en cas de mauvais rendements.

Pistes d’amélioration

L’enjeu relatif à ces problématiques est donc de remobiliser les habitant.e.s sur le territoire, en recréant du lien social, en relocalisant l’économie et en redonnant du sens à l’action collective. Plusieurs associations participent déjà à ce développement local au travers du retissage minutieux de ce lien social affaiblit.

Le Système d’Échange Local (SEL) vise ainsi à créer du lien social entre individus au travers du troc et d’événements conviviaux qui permettent aux participant.e.s d’échanger des biens et des services. Apprendre à dépendre des autres permet de s’émanciper des circuits marchands et des technologies et renforce la résilience sociale. Mais là encore, le problème de la mobilisation se fait ressentir et les événements organisés restent principalement fréquentés par des habitué.e.s. L’Association de Pédagogie Sociale du Sundgau (APSS) participe également à la création de liens sociaux et à la réappropriation de l’espace public avec et par les habitant.e.s des villages. En s’appuyant sur les ressources issues de l’environnement proche des habitant.e.s, et en passant par des travaux avec les enfant, l’APSS réussi à faire se rencontrer les résident.e.s de la commune de Saint-Ulrich autour de projets collectifs. Ces actions permettent la valorisation du milieu et de ses ressources, et redonnent du pouvoir d’action aux individus. De même, la nouvellement créée Radio Quetsch est une association qui a quant à elle vocation à renseigner le public sundgauvien et à diffuser l’information locale dont les médias mainstream s’emparent de façon détournée. La promotion de la diversité que représente le Sundgau participe également à la création d’une identité collective dont ils et elles veulent se revendiquer, loin de l’image caricaturale et individualiste souvent représentée.

Sur un plan plus économique et entrepreuneurial, Rhenamap est une AMAP de producteur qui a pour objet de favoriser la solidarité et la responsabilité des consommateurs envers les producteurs afin de maintenir les petites exploitations agricoles sur le territoire en leur assurant des débouchés réguliers.

Cependant, des difficultés à mettre en réseau les personnes ont été rapportées et le souhait d’être en capacité de se rassembler entre initiatives pour développer des dynamiques plus larges a été également soulevé.


Enjeux environnementaux et initiatives mises en place

Un cadre de vie et un paysage privilégiés qui cachent des problèmes environnementaux majeurs

Le Sundgau présente à priori un cadre de vie privilégié. Le climat continental permet une préservation relative du stress hydrique : l’herbe est verte et l’état quantitatif des nappes phréatiques sont encore positifs. On y trouve également encore beaucoup de polyculture, plus que dans la plaine d’Alsace, et l’alternance avec l’élevage permet de préserver les bocages qui donnent une qualité esthétique au paysage.

Mais ce cadre cache des problèmes environnementaux pourtant déjà bien présents, qu’ils soient liés au réchauffement climatique ou à la dégradation locale de l’environnement par les activités humaines. Cette invisibilisation des problèmes écologiques ne favorise pas non plus la mobilisation de la population autour de ces enjeux.

Ainsi, plusieurs problèmes majeurs ont été identifiés :

  • pollution de l’eau : si la quantité d’eau dans les nappes phréatiques n’alerte pas, sa qualité est quant à elle assez mauvaise.
  • la pollution de l’air : le trafic automobile massif aux heures de pointe et les longues distances parcourues pour se rendre au travail entraînent de nombreuses pollutions dans les villages traversés. Ces bourgs ont d’ailleurs la particularité d’être pour la plupart sous forme de villages-rue, ne favorisant nullement un rallentissement du trafic et multipliant l’exposition des habitant.e.s aux nuisances qui lui sont liées
  • sécheresse : les agriculteur.rice.s raportent également des vagues de sécheresses de plus en plus fréquentes, intenses et longues, ayant un impact négatif tangible sur leurs récoltes. Ces problèmes de sécheresse ont également un impact sur les forêts, au sein desquelles de nombreux arbres meurent sans qu’on sache par quelles espèces les remplacer.

Des initiatives environnementales précurseures et volontaires

Comme nous avons émis l’hypothèse en introduction, le pays du Sundgau a su tirer profit de sa position “marginale” et se porter garant d’une certaine innovation sociale, politique et écologique. Le pays du Sundgau et certaines collectivités sont donc apparues pendant un certain temps comme précurseures dans certains domaines, présentant une avance relative sur d’autres régions.

Le Pays du Sundgau, une ligne politique écologique difficile à pérenniser

Tout d’abord, le Pays du Sundgau est le premier pays à s’être formé en statut associatif, puis en syndicat mixte en 2009. Aujourd’hui la structure a été transformée en Pôle d’Équilibre Territorial Rural (PETR) qui a vocation à rassembler les acteurs locaux autour d’un projet commun de développement du territoire. Ce pays est également l’un des premiers à avoir mis en place un Plan Climat Air Énergie (PCAE) de manière volontaire. La politique environnementale du Sundgau a particulièrement été soutenue à partir de 2015, suite à leur réponse à l’appel à projet “Territoires à énergie positive pour la croissance verte” (TEPCV) lancé par le ministère de l’écologie. Le Sundgau a été sélectionné comme territoire pilote de ce dispositif, ce qui lui a permis de percevoir une subvention conséquente de 2 millions € qui fut ensuite redistribuée au sein des communes pour la réalisation des mesures décidées à l’échelle du pays. L’une des premières actions mises en place au sein de ce dispositif a été de renouveler l’éclairage public au profit d’installations basse consommation, pour réaliser des économies d’énergie.

Maintenant que les fonds de TEPOS ont été intégralement investis, le PETR voit dans la pérennisation des actions menées un enjeu de taille. C’est en répondant à des appels à projet au niveau de la région notamment et avec l’ADEME qu’il réussi à maintenir les postes en place et à continuer son action en faveur de l’environnement. Beaucoup des fonds et des activités du PETR dépendent également du programme Leader, dont le Pays du Sundgau est le relais sur le territoire. Par ailleurs, le PETR regrette la diminution de ses compétences au niveau du Plan Climat Air Énergie. En effet, alors que sa mise en place volontaire avait permis d’engendrer une dynamique vertueuse et créative sur le territoire, l’obligation de réaliser un PCAET à l’échelle intercommunale a fait reculer cette émulation. Ce sont maintenant intercommunalités qui exercent cette compétence et le PETR n’exerce plus qu’un rôle de conseil. Sa longue expérience et la reconnaissance de la qualité de ses dispositifs par les institutions émettrices d’appels à projet permet donc au Pays du Sundgau de continuer à mettre en place des politiques territoriales environnementales : location de vélos à assistance électrique (VAE), facilitation de la mise en place de paneaux photovoltaïques sur les toits, formation des professionnels du bâtiment à l’éco-construction… En ce moment, le PETR travaille également à la construction d’un dispositif de groupements d’acheteurs pour développer l’éolien. Cependant, la structure manque d’outils et de financement qui lui permettraient de mettre en place une politique globale et de long terme sur le territoire. Par ailleurs, les thématiques écologiques traitées semblent peu concorder avec les enjeux locaux : les sujets de l’agriculture, de l’eau et de l’alimentation semblent peu traités alors qu’ils représentent des enjeux territoriaux importants.


Source : PETR, Pays du Sundgau

Manspach, une commune écologique atypique

L’enjeu de l’eau a cependant été pris très tôt en considération par Daniel Dietman, le maire de Manspach, qui a mis en place à l’échelle communale et intercommunale, des mesures innovantes de préservation de l’eau. Travaillant en collaboration avec les communes et les agriculteurs de la vallée de la Largue, le maire de Manspach a ainsi très tôt mis en place un Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) et constitué l’une des plus anciennes Société d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). La suppression des exploitations agricoles en lit de rivière pour favoriser l’infiltration et limiter les intrants chimiques a permis de retrouver une qualité de l’eau exceptionnelle dans la région, avec une composition en nitrates inférieure à 0,5g/litres. La replantation de végétaux pour refroidir la température de l’eau a également permis de ramener de la faune auparavant disparue. La préservation de l’eau sur le territoire passe également par la gestion des nombreux étangs caractéristiques du Sundgau et représentés pas la route de la Carpe Frite. La politique d’assèchement de certains étangs permet donc d’éviter l’évaporation et de préserver l’eau dans les nappes phréatiques. Enfin , le traitement des eaux usées par une rizosphère limite le prix des installations couteuses de stations de traitement et restitue une directement dans la nature une eau propre.

En matière énergétique aussi la commune s’est très rapidement lancée dans l’expérience des énergies renouvelables. L’installation de paneaux photovoltaïques sur le toit de l’église a permis de financer la restauration de ce bâtiment et l’agrandissement de la mairie (en hauteur et en creux) devenu bâtiment à énergie positive. Ne pouvant recevoir d’éoliennes sur son territoire sans menacer certaines migrations d’oiseaux, le maire souhaite encore agrandir sa production électrique locale au travers de l’installation d’un champ photovoltaïque sur lequel seraient également agencées des retenues d’eau favorisant son infiltration et limitant le risque d’inondation. Sur le plan alimentaire, la mairie a également permis depuis un an l’installation sur des terres communales d’un maraicher qui vends sa production directement aux consommateurs par une AMAP.

Comme le souligne justement le maire de Manspach, les mesures prises sont souvent conçues de façon ingénieuse, cohérente et peu coûteuse, voir rémunératrice. L’écologie au sens entendu par M. Dietman est une écologie environnementale où les éléments sont en interdépendance les uns avec les autres, au sein d’un écosystème, et où la solution au problème nécessite souvent de remonter à la racine du problème. C’est cette créativité qui est permise particulièrement par la taille modeste du village et sa démarche originale, tout en étant en contact et en interface avec les communes voisines, sans lesquelles la protection de l’eau ne serait pas possible.

Église Saint-Léger de Manspach avec un toit en panneaux photovoltaïques

Conclusion

Le Sundgau apparaît donc comme un pays où émergent de nombreuses initiatives environnementales malgré les enjeux de mobilisation et une représentation assez individualiste de ses habitants. Le manque de mise en réseau et de politiques transversales globales limitent cependant l’étendue des progrès réalisés et le pays reste dépendant des circuits longs, des aires urbaines, et surtout des emplois suisses. C’est donc un territoire qui représente aujourd’hui de nombreuses fragilités (sociale, économique et environnementales) occultées peut-être aujourd’hui par une certaine préservation de l’environnement et par une économie soutenue principalement à l’échelle individuelle par les apports de la Suisse mais sans réel ancrage local. Cette économie locale repose par ailleurs fortement sur des déplacements de masse émetteurs en carbone et qui créent une certaine anomie sociale. Ces enjeux représentent donc des vulnérabilités non négligeables face aux crises climatiques et énergétiques que nous nous apprêtons à affronter. Encourager les associations et leur mise en réseau pour consolider le lien social et pour permettre des échanges de pratique semble une première orientation souhaitable pour le territoire. Travailler à la relocalisation de l’emploi en est une deuxième de taille mais les compétences du PETR manquent pour permettre réellement une telle évolution.

Acteurs rencontrés :

  • Bernard Ley, élu référent de la démarche Climat Air Énergie
  • Daniel Dietmann, maire de Manspach
  • Marie-Bérénice Lacord, agent en charge de la démarche Climat Air Énergie
  • Eric Ausilio, Maison de la Nature du Sundgau
  • Églantine Berthet, gérante du Morimont à Oberlarg
  • Gabriel Munsch, Sophie Audigier, Julien et Arnaud, membres du Système d’Échange Local du Sundgau
  • La Cantine de Delémont
  • Jeanne Roy de Radio Quetsch

Rédactrice : Solène Cordonnier


[1] Bilan de concertation SCOT Analyse du fonctionnement territorial d’après l’INSEE • Carte du territoire vécu réalisé à partir des critères suivants : poids démographique, nombre d’emplois, niveau d’équipements et niveau de desserte en transport collectif. http://www.pays-sundgau.fr/bilan-de-concertation-arrete.pdf

[2] Comparateur des territoires INSEE 2019 https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=COM- 19136+FRANCE-1+EPCI-200066041+EPCI-200066033. Le revenu médian français est de 20 000 €

Portrait La Traverse – Centre-Ouest Bretagne

Retrouvez ici le podcast de La Traverse
“Portes ouvertes en Centre-Ouest Bretagne”


Portrait général

En s’intéressant aux dynamiques à l’œuvre dans le territoire entourant Priziac, lieu de résidence de l’équipe de La Traverse, il apparaît rapidement qu’une échelle d’observation pertinente est celle du Pays du Centre-Ouest Bretagne (COB). Les cinq intercommunalités qui le composent ont en commun d’être peu densément peuplées, et c’est à cette large échelle géographique  que les réseaux d’acteurs se sont constitués. Le Pays du COB est à cheval sur trois départements (les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Morbihan). 

Une longue existence institutionnelle

Cette cohérence se retrouve au niveau de l’organisation politique : le Pays du COB possède une existence institutionnelle vieille de presque 30 ans. Au début des années 1990, l’homogénéité du territoire et les problématiques communes liées au déclin démographique ont en effet poussé les acteurs locaux à créer le Groupe d’action locale du Centre Ouest Bretagne (GALCOB), pour apporter une coordination à l’ensemble des actions et projets menés jusque là de façon éparse, et des moyens pour les mener à bien. Ce GAL s’est constitué en réponse à l’appel à projet européen LEADER (Liaison entre actions de développement de l’économie rurale), initiative de l’UE destinée à favoriser la coopération entre les territoires ruraux et soutenir des projets de développement rural, pour développer l’activité et créer des emplois. En 2002, le GALCOB est devenu le Pays du Centre Ouest Bretagne en adoptant le statut de Groupement d’Intérêt Public (GIP). Depuis 2017, le Pays du COB existe sous le statut de Pôle d’Équilibre Territorial et Rural, souvent désigné comme le “pendant” du pôle métropolitain.

Aujourd’hui, le pays du COB regroupe environ 82000 habitant.e.s sur un territoire d’environ 2567 km2, soit une densité moyenne de 32 hab/km2 (c’est quatre fois moins qu’au niveau de l’ensemble de la région bretonne). Le pays compte cinq intercommunalités de taille assez variable.

Une situation socio-économique marquée

Dans le pays du COB, 27% de la population est salariée dans le secteur agricole ; c’est trois fois plus qu’au niveau de la Bretagne, et cinq fois plus qu’à l’échelle nationale. Cette prégnance de l’activité agricole est visible dans les paysages. En parcourant le territoire, on croise de nombreux champs, des pâturages, et quelques forêts. Les bocages ont été relativement bien conservés. Le remembrement (ndlr : la réorganisation des parcelles agricoles dans les années 1960) a fait disparaître une grande partie des haies bordant les champs, mais cela s’est fait de manière moins intensive que dans d’autre régions de France.

Le pays du COB est moins dense, moins urbanisé, est plus isolé que le littoral breton. À cela s’ajoute une situation socio-économique légèrement plus dégradée que dans le reste de la région. Le taux de chômage y a beaucoup progressé entre 2012 et 2016, année où il atteint 13,3%, soit un point de plus qu’au niveau régional, et trois points de plus qu’au niveau national. Le taux de pauvreté est de 16%, contre 11% en Bretagne et 14% en France. Le chômage n’est donc pas particulièrement significatif, mais le niveau de pauvreté est important, ce qui s’explique par une part importante d’emplois précaires.

Malgré ces marqueurs, on observe que de nombreuses initiatives se développent et participent à la dynamisation du territoire en s’y ancrant durablement.


Un dynamisme alternatif

Globalement, ces initiatives incarnent des alternatives aux projets de développement dominants, et investissent volontiers la thématique écologique. Nous en développons ici trois exemples parlants.

Le Bel-Air

L’éco-village du Bel-Air, qui se situe sur la commune de Priziac au sud du pays (communauté de communes du Roi Morvan), s’étend sur 15 hectares de forêts et de prairies. Il compte pour l’instant six habitant.e.s réparties dans 4 habitations légères – caravane, yourte, tente –, avec en commun une maison d’environ 80 m2, qui leur sert de lieu de vie (repas, réunions, jeux etc.).

Éco-village du Bel’Air, Priziac

En optant pour un mode de vie collectif, les habitant.e.s veulent agir dans le cadre de valeurs qu’ils et elles défendent, comme le respect de la nature et la sobriété heureuse. À cela s’ajoute une volonté d’être autonome dans leur consommation alimentaire : “Nous souhaitons cheminer vers une autosuffisance alimentaire grâce à la création d’un potager et d’une forêt-jardin en permaculture ainsi que grâce aux cueillettes sauvages. Nous essayons avant tout de consommer de la nourriture locale, de saison et cultiver en respectant la terre qui nous accueille. Nous avons trouvé que la meilleure façon d’associer ces valeurs était de la cultiver nous-mêmes”[1]

Les résident.e.s accordent en outre une importance particulière à leur ancrage territorial et à l’ouverture auprès des habitant.e.s du village et des environs, et cherchent ainsi à mettre en place des activités telles que des visites du site, des conférences, des séjours de méditation, des projections, des concerts, ou encore des stages de développement personnel. L’objectif n’est cependant pas de transmettre,  mais d’échanger.

“J’ai juste envie de faire des choses avec des gens. Par les échanges et les discussions, il y a des transmissions qui se font dans les deux sens, on s’apprend tous mutuellement

Tim, habitant du Bel-Air

Le café-librairie engagée, L’autre Rive

À Berrien, dans la communauté de commune des Monts d’Arrée, Marc Le Dret anime un café-librairie au cœur de la forêt de Huelgoat. L’autre rive est donc un bar, une librairie, mais aussi un espace de débats, de conférences, de concerts, de projections de films, et d’expositions. Sur le volet restauration, une large part des denrées proposées sont produites localement.

L’Autre Rive, café-librairie, Berrien

Marc Ledret insiste en outre sur la liberté de sa ligne éditoriale, que ce soit dans les conférences, dans les expositions ou dans les livres. C’est une librairie généraliste, et si les thématiques sont variées, la structure intègre pleinement la logique de l’éducation populaire, autrement dit la promotion, à l’écart des structures traditionnelles et institutionnelles d’enseignement, d’une éducation visant à améliorer le système social.

À son arrivée il y a plusieurs années, le gérant se rappelle avoir reçu un accueil mitigé. Mais en multipliant les portes d’entrée, L’Autre Rive est parvenue à s’installer durablement dans le paysage, et à avoir un impact concret. 

En France, 70% des gens ne rentrent jamais dans une librairie. Ce sont les chiffres de l’édition. Dans le même temps, beaucoup de gens ne vont jamais dans un bar, parce que ‘c’est un lieu de perdition’. Donc ici, on essaye d’avoir le mélange des deux. On voit bien que certaines personnes arrivent et ne dépassent pas la porte, parce que le livre les dérange. Dans le monde rural, traditionnellement, la lecture est une perte de temps […]. Mais vu la prégnance des livres dans l’environnement, beaucoup de gens s’assoient, boivent leur bière, et à un moment donné, prennent un bouquin et commencent à lire.

Marc Ledret, gérant du café-librairie L’autre Rive

Ti Récup’

Ti Récup est une ressourcerie basée à Carhaix (communauté de communes du Poher) et à Rostrenen (communauté de communes du Kreiz-Breizh). C’est une structure qui récupère des biens, les valorise et les revend à petits prix, dans le but de réduire les déchets et de permettre à un maximum de publics d’en bénéficier. En parallèle de cette activité de revente, Ti Récup’ propose des ateliers et des animations de sensibilisation à la réduction, au réemploi et au recyclage des déchets. Des expositions et spectacles sont occasionnellement organisés avec des artistes ou des associations.

Ressourcerie Ti Récup’, Carhaix

Tout le travail de diagnostic, en amont du projet, nous a permis d’avoir un ancrage assez vaste sur le territoire. Dès qu’il a fallu agir, c’était très simple parce qu’on avait des contacts partout, motivés pour passer à l’action”

Anouk Dupin, salariée de Ti Récup

La culture bretonne au coeur du développement local

L’éco-village, le café-librairie et la ressourcerie ont en commun de proposer des alternatives aux modes de vie et aux modes de consommation dominants. Pour autant, ce côté alternatif n’implique pas une déconnexion totale du territoire investi. Ces initiatives ont précisément réussi à s’ancrer localement en proposant des portes d’entrée qui correspondent aux envies réelles des habitant.e.s, et en se basant sur des ressources locales.

Les projets de ce type sont multiples dans le pays du COB, et cela s’explique notamment par l’effet levier de la culture bretonne, notamment chez les jeunes. La culture est en effet mobilisatrice et force d’intégration des nouveaux arrivants.

Il y a un dynamisme fort sur ce territoire, qui est lié à l’histoire de la Bretagne et à l’importance de la culture. Très vite, il y a eu des associations, de l’aide sur ces questions… Ce qui fait commun permet d’avancer. Sur ce territoire, la langue bretonne et la culture bretonne, qui sont très prégnantes, permettent de se retrouver, de travailler ensemble etc. Et la culture bretonne redevient très importante ! Cette identité commune permet de faire front ensemble et de proposer ensemble

Guillaume Diaz, le responsable de la bibliothèque départementale de Plonévez-du-Faou (communauté de communes des Monts d’Arrée)

L’effet mobilisateur de la culture est d’autant plus important que la jeunesse semble y être attachée, contrairement aux générations précédentes qu’on avait encouragées à s’émanciper de leur traditions bretonnes, prétendument dégradantes, au profit d’une certaine “modernité”. 

On voit un fossé générationnel, lié à l’histoire. La génération de nos grands-parents a intériorisé le fait qu’il n’était pas bien de parler une langue régionale, ou de s’intéresser à la culture et aux traditions bretonnes. C’est une logique de rejet. Pour eux, ça n’est pas porteur d’avenir. Aujourd’hui, chez les jeunes générations, on souhaite remettre au goût du jour les traditions […] Il y a chez les jeunes une remise en cause de la mondialisation et de l’ensemble des facteurs qui ont conduit au développement de ce système de société, qui mène à vivre hors sol, déconnecté des territoires et des habitants. Pour les jeunes, l’ancien modèle, c’est le système actuel… Le retour aux traditions est valorisant car cela leur permet de construire de nouveaux récits”

Anne-Laure, fondatrice de la web-série Âmes de Bretagne

Ce « retour aux sources », qui conduit les jeunes générations à reconsidérer le territoire comme un marqueur important d’identité, invite à reconsidérer sérieusement l’attachement à la terre, aux paysages et à l’environnement de proximité. Un grand nombre de ces initiatives adoptent ainsi une critique construite de la mondialisation et de ses dérives, et pour cette raison, développent des alternatives.

Acteurs rencontrés :


Rédacteur : Maxime Verdin


[1] https://villagedubelair.org/

Journées des territoires 2019

L’UNADEL – Union nationale des acteurs du développement local – et l’IRDSU – Inter-réseaux des professionnels du développement social et urbain – pilotes du Carrefour des métiers du développement territorial, ont le plaisir de vous inviter aux Journées des Territoires 2019.

Soutenues par le CGET – Commissariat général à l’égalité des territoires – la Caisse des dépôts, les Régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine et le Département de Meurthe et Moselle, elles se tiendront les 25 et 26 novembre 2019, à la Halle Pajol à Paris (voir PLAN).

Les inscriptions sont obligatoires : https://www.helloasso.com/associations/unadel/evenements/jt-2019 (entrée plein tarif à 20 € / entrée demi-tarif à 10 € / entrée « intervenants » gratuite

Voir et télécharger l’affiche-flyer de l’événement

Un événement qui s’inscrit dans le cadre du Festival des solidarités 2019

Temps fort pour nos réseaux et nos partenaires, ces Journées mettent en avant les expériences et initiatives des territoires locaux. Elles permettent le rassemblement et la rencontre de toutes celles et ceux qui s’impliquent dans le champ du développement territorial au sens large et sont engagés dans des dynamiques de transition et de transformation sociale, aussi bien en secteurs urbains, périurbains que ruraux. Elles s’adressent ainsi à une multitude d’acteurs : citoyens engagés ou non dans des collectifs, militants associatifs, agents des collectivités territoriales ou de l’État, élus, enseignants-chercheurs, aux étudiants… – venant de la France entière.

« Agir sans subir, les territoires relèvent le défi écologique et social », c’est à la fois le titre et le thème retenu cette année.

Dans un contexte d’urgence écologique, de prise de conscience de la finitude du monde, mais aussi d’aggravation des inégalités sociales et de montée du sentiment de relégation, les initiatives institutionnelles et citoyennes se multiplient. L’interdépendance des enjeux écologiques et sociaux est désormais admise, mais il apparaît encore difficile d’en apprécier toutes les incidences sur notre modèle de développement, la manière de concevoir et de mettre en œuvre les politiques publiques.

Les Journées des territoires mettent en évidence, d’une part, la manière dont les acteurs locaux construisent concrètement une transition écologique et sociale (énergie, alimentation, habitat, économie, gouvernance locale…). Il s’agit d’appréhender, d’autre part, les condition et les pratiques qui permettent aux citoyens, aux élus et techniciens de relever le défi d’une transition écologique et sociale, dans un contexte urbain comme rural, dans les quartiers populaires comme dans les communes des périphéries.

Programme

Lundi 25 novembre “Se mettre en mouvement”

MATIN

9h30 – 10h : Accueil

10h – 10h15 : Introduction de la journée , par Claude Grivel (président de l’Unadel, Union nationale des acteurs du développement local)

10h15 – 11h30 : Animation « La réponse est sûrement chez mon voisin !, par Cécile de Blic (animatrice et accompagnatrice de projets) et Sophie Aouizérate (consultante formatrice)

11h30 – 12h30 : Conférence « Défi écologique et social, de quoi parle-t-on ? », par Caroline Lejeune (docteure en sciences politiques, Université de Lausanne) et Benoît Simon (président de l’association 4D, Dossiers et débats pour le Développement durable)

12h30 – 14h : Repas (repas libre dans le quartier ou accès restaurant de la Halle Pajol si réservation dès l’inscription, 15 €)

APRÈS-MIDI

14h-16h : Ateliers « Expériences inspirantes »

Quand l’écologie rencontre le social : présentation d’expériences inspirantes, par les acteurs de terrain qui les mènent, en milieux urbains et ruraux, puis débats avec les participants dans chaque atelier.

Choix d’1 atelier parmi les 5 proposés (préférence à indiquer lors de l’inscription, les organisateurs gardent la possibilité de rééquilibrer les groupes. Dans chaque atelier 2 expériences présentées, 1 en quartier politique de la ville et 1 en milieu rural :

1/ production d’énergie, animé par Catherine Lapierre

Expérience 1 : Alain Ridard, Énergies citoyennes en pays de Vilaine « Des unités de production d’énergies renouvelable portées par, pour et avec les habitants d’un territoire : le cas des parcs éoliens »

Expérience 2 : Nadia Djemouai, Communauté de communes des Crêtes Préardennaises « Création d’une centrale villageoise photovoltaïque dans les Crêtes Préardennaises »

2/ habitat, animé par Patricia Auroy

Expérience 1 : Aude Castelnau, développement local et participatif, Ville d’Épinay-sur- Seine, « Accompagnement à l’auto-réhabilitation à Epinay-sur-Seine »

Expérience 2 : Franck Mathieu, coopérative Archi Possible, « Accompagnement à l’auto- rénovation et l’autoconstruction dans l’habitat (Essonne) »

3/ alimentation et agriculture, animé par Anahita Grisoni

Expérience 1 : Audrey Renaud et Claire Engrand, Régie de Quartier Pierrefittoise d’Insertion et de Développement (93), « Le BOCAL, restaurant solidaire d’insertion anti-gaspi »

Expérience 2 : Dominique Chopick et Clément Commault, Maison de quartier des Ors et Coopération de Romans-sur-Isère (26), « La Conserverie Mobile et Solidaire : une action innovante au service des territoires. Comment manger sain et local tout en luttant contre le gaspillage alimentaire ? »

4/ transport, animé par Jean-Yves Pineau

Expérience 1 : Hervé Tillard, Communauté de communes Moselle et Madon, « Gratuité du réseau de transports de Moselle et Madon depuis 2007 »

Expérience 2 : Jean-Paul Mazallon (sous réserve), « Mise en place de transports publics gratuits à Châteauroux »

5/ santé, animé par Florence MarchonExpérience 1 : Maxime Verdin et Solène Cordonnier (la Traverse), Annick Tual et Delphine Capet (direction environnement, territoires et transition énergétique, Communauté Urbaine de Dunkerque), « La santé au croisement des enjeux écologiques et sociaux : autonomie et déterminants »

Expérience 2 : Jean-Yves Calais (maire de Lery, Eure) et Laurence Bourgoise (directrice des cohésions territoriales, Seine et Eure), « Transformer un quartier d’habitat social : des personnes âgées aux hirondelles »

16h – 16h30 : Pause

16h30 – 17h30 : Table ronde « Transition et lutte contre les inégalités : comment fait-on ? »

Animateur : Yannick Blanc (Carrefour des innovations sociales et Fonda)

Intervenant.e.s : Jean-Christophe Sarrot (membre d’ATD quart monde Agir pour tous dans la dignité),Serge Bonnefoy (secrétaire de Terres en villes, réseau national des projets alimentaires territoriaux), Sandrine Buresi (coprésidente du CLER, réseau pour la transition énergétique), Jean-David Abel (vice-président de France Nature Environnement).

La journée se termine à 17h30, la salle devant être libérée à 18h. Pot dans le quartier pour celles et ceux qui souhaiteraient poursuivre les échanges.

Mardi 26 novembre “Ouvrir de nouvelles perspectives”

MATIN

8h45 – 9h15 : Accueil

9h15 – 9h30 : Introduction de la journée, par Khalid Ida-Ali (président de l’IRDSU, Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain)

9h30 – 11h30 : Ateliers « Vers de nouveaux modèles et de nouvelles pratiques »

Partant de travaux de recherche et de prospective, d’expérimentations sur les territoires, nous vous proposons lors de ces ateliers un échange sur les enjeux posés par les transitions notamment en termes d’exploration de nouveaux modèles de développement et de transformation des pratiques des acteurs.

Choix d’1 atelier parmi les 6 proposés (préférence à indiquer lors de l’inscription, les organisateurs gardent la possibilité de rééquilibrer les groupes)

1/ nouveaux modèles économiques ? animé par Mathieu Frioux

  • Christian du Tertre (ATEMIS),
  • Hugues Sibille (Labo de l’ESS), « ESS et transitions »,
  • Christophe Besson-Leaud (SCIC Alliance sens et économie) « projet Microville 112 »,
  • Emmanuelle Bénard, Mission Développement Social Urbain, Brest métropole / Ville de Brest, « Expérimentation sur un QPV »

2/ villes et territoires en transition ? animé par Marc Verdier

  • Max Rousseau (CIRAD),
  • David Lebras (ADGCF), Étude « Quel monde territorial demain ? »,
  • Laurent Fussien, DGS, Ville de Malaunay,
  • David Delsart, Mouvement Villes en transition

3/ exercice collectif de description des territoires, proposé et animé par Bruno Latour

Bruno Latour (sociologue, anthropologue et philosophe des sciences) : « Nous proposons d’appeler territoire ou terrain de vie cette explicitation des conditions matérielles d’existence permise et imposée par le nouveau régime climatique. Nous appelons description de ces territoires cette tâche d’exploration indispensable qui précède, d’après nous, toute reprise de vie publique. Le mot territoire ne renvoie pas à un espace administratif ou géographique. Le territoire est défini ici par la somme des appartenances et par opposition avec la communauté imaginaire recueillie par la question de l’identité […] »

4/ quartiers populaires et écologie ? animé par Karine Dupuy

  • Anne Frey, CPEN Coquelicot Metz,
  • Léa Billen, Doctorante en géographie et aménagement et urbanisme, Univ. Paris Nanterre,
  • David Guillerm, Labo’Cités,
  • Sabrina Drljevic-Pierre, Coordination Pas sans nous,

5/ évolution du développement social local ? animé par Sonja Kellenberger

  • Céline Braillon, DREAL BFC « Des initiatives locales à la transition socio-écologique »
  • Claudie Miller, Fédération des centres sociaux, « développement du pouvoir d’agir et défis écologiques »
  • Caroline Oberlin, ORIV, « Projet MARGE »

6/ De nouvelles compétences pour accompagner les transitions ? animé par Philippe Carbasse

  • Jean Christophe Lipovac (urbaniste de formation, directeur de l’association Zoein),
  • Pascale Orrelana (chargée de mission DD, Régie de quartier de Pierrefitte-sur-Seine),
  • Laurent Lelli (Agroparitech),
  • Elise Temple-Boyer (Université Paris Nanterre).

11h30 – 12h30 : Mise en perspective : Où atterrir ? par Bruno Latour (sociologue, anthropologue et philosophe des sciences)

12h30 – 14h : Repas (repas libre dans le quartier ou accès restaurant de la Halle Pajol si réservation dès l’inscription, 15 €)

APRÈS-MIDI

14h – 14h30 : Intervention « L’agence nationale de la cohésion territoriale, un outil de la construction des transitions ? » par François-Antoine Mariani (commissaire général à l’égalité des territoires, à confirmer)

14h30 – 16h : Table-ronde « Vers de nouvelles voies de développement des territoires »

Animateur : Claude Grivel (président de l’Unadel)

Intervenant.e.s : Olivier Noblecourt (délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté), Marylise Léon (secrétaire générale adjointe de la CFDT), Frédérique Kaba (directrice des missions sociales de la Fondation Abbé Pierre), Khalid Ida-Ali (président de l’IRDSU), Jean-François Caron (maire de Loos-en-Gohelle, Pas-de-Calais, et animateur du réseau des Villes pairs territoires pilotes de la transition)

16h – 16h40 : Réactions d’un grand témoin par Catherine Larrère (philosophe, Paris I – Panthéon Sorbonne)

16h40 – 17h : Conclusions par Claude Grivel (président de l’Unadel)

Ils-elles interviennent pendant les Journées des territoires :

Contact : sylvainadam@unadel.org / 01 45 75 91 55

Journées des territoires “Agir sans subir” : merci !

L’Unadel et l’IRDSU vous remercient chaleureusement pour votre participation aux Journées des territoires 2019 « Agir sans subir, les territoires relèvent le défi écologique et social ».

Ce sont plus de 220 personnes qui se sont réunies ces 25 et 26 novembre à la Halle Pajol (Paris 18ème), afin de partager des expériences, de croiser des analyses et d’engager une réflexion de fond sur les enjeux  du défi écologique et social ». Venus des quatre coins de la France et même au-delà, vous représentez la diversité des acteurs qui font le développement des territoires (élus, agents des Collectivités et de l’État, collectifs d’habitants, universitaires, centres de ressources, organismes de formation, consultants, acteurs associatifs…), avec différents champs d’intervention (politique de la ville, transition écologique, économie sociale et solidaire, démocratie locale, travail social, santé, éducation..), différents territoires d’action (espaces ruraux, périurbains, métropoles).

Un grand merci spécialement à toutes les personnes, nombreuses, qui ont assuré l’accueil, donné des coups de main pour la logistique et l’organisation, animé des ateliers, pris des notes, filmé (la Fabrique écologique), tenu des stands (la Traverse, la Librairie des territoires) et à toutes celles qui sont intervenues dans l’animation ou dans les tables rondes… Sans toutes ces énergies, largement bénévoles, ces Journées n’auraient pas pu avoir lieu.

Dans l’attente de la réalisation des Actes des Journées, retrouvez ici un court podcast réalisé par nos ami·es de La Traverse :

Vous pouvez aussi, d’ores et déjà, accéder à quelques présentations :

Vous pouvez également accéder aux Actes des Journées 2018 « Transitions et conduite coopérative du changement »

Pour rappel, le programme des Journées :


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