Les éditos de Claude Grivel

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise – juillet 2020

Nous venons de vivre une période très singulière. Nous le devons certes à un petit virus, mais aussi aux modes de vie, de consommation, de circulation des biens et des personnes.

D’aucuns prédisent que la mondialisation et la financiarisation de l’économie nous mènent dans le mur. D’autres prédisent le grand effondrement avec l’accélération du réchauffement climatique.

Pourtant personne n’imaginait que l’économie puisse s’arrêter du jour au lendemain, que les écoles pourraient fermer pendant plusieurs mois et que les français accepteraient d’organiser leur vie en respectant massivement le confinement et en appliquant le principe de précaution dans les gestes de la vie quotidienne.

En un mot la capacité résiliente des personnes et des territoires s’est manifestée comme une heureuse surprise. Et la société a semblé se réconcilier avec la lenteur et avec la nature. Les ruralités en sortent ragaillardies et les réalités métropolitaines moins attractives.

Mais l’engagement dans la relance économique peut réanimer très vite le monde d’avant si nous ne choisissions pas délibérément les voies de la transition. La question de la conditionnalité des aides publiques refait surface sans pour autant avoir inspiré les premières mesures gouvernementales.

Nous ne manquons pas d’idées ou de propositions pour jalonner le nouveau chemin que devrait emprunter les politiques publiques. Les mots, les méthodes, les outils du développement local sont désormais entrés avec ceux de l’écologie et de la transformation sociale, dans le langage politique ; parfois aussi dans celui des médias quand le coronavirus laisse un peu d’espace.

Pour autant les incantations et les belles intentions ne suffisent pas à provoquer le changement dans le réel. Or le réel c’est ce que vivent et surtout ce que ressentent les habitants confrontés au quotidien. Le virus n’est pas la seule cause de la désaffection des urnes. La participation aux élections locales n’a jamais été aussi faible et c’est une alerte de plus.

Comment réconcilier l’individu avec le collectif, le citoyen avec le politique et l’élu avec la société pour aspirer à pouvoir remplacer un jour le produit intérieur brut par l’indice du bonheur brut ?

Les plans de performance comptables et financiers générateurs de délocalisation et de disparition des services publics doivent laisser place à des contrats de transformation sociale, voire sociétale.

Un ministre de la ruralité à côté de celui de la Ville (souhaité par nos amis des nouvelles ruralités), ne suffira pas. L’engagement doit être pris de construire à toutes les échelles, une gouvernance de l’interactivité des acteurs et des territoires pour animer des démarches de projet. Tout en haut des priorités : la culture, la santé, l’éducation et la formation avec la solidarité et la justice. Investir dans l’humain et dans les liens d’abord. C’est le socle d’une nouvelle économie plus écologique, plus utile, plus redistributive, plus au service de la construction de solutions pour tous qu’à celui de l’accumulation pour quelques-uns.

L’Unadel est à la disposition des citoyens, des territoires et de leurs partenaires pour aider à faire valoir l’expertise de chacun comme élément de construction du projet commun.

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise.

Bel été à tous

Claude Grivel

L’engagement individuel et collectif dans les territoires – mars 2020

A une semaine des élections municipales, quels constats ? La volonté d’engagement est toujours là même si il reste une minorité de communes sans candidats. Plus d’un million de personnes se présentent au suffrage universel dans les quelques 35 000 communes de notre pays.

Toutes les listes sont composées de citoyens mais cette fois elles sont nombreuses à se retrouver autour d’un projet plus participatif, plus collectif, plus volontairement engagé sur des valeurs communes et une conception de la gouvernance locale plus collective, plus en lien avec des électeurs acteurs.

Ce n’est pas forcément l’image renvoyée par les médias qui aiment parler des leaders et des couleurs politiques mais moins des projets et des méthodes.

Or il en est du projet municipal comme du développement local. Il y a besoin de mélange, de maturation d’un projet partagé, de rassemblement dans la respect de la diversité, d’un travail d’équipe qui révèle les qualités de chacun, d’une vision partagée de l’avenir souhaité qui ne fasse pas l’impasse sur les besoins de traiter les questions locales à la bonne échelle, dans l’intercommunalité et l’interactivité.  

C’est un engagement de 6 ans qui nécessitent des modes de faire qui rassemblent et développent la coopération autour de ce que l’on appelle aujourd’hui les communs, les services, les usages et le partage : ce qui fait lien et donne du sens à une communauté de vie.

C’est une formidable école de l’engagement pour participer au mieux vivre et faire ensemble dans la proximité qui relie aux autres et au monde, avec un double enjeu : l’urgence de prendre en compte la transition vers un autre modèle productif et d’autres modes de consommation plus respectueux de la santé des hommes et de la planète.

La question du sens de l’engagement individuel et collectif est posée :

Faire sa part avec un objectif commun. Se donner un but en sachant que la fin ne justifie jamais les moyens, mais que le chemin emprunté est aussi important que ce que vers quoi on essaie d’aller ensemble.

Pour donner envie sans éluder les questionnements, je vous propose quelques conseils de lecture extraits du livre « Vous avez dit développement local ? – Tome 2» (en cours de rédaction). A découvrir  dans cette newsletter le témoignage de Stéphane Loukianoff sur son expérience d’engagement en territoire rural (PACA et AURA) et celui de Kristell Juven qui travaille à Citoyens et Territoires Grand Est. Elle a la double expérience d’élue communale et communautaire.

Vous pourrez lire ces textes dans cette lettre de l’Unadel. Ils sont sous la responsabilité de leurs auteurs… et nous souhaitons pouvoir publier ainsi régulièrement les contributions d’adhérents ou de partenaires. N’hésitez pas à nous transmettre vos contributions ou réactions.

Claude Grivel

L’effet « gilets jaunes », un coup d’éclat permanent ? – L’édito de Claude Grivel #5

Notre pays fait partie des plus favorisés et des plus riches au monde, mais ce n’est pas ce que ressentent nos concitoyens. Ses valeurs démocratiques, républicaines et humanistes, longtemps inspirantes pour le monde entier, sont trop peu incarnées dans les sphères du pouvoir et encore moins partagées par l’ensemble de la communauté nationale. Il y a un réel danger à parler de cohésion sociale et territoriale en laissant des formes d’expressions et d’actions communautaristes se développer qui laissent place au racisme et à la xénophobie et désignent des boucs émissaires (les migrants, les musulmans, les juifs, l’islam etc…).

Or faire société, c’est faire communauté. Faire société, c’est favoriser la confrontation des idées, en utilisant le conflit comme levier, quand il est là, pour construire sans violence les compromis nécessaires qui permettent la sortie de crise. Toute mise sous le boisseau risque d’alimenter les explosions futures.

Passer du jaune au vert, du rond-point à l’agora

Il y a beaucoup à gagner dans le réinvestissement des citoyens dans la vie publique du pays, il y a beaucoup à perdre en cas d’espoir déçu.

Toutes les échelles de gouvernance, nationales, régionales, locales sont mises au défi de créer les modalités et le cadre qui facilitent l’organisation pérenne de temps et de lieux de débats ouverts à tous. Les plus instruits et les retraités se mobilisent facilement. Mais peut-on se passer de l’avis et des propositions de tous les autres, ceux qui réinventent le bistrot de quartier au bord des ronds-points, comme ceux que l’on désigne comme des invisibles, les plus pauvres, les plus en marge ?

Chacun est une part de la solution.

Le pouvoir de vivre et le pouvoir d’agir

Pouvoirs et contrepouvoirs, gouvernements, élites dirigeantes et corps intermédiaires ont été pris à contrepied par le mouvement des gilets jaunes. Nos réseaux associatifs montrent aussi leurs limites. Or les enjeux sont là : aspiration à plus de justice, à la réduction des inégalités sociales et territoriales, à plus de partage des richesses, mais aussi à plus de considération, de respect et d’écoute.

Quand Notre Dame brûle, on trouve en 24h les moyens de reconstruire. Force et puissance des images et de l’émotion partagée. Mais aussi besoin d’afficher sa contribution à l’effort nécessaire. Tellement d’autres causes le mériteraient, de la lutte contre la pauvreté à l’accueil des migrants en passant par la transformation de notre modèle économique pour donner des chances de survie à l’humanité et pas seulement à la planète.

En signant, au nom du conseil d’administration de l’Unadel, l’appel à un pacte écologique et social regroupant les propositions de nombreuses associations mobilisées par Laurent Berger et Nicolas Hulot (CFDT et Fondation pour la Nature et l’Homme), c’est pour faire entendre la petite musique du développement local : la transformation sociétale ne se fera pas sans les territoires et leurs habitants, ni sans expérimentation de nouvelles formes de gouvernance inspirantes et stimulantes pour développer l’engagement coopératif permanent. Cela nécessite de mobiliser les outils de la formation et de l’ingénierie d’animation du débat, pour redonner toutes ses lettres de noblesse à l’exercice individuel et collectif du pouvoir d’agir responsable et citoyen dont l’espace européen pourrait être le laboratoire d’expérimentation

Venez en débattre avec nous le 6 mai à Paris à l’occasion de la présentation du livre « vous avez dit développement local » et à notre assemblée générale le 17 mai prochain… avant de faire le choix de l’Europe le 26 mai.

Une équipe au top et au taf ! On n’a pas fini de débattre ! – L’édito de Claude Grivel #4

Cet édito pour saluer l’énorme travail de l’UNADEL, de ses administrateurs et de ses personnes ressources dites « experts associés », de son équipe technique et de ses partenaires. Les journées des Territoires organisées fin novembre sur le thème des transitions et des conduites coopératives du changement ont été un vrai succès. Le livre récit de l’histoire et des fondements du développement local est désormais publié et disponible grâce au travail de 50 contributeurs et d’un comité de rédaction toujours sur le pont. Le module de formation intitulé Territoires et développements (4 semaines de formation au développement local en ligne) est accessible sur Fun Mooc et sur le site du CNFPT.

Tout cela nécessite un suivi, une organisation, une mobilisation, des relances, des notes rédigées, des conférences téléphoniques… Nos moyens humains sont limités, perfectibles et efficaces. La coordination de l’équipe a été assurée au cours de ces dernières années par Jean MAILLET. Le réseau lui doit beaucoup. Il n’a pas souhaité que l’on annonce urbi et orbi que depuis le 1er janvier il allait continuer son engagement à l’Unadel comme bénévole, parce que jeune retraité. L’Unadel c’est une marque, un état d’esprit et une approche – parfois même une maturité – collaborative.

Nous sommes heureux d’y associer des jeunes et d’accueillir Sylvain ADAM qui a pris ses fonctions de délégué national de l’Unadel au 1er février. Il rejoint Valérian POYAU et Philippe CARBASSE. Cette petite équipe de moins de 2,5 ETP renforcée par Christine COUPPA pour les tâches de gestion et de comptabilité, a la responsabilité d’assurer le bon fonctionnement d’un réseau national d’acteurs, d’organiser les écoutes territoriales ou d’autres missions conventionnées, d’animer le carrefour des métiers et faire lien avec les experts associés, les partenaires, les financeurs, les réseaux régionaux et autres organisations nationales ou régionales de l’éducation populaire, de la transition ou du développement écosystémique des territoires.

Saluons parmi eux, le réseau de villes réunissant des pairs engagés dans les transitions écologiques, démocratiques et sociétales. Parce que nous sommes associés aux travaux de ce réseau, nous aurons l’occasion de le présenter dans une prochaine lettre de l’Unadel.

Soutenez le développement local, adhérez à l’Unadel

2019 commence avec des températures printanières. La couleur jaune est toujours de mise sur les ronds-points et dans les manifestations désormais traditionnelles du samedi. Des adolescents et des jeunes manifestent, secouent le cocotier et interpellent l’irresponsabilité des adultes qui regardent ailleurs tandis que la maison brûle. Le Président Macron se démène et commence à reconnaitre ses erreurs tandis que ses ministres préparent les ordonnances (loi santé ou travail sur les indemnisations de chômage) comme s’il n’y avait pas de crise, comme si le train gouvernemental ne pouvait attendre les conclusions du grand débat et les propositions…

Certes il y a crise ! Certes il y a urgence… il y a surtout urgence d’écouter et co construire les solutions dans la justice… avec les citoyens, avec les corps intermédiaires qui, comme les politiques, doivent reconquérir la confiance et s’imposer dans la médiation, avec les parlementaires qui doivent assumer leur fonction sans être majoritairement la courroie de transmission de la pensée élyséenne.

Et parfois, souvent, perdre du temps c’est en gagner. Les pionniers du développement local nous ont enseigné l’importance de la palabre, du débat, de la controverse, du livre blanc, du diagnostic partagé et du pas de côté pour construire des solutions souvent originales, toujours porteuses de sens et de respect, dès lors que le cap et le sens sont fixés. Il y a en ce début d’année une vraie opportunité : nos concitoyens manifestent une vraie volonté de débattre, qui ne devrait pas s’arrêter au 15 mars ; à la veille des européennes et à un an des municipales, il y a un terreau pour construire un autre modèle de démocratie, un autre modèle de développement…à condition de se retrousser les manches et de ne pas tout attendre d’hommes ou de femmes providentielles. Notre avenir nous appartient. Chiche !

Claude GRIVEL

Transitions et conduites coopératives du changement- L’édito de Claude Grivel #2

Crédits : Jordan Whitt

Nous n’habitons pas la terre, nous l’empruntons à nos enfants. Un été caniculaire, des cours d’eau asséchés, une pollution de plus en plus visible et ressentie y compris en dehors des zones urbaines, des incendies aux portes des capitales européennes…un ministre de la transition écologique et solidaire qui démissionne en espérant enfin un sursaut…C’est chaud bouillant !

L’écologie, le climat, la biodiversité, la transition, autant de mots clefs qui font la une de l’actualité. Les manifestations pour le climat organisées spontanément début septembre un peu partout dans le monde sont-elles le signe d’un réveil des citoyens et des associations qui veulent agir ? D’années en années l’impuissance des politiques à changer le monde apparaît d’autant plus criante que le poids des lobbys s’affirme et s’affiche sans aucune retenue.

Je viens de signer un appel à la résilience proposant un programme commun de transformation de notre société. Les administrateurs de l’Unadel soutiennent la démarche initiée par plusieurs maires pionniers, animateurs de la transition dans leur territoire. Il s’agit bien d’engager une véritable transformation écologique et sociale de notre modèle économique, et c’est aux échelles territoriales que cela se joue.

Passer de la résistance à la résilience, c’est l’histoire de développement local. N’hésitez pas à parcourir les rapports de notre assemblée générale du 25 juin dernier et à rejoindre notre réseau si ce n’est déjà fait. Faire réseau, faire territoire, développer l’esprit coopératif entre les habitants, les associations, les réseaux et les territoires, c’est le fil conducteur de l’histoire d’un mouvement qui ne se soucie pas de savoir s’il fait partie de l’ancien ou du nouveau monde pour avancer. Un livre-récit “Vous avez dit développement local ?” – histoire et fondements du développement local par ceux qui l’ont construit” est en cours de bouclage et sera publié dans quelques semaines par la Librairie des Territoires. Le CNFPT proposera également cet hiver un module de formation numérique (MOOC) sur le développement local construit avec notre expertise. L’Unadel continue à produire une pensée enracinée dans l’expérimentation, l’innovation et l’action des territoires locaux et à tisser des liens entre les acteurs.

Les Écoutes territoriales et la réflexion sur les métiers seront au cœur des Journées des territoires que nous organisons avec nos partenaires les 26 et 27 novembre prochain pour imaginer les transitions et les conduites coopératives du changement. Relevons ce défi.

 

Claude Grivel

Président de l’Unadel

L’édito de Claude Grivel #1

« Quand tu cherches ton chemin, souviens-toi d’où tu viens » ! Ce proverbe africain souvent cité par Michel Dinet*, nous rappelle l’importance de l’enracinement dans une histoire et des valeurs pour donner sens à une trajectoire de vie ; la vie de celles et ceux qui individuellement ou collectivement partagent des engagements, des projets, des combats parfois, pour construire l’avenir des territoires.

S’enraciner en tenant compte de l’action de celles et ceux qui ont ouvert des portes, tracé des sillons, ne veut pas dire se renfermer sur la certitude que c’était mieux avant.  Mais pour savoir où l’on va, il faut pouvoir se dire d’où on part et trouver des modes de faire adaptés à l’époque et à une société dont les processus de changement s’accélèrent. On connaît désormais la finitude du monde et les risques que les humains font courir à la survie de la planète. On connaît aussi l’avidité d’une économie essentiellement financière, peu préoccupée du bien-être collectif, de la réduction des inégalités et de l’injustice et pas davantage de la survie de la biodiversité. Pourtant quand la planète Terre aura implosée, les banquiers et les spéculateurs pourront-ils s’offrir une arche spatiale pour aller reconstruire une vie et une monnaie sur Mars ?

Le développement local c’est d’abord une forme de résistance, de résilience. C’est aussi la conviction que les vraies richesses ne sont pas dans le coffre des banques ou de la dizaine de milliardaires qui possèdent 99% de la fortune du monde.

La résistance naît souvent d’une indignation, d’une agression subie et de crises d’origines multiples. Elle s’organise en réseau sur la base d’une prise de conscience : nous ne sommes pas seuls à vivre la même chose. Le renoncement n’est pas une fatalité, la soumission à l’adversité n’ouvre aucune fenêtre.  Des femmes et des hommes de toutes origines et de toutes conditions retroussent les manches  et choisissent la créativité, l’imagination et l’intelligence collective pour entreprendre et trouver des voies d’avenir.  « Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin… ».

Depuis 26 ans désormais, dans les pas des pionniers du développement rural ou de l’éducation populaire, dans les villes, les quartiers de banlieues ou les villages, l’Unadel est à l’écoute des innovations sociales et des constructions démocratiques originales ; celles qui ont fait émerger la coopération intercommunale et toutes les formes de participation à la gouvernance des territoires et des communes en mobilisant les citoyens de tous horizons, habitants, jeunes ou plus âgés, élus associatifs ou élus locaux, bien décidés à inventer de nouvelles formes de développement plus respectueuses des personnes et de l’environnement, dans une République démocratique décentralisée et reliée au monde.

Il s’agit aujourd’hui comme hier de favoriser la mise en mouvement des acteurs locaux. Chacun a un rôle à jouer pour faire ensemble société.

Être à l’écoute des territoires et de leurs animateurs, capitaliser les expériences, contribuer à la formation et à l’émancipation des citoyens acteurs en soutenant l’ingénierie de projet et d’animation transversale et globale du quartier, de la ville, de la commune ou de territoires plus vastes, organisés et reliés, c’est la vocation de notre très modeste association des acteurs locaux mais pas seulement. L’Unadel est aussi reliée à d’autres au sein d’un véritable écosystème.

Alors que la communication prend désormais la place de l’information voire de la politique, l’Unadel se doit de mieux faire connaître ses réflexions, ses productions ou celles des réseaux proches avec lesquels elle agit. Ce nouveau support doit aussi faire lien entre nous et donner envie de communiquer sur les expériences de terrain que vous avez à connaître.

N’hésitez pas à diffuser et à faire connaître cette lettre et à devenir contributeur ou contributrice. Le réseau existe grâce à vous. Participez à écrire le récit du développement local.

Claude Grivel

Président de l’Unadel

* Michel Dinet, président fondateur de l’Unadel, décédé brutalement en 2014

Voeux de l’Unadel : appel à l’imagination

La douceur de ce début d’hiver n’atténuera pas la froide horreur laissée par les attentats des 7 janvier et 13 novembre derniers.

CC sebastien amiet

CC sebastien amiet

Les fleurs, les textes, les photos et les flammes vacillantes des bougies, rassemblés sur les trottoirs de la rue Voltaire, devant les terrasses mitraillées et aux abords de la place de la République, témoignent du refus de faire aux terroristes l’honneur de notre haine.

La démocratie menacée

Les scrutins des 6 et 13 décembre sont lourds d’enseignements : les résultats du 1er tour ont traduit un rejet du système et de la classe politique. C’est aussi l’expression du désarroi des territoires ruraux et des chômeurs qui se sentent abandonnés. C’est enfin le signe d’une absence totale de repères, de mémoire collective et une brèche faite à la démocratie. Cette faille peut libérer les haines, les violences et les comportements les plus dangereux. C’est en même temps un blanc-seing pour les futurs rendez-vous électoraux.

Le second tour a vu se lever un front du refus face à la menace. Ce dernier rempart a fonctionné dans 3 régions dans des conditions différentes ; peut-t-il tenir encore longtemps ?

Le bulletin de vote et les mots sont nécessaires pour exprimer la cohésion d’une nation, mais sont-ils suffisants ? Le “Je suis Charlie” de janvier et le “Nous sommes Paris” de novembre ont servi de cris de rassemblement.

Appel à modifier l’action publique

Mais outre qu’ils ne suffisent pas à réunir tout le monde et qu’ils peuvent même diviser, ils ne peuvent pas servir de ciment pour consolider durablement notre charte républicaine, inclusive, solidaire et fraternelle et donner envie à la jeunesse d’y adhérer.

Il nous faut imaginer de bouger les lignes, de construire autrement les projets qui consolideront les communs de demain. Il n’y a pas de solution unique, mais un appel évident à modifier l’action publique et à reconstruire la confiance dans les territoires.

Je souhaite aux sympathisants, aux adhérents, aux administrateurs et à l’équipe de l’Unadel et des réseaux régionaux de profiter de la période des fêtes pour retrouver famille, amis, voisins, en faisant une place pour l’autre, l’étranger, l’inconnu, pour se reposer et reprendre des forces dans la chaleur de ces liens fraternels.

Appel à l’imagination

L’Unadel est adhérente de l’association Michel Dinet (AMD) qui s’est créée pour prolonger dans l’engagement, la pensée et l’action de celui qui a tellement apporté au mouvement du développement local et à notre réseau dont il a été le premier président.

Je vous propose de découvrir le texte de l’appel à l’imagination diffusé par l’AMD, conçu pour impulser une transformation des cérémonies traditionnelles de vœux en une journée annuelle, citoyenne et fraternelle. Cet appel s’adresse aux collectivités, associations et organisations qui souhaitent s’engager dans une voie imaginative et créatrice, en vue de renouer les contacts, en particulier avec les jeunes.

Aidez-nous à relayer cet appel autour de vous, aux élus locaux comme aux présidents d’associations.

Avec tous mes vœux pour vous, vos familles et votre territoire de projet.

Claude GRIVEL

État d’urgence, Cop 21, élections régionales : repenser nos projets de territoires

Pouvons-nous encore parler de territoires locaux, de démocratie participative, d’engagement citoyen dans un Pays déclaré en état d’urgence ?
Quelle est l’urgence réelle ? Tribune de Claude Grivel, président de l’Unadel.

Après les attentats de janvier et ceux du vendredi 13 novembre, l’urgence est-elle de pouvoir manifester librement pour dire notre rejet de la violence sous toutes ses formes, ou d’imaginer de nouvelles manières de faire reculer les peurs et la haine qui gangrènent nos rapports humains et nos sociétés, aussi sûrement que le libéralisme capitalistique débridé a pollué l’air, le sol et le ciel de notre planète ?

Le 20ème siècle avait fait tomber de nombreux tabous. Celui-ci les réhabilite alors que l’accès à la connaissance et à la communication n’a jamais été aussi libre. Régis Debray a pu faire l’éloge de la frontière parce que la libre circulation des hommes et des idées laissait espérer l’universalité du bonheur pour tous.
Or le tabou universel du meurtre est désormais contourné ; accepter le meurtre est un coup gravissime pour la société et bien davantage encore pour l’humanité. Nous savons que le meurtre est une atteinte à la fraternité.

Les morts aussi sont inégaux
Nos sociétés sont aujourd’hui confrontées à plusieurs formes de meurtres dont certaines émeuvent plus que d’autres. On s’est indigné devant l’horreur en janvier. Nous étions tous Charlie même si des interrogations demeuraient sur les limites de la liberté d’expression. Mais aucune limite, dépassée ou non, ne justifie le meurtre et l’assassinat. Nous sommes révoltés et bouleversés par les actes de guerre qui ont tué et blessé des centaines de jeunes innocents au Bataclan, à St-Denis ou sur les terrasses des 10ème et 11ème arrondissements. Nous sommes tous Paris !


On s’indigne moins quand ces massacres se déroulent en Centrafrique, à Beyrouth ou Tel-Aviv, quand des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient la guerre et la misère meurent dans les flots de la Méditerranée, victimes des passeurs et des embarcations de fortune tout autant que de l’indifférence générale ; on se pose des questions quand il s’agit d’accueillir sur notre sol ceux qui fuient leur pays dévastés par les bombardements et les exactions des uns et des autres et on réclame de fermer les frontières tandis que d’autres sont prêts à reconstruire des murs de la honte avec barbelés, chiens et miliciens armés et autorisés à tirer et à tuer.

Combattre les barbares 
Qu’avons-nous fait de notre histoire, de nos traditions, de notre culture, de nos valeurs ?
Réhabiliter le meurtre et le rejet de l’autre quel qu’il soit, cela a un nom : la barbarie !
Espérer gagner les grâces d’un Dieu quel qu’il soit en tuant et en se tuant, cela s’appelle de la crédulité et de l’obscurantisme. Préférer les forces de la mort à celle de la vie c’est condamner l’humanité et la planète.


Parce que nous avons choisi au contraire la résilience comme chemin de la construction de l’avenir, parce que dans nos villages et nos villes, dans nos territoires organisés et territoires de projet, nous préférons construire du lien, de la qualité de vie, nous appelons à tout faire pour mieux vivre ensemble. Cela passe par le développement de l’accueil de tous, jeunes et moins jeunes, en difficulté sociale ou plus favorisés, malades, handicapés ou bien portants, venus d’ici ou d’un ailleurs proche ou lointain.

Refuser le FN
Nous avons la chance de vivre dans un pays riche, nous pouvons partager. Nous pouvons accueillir et construire avec d’autres une société meilleure et combattre toutes les fausses bonnes idées simplistes qui sont le creuset du meurtre organisé et du rejet des autres.
Le terrorisme se nourrit de toutes nos attitudes de mépris et de rejet, comme de celles qui laissent à penser que nous pouvons tout régler en faisant la guerre ou en affichant nos couleurs nationales à nos balcons.

Nous pouvons redonner des couleurs à notre République : celles de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ! Celles de l’humanité fraternelle et bienveillante, de la solidarité et du partage, de la laïcité, qui accompagne la liberté de croire ou non, de pratiquer sa religion ou de mettre en avant ses seules valeurs humanistes.

Aux urnes citoyens !
En ce début de décembre, au moment où les Nations Unies tiennent conférence à Paris sur le climat et l’avenir de la planète exposée au réchauffement climatique, les électeurs sont conviés à élire leurs élus régionaux dans de nouveaux périmètres.
Les Français seront-ils au rendez-vous des régionales et de la COP 21 ?

Le premier risque est que l’abstention soit la première gagnante de ce scrutin des 6 et 13 décembre prochains. Si le vote ne fait pas tout, il est tout de même le premier acte marquant son appartenance citoyenne à la démocratie ; il est aussi la première marque d’attachement aux valeurs républicaines. Il est enfin la marque d’une participation au choix de ceux qui auront la responsabilité de mettre en œuvre les politiques publiques qui concernent la vie de nos territoires, qu’il s’agisse de formation, d’éducation, de mobilité, d’économie et d’emplois, de culture, de sport, de soutien à la vie associative.

La victoire du FN serait notre défaite
Le second risque est de voir les activateurs des peurs et les promoteurs de la haine et du rejet de l’autre prendre le pouvoir dans 1, 2 peut-être 3 régions sur les 13 nouvellement découpées. Or ces gens-là mentent aux français et laissent penser que leur programme protectionniste et souverainiste peut servir de paravent et régler les problèmes d’emplois et de pouvoir d’achat. Ces gens-là veulent réhabiliter le permis du tuer ; ces gens-là surfent sur la barbarie et le chaos pour installer un régime que nos ainés ont combattu en Europe et que fuient tous les errants de notre planète ; ne nous y trompons pas. Ceux qui souhaitent tout régler par la guerre et le meurtre construisent la dictature de demain.

Faire de la politique autrement
Le pouvoir régional décentralisé a beaucoup de progrès à faire pour construire une société plus agréable à vivre en lien avec les autres collectivités locales. Une campagne électorale centrée sur le contenu des projets plutôt que sur les leaders candidats à la présidence des nouvelles régions serait souhaitable pour mobiliser les citoyens. Nous devons tout faire pour que demain, dans nos régions, nous puissions coconstruire des politiques publiques ouvertes aux contributions citoyennes et à l’identification de priorités partagées entre les différents niveaux d’organisation, (communale, intercommunale, regroupée en pays ou en pôle, départementale et régionale).
Nous avons besoin de faire avec et non de subir les politiques décidées par les seuls élus qui croient tout savoir parce qu’ils sont légitimés par le suffrage universel, plus exactement par une petite majorité des gens qui vont encore voter. Nous n’avons pas besoin d’un parti qui décline en région son programme électoral présidentiel fut-il bleu marine.

Coopérer c’est l’avenir
Le développement local est un support des dynamiques de projet qui permettent de développer le vivre et le faire ensemble. Notre société en a grand besoin dans ses quartiers urbains comme dans ses plus petits villages. Au moment où les grands ensembles sont valorisés (grandes régions, grandes intercommunalités, grands pôles métropolitains, métropoles, etc…) il nous faut, plus que jamais, réaffirmer le besoin de penser global sans oublier d’agir local.


Cela passe par un véritable travail entre toutes les composantes de nos territoires, partenaires institutionnels, organisations diverses et variées mais aussi simples citoyens, pour faire vivre la proximité comme support de projets pouvant contribuer au mieux vivre ensemble localement tout en développant les coopérations entre les gens et entre les territoires. L’avenir n’est plus dans la compétition, mais dans la coopération et dans l’innovation sociétale.

Développer le travail en réseau
Des territoires résilients, accueillants et participants, sauront construire la proximité entre leurs habitants et entre leurs organisations, collectivités, sociétés publiques et privées ; ils sauront prendre leur place dans de grands espaces régionaux à condition de pouvoir développer le travail en réseau. Cela passe par un soutien fort à l’animation territoriale, un rééquilibrage des moyens de l’ingénierie trop souvent concentrée dans les villes et trop spécialisée pour pouvoir accompagner une participation citoyenne active en capacité de faire émerger des solutions. Il n’y a pas de problèmes dans les territoires locaux quand on considère qu’ils sont d’abord des ressources et de la capacité à faire émerger des projets et des solutions.

L’Unadel sera au service des exécutifs régionaux qui le souhaiteront pour faciliter la mise en œuvre et la consolidation des réseaux régionaux d’accompagnement des territoires organisés, porteurs de projets intégrés de développement et facilitateurs de l’engagement et de la participation citoyenne ; les interventions de l’Unadel et de ses réseaux régionaux peuvent aider à la formation et à la mise en place de conseils citoyens ou de développement, à la construction de communes nouvelles ou au renforcement de réseaux d’éducation populaire.

Fédérer les actions face à l’urgence écologique
Les élections régionales ont lieu en même temps que la COP 21. C’est un signe fort qui souligne combien les enjeux environnementaux devront servir de colonne vertébrale aux politiques régionales dans les années à venir. L’économie verte, les circuits courts, les économies d’énergie dans les bâtiments publics comme dans l’habitat, les mobilités écologiques, l’accès au numérique pour tous devront être prioritaires pour les régions au même titre que les solidarités le seront pour les départements. La maintien de la clause générale de compétence pour les seules communes et pour leur groupement, obligeront demain à trouver des solutions innovantes et participatives pour tout ce qui touche aux services et à la gestion des besoins des gens en proximité.


Il y a là de nouvelles perspectives pour construire de solides partenariats, à condition que l’espace républicain reste celui de l’agora et du vivre ensemble, dans l’égalité, la liberté et la fraternité.

Claude GRIVEL, président de l’Unadel

Lire aussi

Elections régionales : Marine Le Pen s’embourbe dans sa guerre contre « La Voix du Nord », lemonde.fr du 30.11.2015, Samuel Laurent

L’édito – Janvier 2015

Par Claude Grivel, président.

Quel sens donner à des vœux en ce début d’année 2015 si particulier ?

Beaucoup ont vécu les évènements tragiques qui ont secoué la France rivés à leurs écrans. Mais la force du collectif a dominé la peur individuelle.

Elle a mis dans la rue des vieux, des jeunes, des croyants et des athées.

On peut espérer que tous adhèrent à des valeurs humanistes, dont la laïcité sans laquelle il ne peut y avoir ni liberté, ni égalité, ni fraternité.

J’émets le vœu que tous ceux qui ont participé à ces défilés historiques partagent cette même foi.

Partager les mêmes émotions devant l’inacceptable est un premier pas qui rapproche. Celui qui dit non à toutes les violences. À la barbarie qui prend la vie. Ce refus va de pair avec l’affirmation de la liberté d’expression et d’avoir ou non une religion. Faire société ensemble, ce n’est pas gommer toutes les différences. C’est adhérer à tout ce qui fait lien, à ce qui fait projet commun, à ce qui fait projet de territoire commun, qu’il soit village, quartier, pays, département, région, État-nation, Europe ou monde.

Quand il n’y a pas de valeurs communes et que l’on veut imposer sa vérité aux autres comme pensée unique, il n’y a plus de communauté, mais communautarisme. Il n’y a plus d’unité ni de démocratie possible. C’est alors la porte ouverte à la guerre et à la dictature de l’extrémisme.

En 2015,  « Je suis Charlie, nous sommes Charlie, l’Unadel est Charlie ». 

Lancement de la lettre d’information du développement local

Ouvrir cette année 2015 avec un éditorial est aussi un signe de la vitalité de l’Unadel, association qui veut mieux communiquer avec ses adhérents et ses sympathisants. Nous avons renforcé notre équipe technique et resserré les liens entre administrateurs. Il nous faut les consolider aussi avec vous et avec nos partenaires. D’où le lancement de cette première « lettre d’information du développement local » qui appelle un partage plus fort des informations et des réflexions qui font l’actualité du développement local. Si la plume me revient aujourd’hui, elle sera le plus souvent collective et nous veillerons à ce que chacun, à tour de rôle, contribue à l’alimenter au gré des sujets et de l’actualité du développement local. Les contributions de tous sont bienvenues, pour transmettre des idées, pointer les initiatives que nous contribuerons à mettre en lumière.

Cette lettre veut en effet être un moyen supplémentaire de faire réseau et de mieux faire connaître les actions portées par les réseaux régionaux adhérents et sympathisants de l’Unadel, et plus largement par tous les acteurs du développement local.

Quatre millions dans la rue

« Ils sont mille, nous sommes deux, encerclons-les !», avait coutume de dire notre ami Michel Dinet, président fondateur de l’Unadel et du Carrefour des Pays lorrains. Nous étions quatre millions dans la rue le 11 janvier dernier. Nous sommes moins nombreux dans l’association. Mais notre force n’a d’égale que notre conviction : ensemble nous pouvons relever des défis considérables.

L’ambition de l’Unadel est intacte. Il s’agit bien dans cette lettre de faire ressortir les énergies et initiatives émergentes du développement local, porteuses de sens, de lien social et de les faire connaître. Nous sommes convaincus que c’est aussi une façon de combattre tous les « déclinismes » qui font le lit des populismes.

L’année 2015 donnera l’occasion aux citoyens, ceux qui ont marché contre la barbarie et tous les autres, de s’exprimer dans les consultations électorales.

Nous reviendrons sur le devenir des conseils départementaux et leur rôle dans l’organisation de la solidarité et de la proximité avec les territoires au moment où les régions vont devenir de grandes entités plus stratégiques, à l’exception des irréductibles bretons et de quelques autres qui prétendent être tout aussi stratégiques.

Pour l’heure, émettons le vœu que la participation citoyenne ne se mesure pas à l’aune de l’abstention. Souhaitons aussi que les enjeux de la réorganisation territoriale ne soient pas d’abord l’affaire de gens avertis et de commentateurs plus friands de petites phrases que d’analyses éclairantes.

Nous attendons vos textes, contributions, réactions, coups de gueule et coups de cœur : il sera difficile désormais de vous museler et de vous censurer, surtout si vos mots se transforment en dessins et en caricatures. L’humour est aussi une forme d’amour. L’amour de son territoire ne dispense pas de garder le sens de l’humour.

Accéder à la lettre d’info du développement local, N°01

Comment adhérer ?