Qu’est ce qu’un pôle de compétitivité?

Un pôle de compétitivité est au service de la politique industrielle et d’aménagement du territoire français. Il vise à une démarche de coopération entre acteurs d’un territoire; l’objectif étant la mise en place de projets innovants.

 

Un pôle de compétitivité est une combinaison, sur un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques ou privées, engagées dans une démarche de coopération visant à dégager des projets innovants.

L’appel d’offre national “Pôles de compétitivité” a été impulsé par l’Etat le 2 décembre 2004 après l’initiative lancée le 14 septemnre 2004 lors du Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIADT) devenu aujourd’hui le Comité Interministériel de la Compétitivité Des Territoires (CIACT). Ces pôles de compétitivité ont été crées pour être au service de la politique industrielle et d’aménagement du territoire de la France.

Depuis le 6 mars 2006, 66 pôles de compétitivité ont été retenus (105 pôles ont été candidats). 6 ont d’entre eux ont un rayonnement mondial et 10, une vocation mondiale.

 
Informations de dernière minute

Lors du Conseil des Ministres du 30 août 2006, François LOOS, Ministre Délégué à l’Industrie et Christian ESTROSI, Ministre Délégué à l’Aménagement du Territoire ont présenté un premier bilan des pôles de compétitivité.
Selon eux, le bilan est positif. En voici les grandes lignes:

  • Tous les pôles sont opérationnels. Ils permettent un rapprochement entre les entreprises, les laboratoires publics et les établissements d’enseignement supérieur, et ce, grâce à la proximité et la solidarité territoriales.
  • 540 millions d’euros ont été engagés dans le financement de ces pôles.
  • Ont été privilégiés les domaines des technologies de l’information et de la communication, de l’énergie, de la santé, des biotechnolgies, de l’aéronautique et des transports.
  • L’objectif est, dès lors, d’accélérer le développement international des pôles et de mobiliser des financements en capital investissement.

Contexte européen

L’appel à projets “Pôles de compétitivité” s’intègre dans une politique globale de soutien à l’émergence et au développement de pôles de compétitivité répondant auxobjectifs des sommets de Lisbonne et de Göteberg.

Points de repères pour les candidatures

Dossiers de presse et discours

 

Les rapports

Les pôles labellisés

  • La carte des pôles de compétitivité labellisés
  • La liste des pôles de compétitivite
  • La liste des pôles de compétitivité à rayonnement mondial et de ceux à vocation mondiale
  • Les fiches de présentation des pôles de compétitivité labellisés, CIADT le 12 juillet 2005

 

Pôles, la zone…

LE CIADT, pardon le CIACT, du 14 octobre 2005 a validé 55 pôles sur les 67 retenus en juillet. Une difficulté, le zonage…

Le CIACT du 14 octobre a donc retenu d’ores et déjà 55 pôles, en précisant le zonage d’intervention. L’étape suivante est donc la contractualisation avec la structure porteuse et la détermination de la gouvernance de cette structure.

Il y a quelques remous, ici ou là, sur la question des zonages. En effet, plutôt que de faire le pari de l’instruction locale, où les porteurs auraient pu déterminer, dans une enveloppe prédéterminée les entreprises, les centres de recherche, les collectivités qui auraient pu bénéficier de tel ou tel avantage, l’Etat a joué le contrôle.

Il a prédéterminé, sur dossier, mais aussi par une consultation “serrée”, ce qui veut sans doute dire rapide, les portions de territoire qui seraient dans le pôle et celles qui n’en seraient pas. Il y a là probablement un souci de maîtrise des coûts, voire de concentration. Mais ces zonages risquent aussi de laisser de côté des entreprises, voire d’inciter certaines à se délocaliser dans la zone bénéficiant des éxonérations.

La difficulté réside sans doute dans le fait que Alain Rousset, président de l’Association des Régions de France, a levé ce lièvre. Et c’est sans doute ce qui a convaincu le gouvernement de faire le contraire. On ne sait qui a raison ou qui a tort, nous regrettons toutefois de ne pas voir vu ou entendu d’explications pour justifier une telle approche.

Cela semble aller quelque peu aller à l’encontre de quelques fondamentaux du développement local. La compétitivité pilotée de Paris est sûrement plus complexe que celle où l’on parie sur le bon sens des acteurs locaux, voire sur leur raison.

Auteur : Olivier Dulucq

Pôles de compétitivité : la victoire du développement local ?

Le CIADT du 12 juillet a tranché : 65 pôles de compétitivité, dont 15 d’envergure mondiale… Cocorico !

 

 

La journée du 12 juillet a été marquée tout à la fois par la saint Olivier et l’annonce du résultat de la sélection des pôles de compétitivité, lors d’un Comité Interministériel à l’aménagement du territoire, le premier du gouvernement De Villepin et de son ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, Nicolas Sarkozy.

La plupart des éditorialistes sont déjà sur le point d’écrire que ce dernier a gagné : 67 pôles ont été retenus, là où le gouvernement précédent en envisageait une quinzaine au moment du lancement de l’appel à projets. C’est en partie vrai, mais c’est regarder l’histoire (de l’aménagement du territoire) par le petit bout de la lorgnette. Il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy et le ministre délégué à l’aménagement du territoire ont plaidé et obtenu l’élargissement de la sélection. Cela a un coût, mais qui n’est pas si conséquent. Cela fait surtout une économie et un bel affichage médiatique, dans cette phase de mobilisation générale pour l’emploi.

L’économie, nous y reviendrons, c’est le conflit ou la douloureuse explication qui aurait été nécessaire avec les collectivités, les universités, les entreprises qui s’étaient mobilisées et qui auraient été renvoyées à leurs « chères études »…

L’affichage médiatique est plus subtil. Même si l’appel à projets n’avait pas été lancé avec comme premier mot d’ordre l’emploi ou la lutte contre les délocalisations, c’est le service après-vente qui en est fait. C’est de bonne guerre. Mais il ne faudra pas a posteriori évaluer les pôles de compétitivité sur ces seuls items.

Ce qui est gênant, le mot est peut être fort, c’est l’illusion du retour de l’Etat comme grand manitou de la politique industrielle. On avait déjà évoqué, dans un article sur le site de l’Unadel, le soupçon de colbertisme voire de pompidolisme. Cela va dans le sens aussi du rapport Beffa. Il est indéniable qu’il n’y a pas aujourd’hui de puissance économique forte sans industrie (re)développée. Il est tout aussi certain que la France, comme la plupart des autres pays de l’Union européenne, souffre actuellement de désindustrialisation, avec une concurrence exacerbée et une figure aujourd’hui connue et redoutée par le grand public, la délocalisation.

Mais l’Etat est un roi nu. Il peut labelliser autant qu’il veut, il peut soutenir, mettre en réseau pôles et systèmes productifs locaux, cela peut impressionner la presse, mais l’essentiel est ailleurs. Les 105 dossiers déposés dans le cadre de l’appel à projets manifestent d’abord un accord moral local, une mise en synergie au plus près des territoires des acteurs économiques, universitaires,  politiques voire sociaux.

En ce sens, c’est une probable victoire du développement local, qui prônait sur les territoires en difficulté, en reconversion, le pari sur l’intelligence des hommes et des territoires. C’est la généralisation sur des territoires, des métropoles de ce qui avait été initié par Jacques Chérèque sur le bassin sidérurgique lorrain. On renvoie d’ailleurs à la lecture de la revue de Territoires de juin 2005, qui retrace à travers un entretien, cette histoire.

L’Etat, et quel que soit la couleur politique du chef de gouvernement, entretient l’illusion de sa centralité sur le développement économique. Figure paradoxale, il alterne l’explication, à propos du fameux Vilevorde, qu’il ne peut rien faire, pour nous laisser à penser quelques années plus tard qu’il va créer des pôles d’envergure mondiale… Nous avons besoin, les acteurs mobilisés sur les territoires ont besoin, d’un Etat animateur, péréquateur, mais pas d’un Etat qui se prend tour à tour pour Calimero et Superman…

Auteur : Olivier Dulucq

DATAR ? Nouvel accro pôle

Une circulaire du 25 novembre vient de préciser les modalités de mise en oeuvre de la politiques des pôles de compétitivité. Pour quoi faire ?

Des moyens sûrement, mais comme disait Jacques Chirac, président de la république, dans son livre de campagne, La France pour tous, “les moyens ne sont jamais adéquats quand le but est mal défini”…

Il ne faut point être exagérément critique, mais les annonces se multiplient et semblent aller dans des directions quelque peu contradictoires. Aprés un recentrage de la Datar sur l’expérimentation, le soutien aux territoires de projet, les systèmes productifs locaux, les NTIC et les grands équipements de transports structurants, nous assistons à une évolution quelque peu datée. Certains parlent de pompidolisme, d’autre de colbertisme, en tous les cas, on assiste à une relégitimation de l’interventionnisme d’Etat en matière économique. Le libéralisme peut donc s’accomoder de l’Etat stratège et chef d’orchestre. Le gouvernement semble dégager quelques moyens, mais la visée n’est pas focément très claire.

En effet, là où l’Etat et la Datar en particulier avaient eu quelques réussites dans les années 70, surfant sur les dernières années des Trente Glorieuses, le constat avait été tiré par un ancien délégué, Jean-Louis Guigou, que les investissements à perte s’étaient multipliés dans les années 80. Ce n’était pas forcément le rôle de l’Etat d’être à la manoeuvre. Il devait être acompagnateur, diffuseur de bonnes pratiques, françaises et européennes, “péréquateur”, investissant sur la prospective et l’évaluation.

Foin de ce pessimisme, l’Etat est de retour. Mais les temps ont changé et les acteurs aussi. Il y en a deux majeurs autour de la table et l’Etat ne semble pas particulièrement faire cas de leurs propres stratégies et réflexions, les relèguant au rang de simples financeurs, ou de partenaires dormants : l’Europe et les Régions.

Peut-on aujourd’hui raisonnablement avoir une politique industrielle, une politique de pôle de compétivités, une politique de métropolisation au seul niveau national ? L’Etat peut-il concéder une compétence de développement économique, même si finalement elle n’est que de coordination aux régions, et continuer à agir seul ?

Des territoires, des acteurs s’investissent fortement sur les pôles de compétitivité, sur les futurs contrats métropolitains, nous leur souhaitons que cela ne soit pas à fonds perdus. En effet, les décisions se multipliant, quelque peu contradictoires, et les caisses de l’Etat se vidant, des coups d’arrêts brutaux sont à prévoir, à craindre. Une des dernières forces, légitimité de l’Etat est en principe sa durée, à défaut de durablité, sa constance à défaut de consistance. Mais aujourd’hui, les programmes lancés et arrêtés en rase campagne, deviennent la règle. C’est inquiétant !

Le journal Libération du 6 janvier 2005 le pointe lui aussi : “Après presque deux décennies de discours et de pratiques destinées à légitimer le retrait de l’Etat de la vie économique, Jacques Chirac, inspiré par Beffa, décide donc d’ouvrir une nouvelle voie : on peut être de droite, libéral, partisan de la baisse des impôts et défenseur de l’interventionnisme étatique. Mais cette profession de foi pose un problème de cohérence avec le reste de la politique du gouvernement Raffarin, qui avait fait de la défense des PME et des territoires (autour de la création des pôles de compétitivité) une priorité. Même si Beffa assure ne voir là aucune contradiction mais plutôt une complémentarité avec ses recommandations destinées d’abord à aider les multinationales, cet empilement d’instruments et de mesures fait un peu désordre. Et laisse planer un doute sur l’efficacité globale du système.”

Auteur : Olivier Dulucq