Portrait de La Traverse – Meymac

Publié le 16 avril 2020 | dans Les chantiers de l'Unadel | par La Traverse

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“Meymac : commune rurale, pourquoi faire ?”


La commune de Meymac,  point culminant de la Haute-Corrèze (976 mètres), est classée parmi les “100 plus beaux détours de France”[1]. Porte d’entrée du Parc Naturel Régional de Millevache en Limousin, Meymac compte 2 411 habitant.e.s au dernier recensement, et le chômage touche 13,2% de la population.

Rue de Meymac, village classé parmi les “100 plus beaux détours de France”

Un secteur d’activité essentiel est celui du bois et du bois-énergie : l’école forestière de Meymac est par exemple une référence au niveau national. La filière bois est d’ailleurs importante dans l’ensemble du territoire communautaire, ce qui engendre parfois de fortes tensions. Fin 2018, un incendie volontaire a détruit un atelier de l’entreprise d’exploitation forestière Mecafor, à Ussel. Au regard de cette contestation grandissante de l’industrialisation de la forêt, Pierre Chevalier, président de Haute Corrèze communauté – dont Ussel est le siège – déclarait : “Notre économie forestière est perturbée, déstabilisée”[2]. Meymac compte également une industrie pharmaceutique, avec un établissement majeur qui appartient aujourd’hui à un groupe Pakistanais (Martin Dow), spécialisé dans la sous-traitance et la production de génériques. L’objectif est d’y employer une centaine de personne d’ici 2020. Globalement, les emplois de la commune sont répartis dans les secteurs d’activité suivants[3] :

Meymac frappe surtout par son dynamisme commercial, rare pour un commune de cette taille. Dans le centre-bourg, on trouve plusieurs cafés, un cinéma, des salons de coiffure, une librairie, un salon de thé,  des restaurants – dont le célèbre Chez Françoise, ou Bernadette et Jacques Chirac allaient déguster la non-moins fameuse tête de veau. 

Un dynamisme commercial à l’effet boule de neige

Certains magasins s’inscrivent pleinement dans des démarches de transition, comme l’épicerie vrac Pêl-Mêl, la mercerie-friperie Bruyère Limousine, ou encore la ressourcerie ECO-TRIouzoune. Ces commerces alternatifs se sont développées depuis l’installation de l’épicerie Pêl-Mêl, il y a trois ans. Marlène Cernesse, gérante de la mercerie-friperie, l’explique en ces termes : “Il y a eu un point de départ avec Pêl-Mêl. Quand elle a ouvert, les autres ont vite suivi : la crêperie, le salon de thé, la ressourcerie… Et tout ça en trois ans ! Pour un village de 2000 habitants, avec une population vieillissante, c’est assez exceptionnel.” Le cercle vertueux continue de profiter à la commune, et la dernière bénéficiaire en date est justement Marlène, dont la mercerie-friperie a ouvert fin novembre. 

Ce dynamisme s’explique d’abord par le cadre de vie. L’accès à la nature (étang de la Garenne, lac de Séchemailles), le dynamisme culturel (cinéma, musée d’archéologie, centre d’art contemporain) ou encore le patrimoine architectural sont autant de facteurs qui attirent porteurs de projets et consommateurs. “De plus en plus de jeunes et de familles d’origine urbaine ont envie de s’installer ici, raconte Lionel Rousset, libraire et adjoint au maire. Beaucoup s’intéressent au bien-être, à l’écologie, et sont à la recherche d’un mode de vie alternatif”. Les structures alternatives trouvent ainsi un écho dans la population, qui semble prendre un soin croissant à consommer local et à faire tourner les commerces du centre-bourg : “Tout le monde sait que se balader dans une ville où les commerces sont fermés, c’est très triste, donc les gens font l’effort de consommer dans ces magasins de proximité”, explique Marlène Cernesse. 

Devanture de la mercerie-friperie Bruyère Limousine

La qualité du cadre de vie est également à l’origine d’une fréquentation touristique non négligeable, qui profite aux commerçant.e.s : “Meymac, c’est les portes du plateau de Millevaches, explique Mélanie Flament, gérante de l’épicerie Pêl-Mêl, donc ça permet d’accueillir les gens qui viennent en vacance, ou qui viennent s’installer sur le plateau. Stratégiquement, Meymac a en fait beaucoup d’attraits pour un commerce, que ce soit au niveau de la qualité de vie ou du tourisme.“ L’augmentation du nombre de visiteurs en période estivale, ces dernières années, est donc venue consolider ce dynamisme. 

Une mairie volontariste

Consciente de ces atouts, la mairie de Meymac a voulu accélérer le mouvement en mettant en place des aides financières à l’installation des commerces. “Le rôle de la commune est d’impulser une dynamique locale, explique Philippe Brugère, maire de Meymac. Dans des territoires ruraux, c’est aussi maintenir les services publics, et trouver des marges de manoeuvre budgétaire pour développer l’attractivité, en ayant en tête que les territoires ruraux sont des territoires d’avenir.“

La volonté du maire, à son arrivée en 2014, était clairement de dynamiser le centre-bourg. De fil en aiguille, cette stratégie s’est inscrite dans une réflexion plus large sur la transition écologique et sociale. “Au-début, le dynamisme était un objectif en soi, mais je réalise que c’est aussi un objectif de transition écologique. On sent bien que le mouvement est enclenché : les circuits courts ne peuvent être que vertueux. C’est délirant de faire venir des objets de Chine alors qu’on les a à deux pas de chez soi. En plus, ça crée des emplois qui ne sont pas délocalisables. Ces magasins de proximité ont de nombreuses vertus, alors j’y vais gaiement !” Cette volonté politique correspond aussi à l’ambition de contrebalancer le déséquilibre orchestré au niveau national entre les métropoles et le monde rural. “Toutes les politiques publiques nationales vont le sens d’un renforcement de la métropolisation, ce qui se fait au détriment des territoires ruraux. Mais avec de la volonté, de l’imagination, des politiques tournées vers le social, le culturel, on réussit à dynamiser un village.“

Philippe Brugère, maire de Meymac

S’il est réélu, Philippe Brugère prévoit de faire de la transition écologique la priorité de son mandat, et de positionner la commune de Meymac en démonstratrice à ce sujet en Haute-Corrèze. Car si le dynamisme du centre-bourg a des retombées écologiques évidemment positives, il reste une certaine marge de progrès pour engager la commune dans une transition ambitieuse et rendre le village résilient. À titre d’exemples, la circulation automobile est encore libre en centre-ville, et les cantines scolaires ne privilégient pas les producteurs locaux. Plus fondamentalement, la réussite du modèle meymacois repose en grande partie sur une ressource externe : la fréquentation touristique, qui risque qui plus est de décliner en même temps que grimperont les prix de l’énergie…

Acteurs rencontrés :


Rédacteur : Maxime Verdin


[1] Les critères retenus ont trait à l’éloignement des grands axes routiers, la capacité d’accueil, l’existence de bâtiments classés ou de monuments historiques valorisés, de lieux festifs aménagés…

[2] La Montagne, 08/02/2019, “Les élus de Corrèze attendent un geste de soutien du ministre de l’écologie vers les forestiers” : https://www.lamontagne.fr/ussel-19200/politique/les-elus-de-correze-attendent-un-geste-de-soutien-du-ministre-de-l-ecologie-vers-les-forestiers_13130387/#refresh

[3]  Données issues du comparateur de territoire de l’INSEE