Portrait de La Traverse – Pôle métropolitain Nord-Franche-Comté Belfort

Publié le 5 mai 2020 | dans Les chantiers de l'Unadel | par La Traverse

Retrouvez ici le podcast de La Traverse,
“Le Nord-Franche-Comté, héritage industriel et écologie”.


Le Pôle Métropolitain Nord Franche Comté englobe les pôles urbains principaux de Belfort, Montbéliard et Héricourt. Ce territoire de 306 000 habitants est situé dans la plaine entre les Vosges et le Jura, et est voisin de la Suisse sur sa partie Sud Est.

Gouvernance et dynamique démographique

L’aire urbaine a une existence juridique, d’abord sous la forme d’un syndicat mixte, puis, depuis 2016, sous la forme du pôle métropolitain. Il regroupe en tout 5 EPCI, et se déploie sur 3 départements (Territoire de Belfort, Doubs et Haute Saône).

Belfort et Montbéliard sont très urbanisées. Héricourt est la partie plus rurale du pôle, mais elle subit les effets du dynamisme des 2 autres villes et de leur extension par l’artificialisation de ses terres agricoles. Le pôle dans son ensemble a une population stable, renouvelée par le solde naturel, qui compense un solde migratoire négatif. Les départs s’expliquent pour beaucoup par l’attractivité du Grand Besançon, ou par l’installation des ménages modestes hors du pôle, vers des zones ou l’immobilier est plus accessible. Une cause de départ importante est également la périurbanisation, et concerne des personnes qui, tout en conservant un emploi dans le pôle, s’installent en dehors. On remarque aussi que les 3 villes de Belfort et Montbéliard perdent des habitants au profit des villes voisines. Ce phénomène participe à l’artificialisation des sols, qui a été plus rapide dans ces territoires que dans la moyenne française (1,95% pour Héricourt, 1,78 % pour Montbéliard)[1].

Belfort et Montbéliard, les 2 villes principales, sont concernées par le programme action cœur de ville, pour la revitalisation des centres villes des villes moyennes.  Le Pays de Montbéliard Agglo est de plus concerné par un contrat de transition écologique, avec comme axe stratégiques la création d’une recylerie, la rénovation thermique de bâtiments communaux, et la production d’énergies renouvelables.


L’activité industrielle, héritage et axe de développement privilégié par les pouvoirs publics

Depuis le XIXe siècle avec l’installation d’une filature dans la ville de Bethoncourt,  ou encore le développement d’une mine de fer, l’aire urbaine est marquée par la présence de l’industrie. Cette tendance se confirme dès 1879, avec la création de la Société Alsacienne de Construction Mécanique, à Belfort, qui devient Alsthom en 1928.

Entre temps, l’usine historique de PSA s’installe à Sochaux en 1912. Au pic de son activité, en 1979, elle comptait 40 000 employés.  Aujourd’hui, elle embauche 7000 personnes, en majorité dans des contrats d’intérim, car  « l’activité économique internationale et aux décisions stratégiques de grands groupes industriels induit un besoin de flexibilité de la main-d’œuvre plus élevé qu’ailleurs »[2] La généralisation de l’intérim marque le territoire, puisqu’elle augmente la précarité des personnes.

L’orientation industrielle du territoire depuis 2 siècles explique également un taux de chômage relativement élevé, et un revenu par habitant relativement bas :

Aujourd’hui, Général Electric, qui a racheté Alstom en 2014, annonce la suppression de 485 emplois, soit 27% de ses effectifs. Cette annonce ébranle le territoire, qui est toujours très dépendant de ses quelques industries pour sa survie économique. 24 % des emplois occupés sont des emplois industriels, et la majorité des autres emplois dépendent, même indirectement, de cette activité.

Focus sur Bethoncourt : Dans cette ville proche de Montbéliard, la forme urbaine est héritée de la période industrielle. Dans les années 1950 et 1960, face à l’augmentation de l’activité de PSA, est construit sur le haut de Bethoncourt une cité pour loger ses ouvriers. La population de la ville augmente en conséquence, pour atteindre 11 000 habitants. Ils sont aujourd’hui 5 000, et il existe une fracture entre la partie basse, constituée du village historique, et la partie haute, dont bon nombre des barres d’immeubles ont été détruites, et qui est aujourd’hui classée en QPV (quartier prioritaire de la ville). Le taux de chômage dans la ville est de 16%, et de 40 % dans le quartier de Champvallon. L’industrie automobile, en comptant les secteurs liés, reste le premier employeur.

Les perspectives d’évolution de l’économie du territoire restent centrées sur l’industrie. Le Nord Franche Comté est le principal « pôle économique et industriel » de la région Bourgogne Franche Comté.

Lauréat du projet Territoire d’innovation, il va recevoir 70 millions d’euros sur la période 2020-2028, notamment pour encourager la structuration de filière sur l’hydrogène, ou encore créer des tiers lieux d’innovation industrielle. 


Des possibilités de diversification de l’économie pour un développement local

La diversification de l’économie est un travail mené par PMA, mais l’idée que celle-ci peut être facilitée par la transition écologique peine à se faire une place.

“L’agglo (de Montbéliard) a des dispositifs pour favoriser des pépinières d’entreprises innovantes, il existe une volonté de diversifier, car on sait qu’il n’y aura pas de grosse entreprise comme Peugeot qui va venir s’installer, il s’agit donc de faire du maillage un peu plus fin et de favoriser des initiatives un peu plus individuelles”

Guillaume Rimbert, Directeur général des services de Bethoncourt.

Néanmoins, plusieurs structures se développent, créent des emplois utiles pour la transition écologique et ainsi offrent des réponses aux problèmes issus de la mono-industrie. Nous en détaillons ici 3. Les deux premières proposent des modèles économiques assez éloignés de ceux de l’industrie.

Les jardins du Montvaudois à Héricourt

Le jardin est un chantier de réinsertion, qui embauche des personnes éloignées de l’emploi pour cultiver le potager de 2 hectares en maraichage biologique. Il produit 270 paniers de légumes hebdomadaires, et grâce à la nouvelle parcelle acquise dans la ville voisine de Trémoins, va passer à 400 paniers en 2020. Il offre ainsi une production alimentaire de proximité en circuit court aux ménages de la région, et accompagne les personnes en réinsertion dans la recherche d’un emploi.

Le jardin d’idées, à Bavant, dans Pays de Montbéliard Agglomération, fonctionne selon le même système. Les deux structures appartiennent au réseau des jardins de Cocagne. Ce type de structures, à fort impact à la fois social et environnemental, souffre de la concurrence entre usages des sols.

“Il est nécessaire de bien réfléchir à comment on réserve et partage le foncier, on est sur un secteur périurbain qui demande aux collectivités de réserver du foncier pour du développement commercial et de l’habitat, ce qui laisse peu de place au développement agricole, alors que se nourrir localement, c’est tout l’enjeu de demain, et d’aujourd’hui”.

Marie Agnes Rondot, Directrice des jardins du Montvaudois

Le Bar Atteint à Belfort

Cette structure embauche 10 personnes en réinsertion dans les métiers du service et de la restauration. Le lieu est mis à disposition des habitants et des associations du quartier et de la ville pour l’organisation d’évènements. Elle cherche à terme à créer un réseau d’échange de savoirs et de services. L’objectif de ce lieu, en plus de renforcer le lien social, est d’améliorer l’autonomie des personnes.

“De mes 15 ans d’expériences dans l’insertion, j’ai acquis la certitude que le futur de l’insertion, c’est de valoriser les savoirs faire des personnes, et non pas qu’ils se plient à des conditions de travail que nous même refuserions. Les gens ont des savoirs faire, de réparation d’outils, dans la cuisine, il faut créer des lieux ou chacun peut se dégager un petit revenu grâce à ces savoirs faire. L’enjeu est d’améliorer l’autonomie des personnes par rapport au monde de 2050. Savoir cultiver, mieux s’alimenter… ce sera toujours utile. Et c’est comme ça qu’on fera évoluer le territoire”.

Hélène , Gérante de la SCIC Les Créatures

Pôle énergie Bourgogne-Franche-Comté

Créé par la région Franche Comté en 2009, le pôle Energie est une structure en régie régionale, qui accompagne les entreprises du bâtiment dans l’amélioration de leurs pratiques. Il travaille par exemple à la création de filière de matériau bio-sourcés, comme la fabrication du béton de chanvre, cultivé dans la région, ou encore la terre crue, récupérée sur les chantiers de la région. Le fait de construire en matériau bio-sourcés permet de diminuer la pression sur les matières premières comme le sable pour la fabrication du béton. Elle diminue également le besoin d’énergie pour le transport des matériaux.

“45% de la consommation énergétique en France vient du bâtiment. Ce qui est difficile, c’est que les réglementations thermiques avancent, mais ça ne va pas assez vite. Si on ne traite que les bâtiments neufs, on renouvelle le parc à hauteur de 1% par an. Aujourd’hui, le gros effort à faire se trouve dans la rénovation, et sur ça on est pas aussi contraint de par la réglementation, donc c’est plus difficile de toucher les ménages”.

Damien Monot, Conseiller technique aux entreprises du bâtiment

À côté d’un développement industriel, auquel le projet TIGA donne un nouveau souffle, les initiatives de plus petites ampleurs, déjà présentes ou en cours de construction, offrent donc une ouverture vers la diversification de l’économie et sa relocalisation.

Acteurs rencontrés :


Rédactrice : Alexia Beaujeux


[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4182789#titre-bloc-8

[2] Observatoire de l’artificialisation des sols.