Une nouvelle tête à l’ADF

Publié le 5 mai 2004 | dans Autres catégories | par Jean Maillet

Claudy Lebreton, président du Conseil général des Côtes d’Armor, adhérent de l’Unadel, a été élu mardi 4 Mai président de l’Association des Départements de France. Il remplace Jean Puech, qui ne se représentait pas. Avec 53 voix, contre 45 à un candidat UMP, cela montre là encore le rééquilibrage des forces suite aux élections de mars 2004.

Vous trouverez ci-dessous une interview donnée le 22 Avril au PS sur sa vision de la décentralisation.

Les collectivités régionales et départementales ont été au cœur de l’actualité ces dernières semaines avec les scrutins des 21 et 28 mars. Quels enseignements en tirez-vous pour la décentralisation ?

Curieusement, si tous les analystes ont convenu du vote sanction contre le gouvernement et un retour à une certaine confiance en la gauche, peu en ont tiré un bilan sur ce qui était, au fond, la raison d’être de ces scrutins : le fonctionnement de la nouvelle « République décentralisée ». Je crois sincèrement que le premier gagnant de ces élections aura été notre décentralisation, celle que la gauche a voulue, faite de proximité et de démocratie locale.

Cela fait quand même presque 25 ans que la décentralisation est là. N’est-il pas grand temps que les Français la découvrent aujourd’hui ?

Depuis tout ce temps, ce sont les élus qui en ont parlé, souvent avec des mots très savants et des dispositifs très compliqués. La décentralisation a été pour eux leur enfant, l’objet de grandes espérances mais aussi le fruit de longs débats, de colloques interminables sur le comment du pourquoi d’un échelon de trop, d’une intercommunalité du pas assez. Convenons cependant que la décentralisation n’a jamais été perçue, par les Français, comme une urgence, comme une nécessité absolue. Certes, ils ont exercé leur citoyenneté lors des scrutins, ils ont eu le sentiment de mieux comprendre les politiques mises en œuvre, mais fondamentalement, ils n’ont découvert que très tardivement leur pouvoir d’agir directement sur ces collectivités qui construisent leur quotidien.

Qu’est-ce qui a changé alors ?

Dans le contexte économique et social créé par la droite, les Français ont senti enfin les enjeux qui résident dans leurs territoires. Ils ont vu que les collectivités intervenaient au cœur de leur vie de tous les jours : la famille, l’emploi, l’éducation, l’environnement, les déplacements… Malmenés par la droite au gouvernement, ils ont massivement fait le choix de confier une partie de leur quotidien entre les mains de la gauche. A mon sens, il s’agit là d’un vote stratège car en faisant cela, ils ont fait des départements et des régions des remparts de solidarité. Il est vrai que la gauche, durant la campagne, leur a proposé ce choix auquel ils ont fortement adhéré.

De fait, c’est une sacrée responsabilité pour la gauche…

Nous en avons tous conscience. Mais sachons reconnaître avant tout une autre responsabilité : convaincre les Français que ces élections locales n’ont pas modifié la donne politique nationale qui demeure entre les mains de la droite. A nous de proposer dans les territoires des politiques réparatrices de la casse du libéralisme. A nous d’inventer dans le creuset de nos communes, de nos départements, de nos régions, des alternatives futures. Elles seront autant de matières premières qui viendront nourrir notre projet de 2007. Pas avant. La gauche est plus que jamais dans l’opposition, une opposition résolue au libéralisme auquel nous confrontons nos valeurs. Ce doit être aussi une opposition constructive – non pas collaborationniste – bâtissant peu à peu dans nos territoires cette alternance concrète que les Français attendent de nous en 2007.

En proposant sa nouvelle étape de la décentralisation, Jean-Pierre RAFFARIN espère donner de nouvelles libertés aux collectivités pour en libérer les énergies. Qu’en pensez-vous ?

On peut toujours draper une décision dans de nobles habits. Ceux taillés par Jean-Pierre RAFFARIN pour la décentralisation sont à l’image du personnage : très amples pour les gesticulations mais trop cintrés dans les finances et les objectifs non avoués. Je crois très sincèrement que le projet de lois sur les responsabilités locales aura marqué assez distinctement l’abîme qui existe entre une vision de gauche et une vision de droite.

Quelle est cette vision portée par la gauche ?

C’est en premier lieu des valeurs qui se déclinent en objectifs. C’est la volonté d’égalité non seulement entre les hommes mais aussi entre les territoires. C’est le refus de collectivités à plusieurs vitesses. Accepter davantage de libertés locales ne signifient pas accepter la liberté du plus riche ou du plus fort. Dis comme cela, cela peut paraître manichéen et réducteur. Un peu Cosette en fait. Mais à y regarder de plus près, notre pays n’a jamais connu une période aussi caricaturale en matière d’inégalités. L’action du gouvernement est fondamentalement portée aux cadeaux en direction des catégories sociales les plus aisées. Il faut sans cesse que nous le disions. Il faut nous réapproprier la valeur de l’égalité qui n’a jamais été aussi moderne. Comme l’est également la laïcité exploitée honteusement par la droite et que nous n’avons pas encore su totalement ressourcer à gauche. Là où la droite ne cherche guère que des allègement de charges pour l’Etat, là où elle ne cherche qu’à subroger le principe de libertés locales à toutes les autres valeurs républicaines, la gauche entend défendre l’égalité, comme elle entend promouvoir l’Etat dans son rôle de régulation et de cohésion sociale.

La décentralisation, ce n’est que des valeurs mises en musique ?

Ce sont des valeurs mais ce sont aussi des pratiques. Chacun voit combien la gauche a apporté en renouvellement et en enrichissement de la décentralisation. Nous avons été à l’initiative de l’intercommunalité, des pays. Nous avons inventé le concept de démocratie locale que nous avons complété récemment par la loi sur la démocratie de proximité. J’observe que la gauche a été la seule à promouvoir l’idée de démocratie participative alors que la droite s’est réfugiée dans une approche très classique d’une gestion confiée à des élus locaux, uniques bénéficiaires du projet de loi sur les responsabilités locales.

La décentralisation est un enjeu de société pour la gauche alors que la droite n’y voit q’un enjeu économique et comptable ?

C’est exact. La décentralisation doit servir un grand dessein pour le pays. Pour les socialistes, il est de faire des citoyens et non des seules collectivités, les grands gagnants d’une France qui sait vivre en harmonie avec tous ses territoires, toutes ses identités, toutes ses particularités. C’est la grande originalité que la gauche porte dans ce débat. Nous avons fait de la première étape de la décentralisation un mouvement vers plus de démocratie locale au bénéfice des collectivités. A nous désormais de porter une vision plus exigeante : un mouvement vers plus de démocratie participative, plongeant le citoyen au cœur de la décision publique locale. Dans ce sens, nous voulons désormais parler de démocratie territoriale car c’est l’enjeu de demain.