Les éditos de Claude Grivel

Le peuple ne va plus voter, le peuple vote mal ! Faut-il changer le peuple ? – juin 2021

“Le pouvoir ne peut plus être descendant, surplombant. Il doit être un outil au service du mandat confié.”

Dans quelques jours, nous sommes invités à aller voter pour élire les conseillers départementaux et en même temps pour les conseillers régionaux. Ce n’est pas obligatoire mais c’est un devoir démocratique. Après les 2 tours des municipales séparés de 3 mois l’an dernier, on ne peut pas dire que cette campagne électorale se déroule dans de bonnes conditions cette année, précautions sanitaires imposant toujours un protocole spécifique. Cela ne facilitera certainement pas la participation annoncée exceptionnellement faible. Mais la Covid n’en sera pas la seule cause. La défiance vis-à-vis des gouvernants s’est durablement installée et la classe politique semble elle-même se méfier beaucoup du peuple. Il va bien falloir changer quelque chose pour redynamiser la démocratie. A défaut notre système démocratique pourrait bien finir dans le mur. Pour réconcilier le peuple, dans toute sa diversité, avec le vote, sans doute faudrait-il arrêter de transformer chaque échéance électorale en billard à 3 bandes, anticipant le coup d’après, c’est-à-dire l’élection suivante. Pourquoi voter cette année pour renouveler les exécutifs départementaux et régionaux puisque la présidentielle aura lieu dans moins d’un an ? C’est la seule élection qui vaille nous dit-on. On nous prédit même avec grande certitude qu’elle sera le remake de 2017. On pourrait presque faire l’économie du 1er tour. Ça arrangerait les électeurs qui n’auraient qu’à se déplacer qu’une seule fois… Tout cela n’est pas sérieux et conduit tout droit à un régime moins démocratique. Alors faut-il supprimer l’élection présidentielle au suffrage direct pour sortir enfin d’une survalorisation de la fonction suprême et redonner plus de pouvoir à un gouvernement qui gouverne, aux parlementaires qui le contrôlent et font la loi, ainsi qu’aux élus des territoires locaux qui les animent et adaptent les politiques publiques à la réalité et aux besoins du terrain ? 

Plutôt que de changer le peuple, changeons de regard sur la fonction politique, sur le rôle des élus et sur l’engagement citoyen. 

Le pouvoir ne peut plus être descendant, surplombant. Il doit être un outil au service du mandat confié. L’action sociale qui est la principale compétence des départements, doit être une grande cause nationale parce notre démocratie a tellement besoin de retisser les liens entre les générations et de donner toute leur place et leur chance aux enfants, aux familles, aux personnes ayant un handicap, à celles qui sont sans ressources et sans emploi… La mobilité et le développement économique, la définition d’une stratégie de développement économique, l’organisation des relations interrégionales et transfrontalières, c’est la responsabilité des régions et cela mérite plus qu’un débat sur la sécurité ou la justice qui sont des compétences régaliennes de l’Etat. 

Le soutien aux territoires locaux passe aussi par un engagement de ces grandes collectivités à défendre avec les communes et les intercommunalités, des services publics et les services au public, dans la proximité et la qualité. Cela suppose des moyens et une ingénierie dédiée. Cela suppose aussi un soutien à la créativité des territoires pour réduire la consommation d’énergie, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour construire plus de justice sociale. 

Le Cercle pour l’Aménagement du Territoire (CPAT), partenaire de l’Unadel vient de publier les réflexions que j’ai rassemblées avec le concours d’administrateurs de notre réseau, sur ces questions qui sont au cœur des démarches de développement local. Vous retrouverez cette contribution dans les pages de cette lettre. 

L’Unadel a par ailleurs contribué à produire deux textes d’interpellation des candidats aux régionales. L’un produit sous le timbre du Parlement rural français, l’autre par le Pacte du pouvoir de vivre. Vous pourrez aussi en prendre connaissance ici. 

Ces différents textes peuvent être mis en débat dans nos instances, dans notre réseau. N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions. 

L’assemblée générale de l’Unadel qui s’est déroulée le mois dernier a permis d’accueillir Chantal Jouanno, présidente de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Son intervention et l’échange avec les participants ont été d’une grande qualité. Après les promesses non tenues du Grand débat national proposé à la suite du mouvement des gilets jaunes, après les promesses déçues de la convention citoyenne pour le climat, après la marginalisation des corps intermédiaires et la maltraitance du monde associatif, comment reconstruire la confiance et une culture du débat dans ce pays, en amont de toute grande décision. Il s’agit bien de sortir de la conduite de la concertation sur des projets déjà décidés pour parvenir à la coconstruction des décisions qui préciseront les contours du projet à réaliser ou à abandonner. L’expérience de la République de Saillant, celle de la CNDP, celle des conseils de développement, des conseils citoyens et des conventions à l’initiative des régions, démontrent que la culture du débat se construit dans le dialogue permanent entre citoyens volontaires, citoyens experts d’usage ou experts techniciens et citoyens élus. C’est exigeant, cela suppose de la méthode, de la volonté et de l’humilité…mais cela permet de se retrouver sur une … « fréquence commune ». Comme l’indiquait très bien Tristan Réchid lors du dernier jeudi du développement local consacré à « la coopération à l’épreuve de la gouvernance », pour parvenir à associer les citoyens à cette coconstruction en coopération entre tous les acteurs, il est indispensable pour les équipes municipales, intercommunales, départementales ou régionales, d’être en capacité d’organiser la coopération dans leur propre fonctionnement au quotidien et pas seulement au sein de l’exécutif.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces questions prochainement sur la base des propositions que le Pacte du Pouvoir de Vivre fera en fin de mois et dont un des volets portera sur la démocratie.

Le paysage dans les contrats de relance et de transition écologique ?

Nous relayions bien volontiers l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le conseil général de l’écologie et du développement durable (CGEDD) qui propose aux territoires qui souhaitent investir la question paysagère de répondre à la sollicitation (voir plus loin). Les questions foncières, la gestion des terres agricoles, des espaces forestiers, l’artificialisation croissante des sols, les friches, les zones d’activités et d’habitat, pas un schéma d’aménagement, pas un plan local d’urbanisme qui ne soient confrontés aux questions de maîtrise publique des coûts, des usages, de l’évolution des équilibres entre espaces naturels et espaces aménagés, des espaces à préserver ou en souffrance. Le paysage donne de la couleur à ces espaces et construit le patrimoine immatériel des personnes qui y vivent et ou y travaillent. C’est aussi et surtout ce que nous possédons en commun sans en être propriétaire. Le paysage est donc ce bien précieux dont personne ne s’occupe vraiment, alors qu’il est composante essentielle du vivant sans lequel les espèces animales, végétales et humaines ne peuvent vivre en harmonie. Se saisir de la question du paysage en construisant un projet de territoire, c’est élargir son horizon et permettre coup sûr le décloisonnement des regards et des usages, à condition d’y associer tous les acteurs qui façonnent, protègent ou dégradent le paysage commun. 

Culture, création et coopération pour les transitions : Les prochaines journées des territoires se dérouleront en octobre à Nancy 

Pour agir ensemble dans les territoires et construire les transitions, la relance ne peut pas être qu’économique. La pandémie a mis en évidence que nous avions un urgent besoin de nous rencontrer et de retrouver l’essentiel. Le besoin de nature, de paysages, mais aussi le besoin de culture, de concerts, de théâtre, de lecture … sont devenus essentiels à notre équilibre de vie, à notre bonne santé.

La résilience des territoires et des hommes, passent par la créativité, par le rapport à la beauté, par le sensible. L’action culturelle, les métiers d’art inspirent et donnent de l’oxygène aux dynamiques de territoire. Les exemples sont nombreux. Nous aurons l’occasion d’ouvrir une porte sur ce monde de la culture et des métiers d’art lors de nos journées des territoires d’octobre (1/2 journée et 1 journée dans la période du 13 au 15 octobre, en même temps que le festival de Nancy Jazz pulsations). Ces journées se construisent malgré les difficultés liées à la Covid et aux échéances électorales, avec le concours local des collectivités territoriales, départementales et régionales, l’université et le Cerfav (centre européen de formations aux arts verriers) créé il y a 30 ans dans une véritable dynamique de territoire et dans la commune de Vannes le Châtel dont le maire de l’époque a été aussi l’année suivante, l’un des fondateurs et 1er président de l’Unadel. La culture c’est comme la santé. C’est le souffle de vie.

Claude Grivel – 14 juin 2021

Redonner du pouvoir de vivre et d’agir aux citoyens et aux territoires – mai 2021

“Réagir sans subir suppose une mobilisation de tous à tous les niveaux de responsabilité citoyenne et civique et à toutes les échelles de territoire.

Ces organisations agissent et coopèrent dans les territoires comme au niveau national et international. Les organisations du Pacte, dont l’UNADEL fait partie, portent ensemble la convergence des enjeux climatiques, écologiques, sociaux et démocratiques, pour en faire le cœur de chaque décision publique. 

Les territoires locaux et régionaux sont des espaces de vie. Ils peuvent être aussi des lieux de débat et le socle du pouvoir d’agir pour construire des transitions économiques, écologiques, sociales et culturelles. A condition que l’organisation et le fonctionnement de ces territoires soit aussi le creuset d’une gouvernance plus démocratique, plus collective, plus participative et plus en capacité de relever les défis de la crise sanitaire et des évènements climatiques qui témoignent d’une accélération du réchauffement.

Réagir sans subir suppose une mobilisation de tous à tous les niveaux de responsabilité citoyenne et civique et à toutes les échelles de territoire. 

Les périodes de crise donnent l’occasion de se poser collectivement les bonnes questions : prendre soin du vivant exige de revisiter le fonctionnement et la finalité de nos entreprises humaines. De quoi avons-nous besoin pour vivre ? A quoi tenons-nous ? Qu’est-ce que nous sommes prêts à abandonner, en tant qu’individu, en tant qu’être social, en tant que société du « nous » plutôt que du « je » ? Pourquoi ? Comment ?

Ré-enchanter une démocratie décentralisée

Les prochaines échéances électorales de juin 2021 donneront-elles l’occasion aux grandes collectivités territoriales (régions, départements) de s’inscrire dans une vision qui redonne du sens et du contenu à une République décentralisée et solidaire ? L’enjeu est de prendre plus et mieux en compte les aspirations individuelles et collectives des citoyens vivant et agissant dans un même territoire. 

C’est aussi l’occasion de coconstruire avec l’ensemble des acteurs locaux des projets de territoire ayant l’objectif de plus d’équité, de plus de solidarité entre les territoires. 

Aller voter c’est choisir sans blanc-seing. C’est choisir entre les programmes, les étiquettes, les hommes et les femmes qui sollicitent nos suffrages, celles et ceux qui s’engagent à donner du pouvoir de vivre et d’agir aux citoyens et aux territoires et à ré-enchanter une démocratie décentralisée capable de relever les défis écologiques, économiques et sociaux de ce siècle. C’est prendre sa part dans le collectif et c’est peser sur les décisions qui ont un impact sur la vie quotidienne. L’abstention n’est pas le vaccin dont nous avons besoin et construit la France du rejet. 

Claude Grivel – 8 mai 2021

Un pacte de gouvernance partagée, outil de coconstruction et de résilience – Novembre 2020

Selon l’expression de Nietzsche, « ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».

Mais voilà ? Nous vivons à nouveau des temps où la mort nous surprend dans toute sa brutalité et ébranle beaucoup de nos certitudes. Les attentats meurtriers de Conflans Ste-Honorine et de Nice ajoutent de la sidération à l’anxiété réactivée par une nouvelle vague pandémique. 

Comment garder le contrôle sur sa vie quand on peut la perdre brutalement à la sortie d’un collège ou dans un lieu de culte ? Comment garder espoir dans une société qui étale son impuissance à faire face à un virus et laisse place à la spéculation boursière ? La production de vaccins risque plus surement d’enrichir la pharmaco chimie avant de protéger peut-être la population. 

Comment se prémunir du terrorisme sous toutes ses formes et des risques sanitaires, qui frappent aveuglément les plus faibles ? Notre planète est malade et nos gouvernants semblent bien impuissants. On ne les envie pas : trouver les bonnes réponses à des problèmes aussi massifs et aussi complexes n’est pas une sinécure. 

Pour autant, on pourrait attendre un positionnement plus humble et plus collectif. Les alertes sur l’état de santé du monde ne datent pas du printemps. Elles ont produit de beaux discours « la maison brûle et nous regardons ailleurs »« make our planet green again » et si peu d’actes forts et concrets. 

Comme le dit Eloi Laurent dans ses derniers travaux, il nous faut nous donner l’objectif d’une pleine santé comme on a pu souhaiter le plein emploi. Toutes les formes d’économie qui se sont imposées dans le monde l’ont rendu plus malade qu’il n’était. Il nous faut donc inventer de nouvelles pratiques de production et tendre vers le consommer moins et mieux, dans la proximité mais aussi dans le partage avec les populations les plus fragiles et les plus exposées aux risques.

Les périodes de crise sont les plus fécondes pour imaginer de nouvelles dynamiques et libérer la créativité des individus et des territoires. Ne perdons pas de temps et osons. 

Les crises renforcent malheureusement souvent les centres de décision et les pouvoirs centralisés. Cette année 2020 attise les prises de conscience dans tous les milieux et accélérera peut-être les changements dont nous avons besoin. Les acteurs économiques et les agriculteurs, souvent remis en cause dans leurs pratiques, démontrent au quotidien leur capacité à évoluer et à s’adapter. On ne fera pas sans eux mais avec eux. Ils ne feront pas sans nous, les consom’acteurs. 

Les maires viennent de démontrer, parfois dans la désobéissance, qu’ils n’acceptaient pas que les mesures d’accompagnement du confinement renforcent les discriminations entre la grande distribution et les petits commerces de centre-ville. C’est une nouvelle alerte en direction du pouvoir central qui ne peut pas faire sans eux. 

Certes il faut s’unir pour faire face à la pandémie, mais cela suppose d’associer toutes les parties prenantes aux décisions. Comment imaginer faire face aux crises sans mobiliser une cellule ad hoc ? Mais quelques ministres et quelques scientifiques avisés prendront toujours, sous la pression médiatique, des décisions infantilisantes, y compris pour le parlement, peu adaptées à la spécificité des territoires locaux. 

Faisons confiance à la créativité des citoyens et écoutons la voix des territoires. Ils ne demandent qu’à être respectés et responsabilisés. Ils doivent être partie prenante des décisions. Les acteurs du développement local doivent être codécideurs des solutions à mettre en œuvre. Ils veulent croire à la vie. Ils sont dans l’action réparatrice et fondatrice. Peu importe le cadre législatif. La résistance se construit parfois dans la désobéissance et les minorités d’hier deviennent les majorités de demain. 

Parce que les situations traumatiques permettent plus d’empathie, plus d’ouverture aux autres, plus de tolérance … nous pouvons souhaiter qu’à toutes les échelles de l’organisation territoriale, les services de l’Etat et les élus des territoires sachent mobiliser des cellules de crise ouverte à la représentation citoyenne dans la cadre d’un pacte de gouvernance partagée. Les solutions ne sont pas ailleurs, Nous sommes les solutions. 

Abdennour Bidar cite cette phrase de Michel Dinet, fondateur de l’Unadel, dans son « Plaidoyer pour la fraternité » (Albin Michel 2015) 

“Pour réenchanter la société, le pouvoir doit être animé par l’ambition d’encourager, d’alimenter la capacité à faire des citoyens.”

Pour rappel, les intercommunalités doivent mettre en place un pacte de gouvernance dans les 6 mois suivant leur installation. Il n’est pas interdit de rappeler aux nouveaux élus qu’ils peuvent en profiter pour s’adjoindre des compétences externes et pas seulement en faisant appel à des bureaux d’études. La 1ère richesse des territoires, ce sont les habitants qui y vivent et y agissent, qui portent des projets, qui contribuent à l’éducation populaire et à l’émancipation individuelle et collective. 

Claude Grivel – 8 novembre 2020

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise – juillet 2020

Nous venons de vivre une période très singulière. Nous le devons certes à un petit virus, mais aussi aux modes de vie, de consommation, de circulation des biens et des personnes.

D’aucuns prédisent que la mondialisation et la financiarisation de l’économie nous mènent dans le mur. D’autres prédisent le grand effondrement avec l’accélération du réchauffement climatique.

Pourtant personne n’imaginait que l’économie puisse s’arrêter du jour au lendemain, que les écoles pourraient fermer pendant plusieurs mois et que les français accepteraient d’organiser leur vie en respectant massivement le confinement et en appliquant le principe de précaution dans les gestes de la vie quotidienne.

En un mot la capacité résiliente des personnes et des territoires s’est manifestée comme une heureuse surprise. Et la société a semblé se réconcilier avec la lenteur et avec la nature. Les ruralités en sortent ragaillardies et les réalités métropolitaines moins attractives.

Mais l’engagement dans la relance économique peut réanimer très vite le monde d’avant si nous ne choisissions pas délibérément les voies de la transition. La question de la conditionnalité des aides publiques refait surface sans pour autant avoir inspiré les premières mesures gouvernementales.

Nous ne manquons pas d’idées ou de propositions pour jalonner le nouveau chemin que devrait emprunter les politiques publiques. Les mots, les méthodes, les outils du développement local sont désormais entrés avec ceux de l’écologie et de la transformation sociale, dans le langage politique ; parfois aussi dans celui des médias quand le coronavirus laisse un peu d’espace.

Pour autant les incantations et les belles intentions ne suffisent pas à provoquer le changement dans le réel. Or le réel c’est ce que vivent et surtout ce que ressentent les habitants confrontés au quotidien. Le virus n’est pas la seule cause de la désaffection des urnes. La participation aux élections locales n’a jamais été aussi faible et c’est une alerte de plus.

Comment réconcilier l’individu avec le collectif, le citoyen avec le politique et l’élu avec la société pour aspirer à pouvoir remplacer un jour le produit intérieur brut par l’indice du bonheur brut ?

Les plans de performance comptables et financiers générateurs de délocalisation et de disparition des services publics doivent laisser place à des contrats de transformation sociale, voire sociétale.

Un ministre de la ruralité à côté de celui de la Ville (souhaité par nos amis des nouvelles ruralités), ne suffira pas. L’engagement doit être pris de construire à toutes les échelles, une gouvernance de l’interactivité des acteurs et des territoires pour animer des démarches de projet. Tout en haut des priorités : la culture, la santé, l’éducation et la formation avec la solidarité et la justice. Investir dans l’humain et dans les liens d’abord. C’est le socle d’une nouvelle économie plus écologique, plus utile, plus redistributive, plus au service de la construction de solutions pour tous qu’à celui de l’accumulation pour quelques-uns.

L’Unadel est à la disposition des citoyens, des territoires et de leurs partenaires pour aider à faire valoir l’expertise de chacun comme élément de construction du projet commun.

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise.

Bel été à tous

Claude Grivel

L’engagement individuel et collectif dans les territoires – mars 2020

A une semaine des élections municipales, quels constats ? La volonté d’engagement est toujours là même si il reste une minorité de communes sans candidats. Plus d’un million de personnes se présentent au suffrage universel dans les quelques 35 000 communes de notre pays.

Toutes les listes sont composées de citoyens mais cette fois elles sont nombreuses à se retrouver autour d’un projet plus participatif, plus collectif, plus volontairement engagé sur des valeurs communes et une conception de la gouvernance locale plus collective, plus en lien avec des électeurs acteurs.

Ce n’est pas forcément l’image renvoyée par les médias qui aiment parler des leaders et des couleurs politiques mais moins des projets et des méthodes.

Or il en est du projet municipal comme du développement local. Il y a besoin de mélange, de maturation d’un projet partagé, de rassemblement dans la respect de la diversité, d’un travail d’équipe qui révèle les qualités de chacun, d’une vision partagée de l’avenir souhaité qui ne fasse pas l’impasse sur les besoins de traiter les questions locales à la bonne échelle, dans l’intercommunalité et l’interactivité.  

C’est un engagement de 6 ans qui nécessitent des modes de faire qui rassemblent et développent la coopération autour de ce que l’on appelle aujourd’hui les communs, les services, les usages et le partage : ce qui fait lien et donne du sens à une communauté de vie.

C’est une formidable école de l’engagement pour participer au mieux vivre et faire ensemble dans la proximité qui relie aux autres et au monde, avec un double enjeu : l’urgence de prendre en compte la transition vers un autre modèle productif et d’autres modes de consommation plus respectueux de la santé des hommes et de la planète.

La question du sens de l’engagement individuel et collectif est posée :

Faire sa part avec un objectif commun. Se donner un but en sachant que la fin ne justifie jamais les moyens, mais que le chemin emprunté est aussi important que ce que vers quoi on essaie d’aller ensemble.

Pour donner envie sans éluder les questionnements, je vous propose quelques conseils de lecture extraits du livre « Vous avez dit développement local ? – Tome 2» (en cours de rédaction). A découvrir  dans cette newsletter le témoignage de Stéphane Loukianoff sur son expérience d’engagement en territoire rural (PACA et AURA) et celui de Kristell Juven qui travaille à Citoyens et Territoires Grand Est. Elle a la double expérience d’élue communale et communautaire.

Vous pourrez lire ces textes dans cette lettre de l’Unadel. Ils sont sous la responsabilité de leurs auteurs… et nous souhaitons pouvoir publier ainsi régulièrement les contributions d’adhérents ou de partenaires. N’hésitez pas à nous transmettre vos contributions ou réactions.

Claude Grivel

Confinement & Dé-confinement : contribution de Jean-Claude Mairal

L’Unadel se fait le relai de différentes contributions pour alimenter le débat public. Ces contributions sont sous la responsabilité de leurs auteurs.

L’heure est à la rupture avec le centralisme tout puissant, à la prise en compte de la diversité des territoires et des individus, à la coopération pour la coconstruction des politiques publiques de santé.
L’exemple de l’Allemagne.

On compare à de nombreuses reprises la manière dont l’Allemagne gère avec son système de santé, l’épidémie du covid 19, avec ce qui se passe dans notre pays. C’est intéressant en ces temps de confinement de prendre le temps de comparer les 2 organisations et de se faire sa propre idée. 

Alors que les dépenses de santé sont équivalentes pourquoi une si grande différence entre les 2 pays dans la gestion du Covid 19. L’Allemagne est mieux équipée avec plus de lits d’hôpitaux et plus de lits en réanimation. 

L’Allemagne a toujours eu une politique de santé dynamique. Rappelons-nous que les départements de la Moselle (57), du Haut-Rhin (60) et du Bas-Rhin (67) ont été soumis  en  1884 à un régime d’assurance maladie obligatoire lorsque l’Allemagne avait annexé cette partie de la France en 1870. En France ce n’est que beaucoup plus tard que l’assurance maladie verra le jour, en 1928, complétée en 1930. C’est une ordonnance de 1945 qui créera le régime général. 

Autre différence avec la France, la prévention plus développée en Allemagne. Contrairement à l’adage, en France on préfère souvent guérir… que prévenir.

Mais la grande différence entre les 2 pays, c’est l’organisation du système de santé, l’un est centralisé (France), l’autre est décentralisée (Allemagne). Et c’est là que nous avons des leçons à prendre

De nombreux rapports ont dénoncé, ces dernières années, la complexité de la gouvernance du système de santé et d’assurance maladie français et ses difficultés de pilotage, liées notamment à la répartition des responsabilités entre l’État et l’assurance maladie. Et si on rajoute les Ehpad, les départements, là on est dans la gestion à 3. 

A la différence de l’Allemagne qui a une gestion très décentralisée de son système de santé, la France a une culture beaucoup plus centralisée. Une caractéristique fondamentale du système en Allemagne est le partage du pouvoir de décision entre le gouvernement fédéral, les gouvernements territoriaux (Länder) et les organisations de la société civile  (notamment, pour le système de santé, les assureurs maladie et les professionnels de santé).

En Allemagne, la planification et la régulation des structures hospitalières ainsi que le financement des investissements hospitaliers sont de la compétence des régions (Länder), tandis que les coûts de fonctionnement sont supportés par les caisses d’assurance maladie. Un pouvoir important est délégué à ces caisses et aux organisations professionnelles et établissements, qui négocient et contractualisent, en application du principe « d’auto-administration ». On comprend mieux pourquoi l’Allemagne est mieux doté.

Autre différence entre l’Allemagne, le rôle des organisations professionnelles et leur implication dans la régulation du système : la France a une tradition de régulation administrée et une fragmentation des syndicats médicaux qui contrastent avec la culture allemande d’« auto-administration » par la négociation collective, allant de pair avec une organisation très unifiée de la profession médicale.

Je l’ai écrit à de nombreuses reprises depuis près de 20 ans en lien avec mes différents mandats et responsabilités, si la France continue dans une gestion centralisée et bureaucratique , si elle continue de vivre dans la concurrence entre différents acteurs, Etat central, collectivités et organismes sociaux paritaires, entre collectivités elles-mêmes (plus d’une dizaine d’associations de collectivités), on continuera de s’enfoncer dans les difficultés avec des conséquences dramatiques.

Il est temps également de décloisonner les savoirs. A juste titre, Edgar Morin dans “Introduction à une politique de l’Homme” écrit, “Le problème crucial de notre temps est celui de la nécessité d’une pensée apte à relever le défi de la complexité du réel”. Il n’est donc pas possible de ne penser la gestion de cette crise du Covid 19 qu’à l’aulne de la médecine. Certes celle-ci joue un rôle important pour lutter contre le coronavirus qui frappe des dizaines de milliers d’individus, mais ces individus comme des millions d’autres confinés sont des êtres humains avec leur sensibilité, leur fragilité, leur situation sociale, leur imaginaire. En rester seulement à la médecine, c’est comme le notent dans Le Monde du 16 avril 2020 Eric Caumes, chef du service de maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière et Mathurin Maillet interne en maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière – diplômé d’un master en philosophie, la “dépendance inouïe de l’homme envers la médecine, que dénonçait déjà Ivan Illich. Cette emprise a grandi à un tel point qu’elle est aujourd’hui capable d’arrêter le cours du monde. Un nombre incalculable de vies souffriront, voire s’effondreront, sous les effets secondaires de cette crise sanitaire…” Il est clair que la crise sanitaire ne peut être pensée que dans une vision multidimensionnelle des diverses connaissances, intégrant la médecine, la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, etc.

L’heure est à la rupture avec le centralisme tout puissant, à la prise en compte de la diversité des territoires et des individus, à la coopération pour la coconstruction des politiques publiques de santé.

Il doit en être ainsi face au Covid-19, pour le confinement et le dé-confinement. On ne peut plus les gérer de Paris, de la même manière partout. L’exemple de l’Allemagne est intéressant, où ce sont les Länder qui ont la main. Pourquoi il n’en serait pas de même en France avec les départements? Jusqu’à maintenant on a imposé à toutes les communes les mêmes règles, alors qu’un grand nombre n’ont eu aucune contamination. Il serait d’ailleurs intéressant d’en connaître le nombre. ll serait aussi intéressant de connaître les Ehpad non contaminés. On va me dire que c’est au nom de l’égalité! Mais de quelle égalité parle-t-on? Une égalité qui n’existe pas. On pourrait parler peut-être d’égalitarisme, un égalitarisme qui a tué l’URSS. Car même la Chine pays centralisée et bureaucratique, a eu une gestion différenciée selon les provinces et même à l’intérieur des provinces.

Pour le dé-confinement les françaises et les français, ne sont pas simplement des nombres ou des matricules, ce sont des êtres vivants, c’est en tant que tel qu’il faut les considérer. Emmanuel Hirsch  professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine de l’université Paris-Saclay dans l’Obs du 11 avril 2020 écrit  “S’il y avait dans un premier temps urgence à agir, l’importance est désormais d’associer les citoyens aux délibérations de l’après, de développer une pédagogie de la responsabilité partagée. L’acceptabilité des mesures de sortie encadrées et progressives de la phase aigüe de la crise, ne pourra pas s’envisager sans créer les conditions d’un débat public, sous une forme à définir au plus vite. Il est évident que s’agissant des choix politiques qui détermineront notre vie sociale au moins ces prochains mois, l’exigence de démocratisation des arbitrages conditionnera leur recevabilité. Nous ne pourrons pas admettre des mesures imposées sur un temps indéterminé, relevant d’expertises qui ne tiendraient pas compte d’idées, d’expériences, d’attentes mais également de besoins, d’inquiétudes, d’obstacles et de réticences légitimes.”

Prendre en compte la situation de chaque individus implique également de prendre en compte la réalité de chaque territoire par sa population et par la réalité du Covid-19. Cela implique d’avoir une approche non plus globale de Paris, même si le gouvernement et le Parlement ont à donner des orientations, mais une approche diversifiée du dé-confinement. Cela vaut pour l’Éducation Nationale, comme pour les autres strates de la population, notamment ces 17 ou 18 millions de personnes que le président du Conseil scientifique veut continuer de confiner après le 11 mai. En fonction de la réalité de l’épidémie à cette date, pourquoi ne pas organiser la réflexion et le dé-confinement par département avec un co-pilotage Préfet et Président du département en liaison avec le Président de la Région, les maires, les présidents d’intercommunalités et les secteurs de santé? Et comme le propose Emmanuel Hirsch, en faisant confiance aux citoyens et à leur esprit de responsabilité. Avec l’ensemble des mesures sanitaires indispensables (masques, dépistage, gel, mesures barrières, etc). Il y aura certes des différences entre départements et territoires, certains étant plus impactés que d’autres par l’épidémie, mais elles seront d’autant mieux acceptées qu’elles correspondront à la réalité du terrain. 

Une telle approche du développement territorial devrait être la norme dans l’avenir et dans tous les domaines. Le centralisme tout puissant devrait être la victime du Covid 19 !

Jean Claude Mairal, adhérent de l’Unadel, le 16 avril 2020

L’effet « gilets jaunes », un coup d’éclat permanent ? – L’édito de Claude Grivel #5

Notre pays fait partie des plus favorisés et des plus riches au monde, mais ce n’est pas ce que ressentent nos concitoyens. Ses valeurs démocratiques, républicaines et humanistes, longtemps inspirantes pour le monde entier, sont trop peu incarnées dans les sphères du pouvoir et encore moins partagées par l’ensemble de la communauté nationale. Il y a un réel danger à parler de cohésion sociale et territoriale en laissant des formes d’expressions et d’actions communautaristes se développer qui laissent place au racisme et à la xénophobie et désignent des boucs émissaires (les migrants, les musulmans, les juifs, l’islam etc…).

Or faire société, c’est faire communauté. Faire société, c’est favoriser la confrontation des idées, en utilisant le conflit comme levier, quand il est là, pour construire sans violence les compromis nécessaires qui permettent la sortie de crise. Toute mise sous le boisseau risque d’alimenter les explosions futures.

Passer du jaune au vert, du rond-point à l’agora

Il y a beaucoup à gagner dans le réinvestissement des citoyens dans la vie publique du pays, il y a beaucoup à perdre en cas d’espoir déçu.

Toutes les échelles de gouvernance, nationales, régionales, locales sont mises au défi de créer les modalités et le cadre qui facilitent l’organisation pérenne de temps et de lieux de débats ouverts à tous. Les plus instruits et les retraités se mobilisent facilement. Mais peut-on se passer de l’avis et des propositions de tous les autres, ceux qui réinventent le bistrot de quartier au bord des ronds-points, comme ceux que l’on désigne comme des invisibles, les plus pauvres, les plus en marge ?

Chacun est une part de la solution.

Le pouvoir de vivre et le pouvoir d’agir

Pouvoirs et contrepouvoirs, gouvernements, élites dirigeantes et corps intermédiaires ont été pris à contrepied par le mouvement des gilets jaunes. Nos réseaux associatifs montrent aussi leurs limites. Or les enjeux sont là : aspiration à plus de justice, à la réduction des inégalités sociales et territoriales, à plus de partage des richesses, mais aussi à plus de considération, de respect et d’écoute.

Quand Notre Dame brûle, on trouve en 24h les moyens de reconstruire. Force et puissance des images et de l’émotion partagée. Mais aussi besoin d’afficher sa contribution à l’effort nécessaire. Tellement d’autres causes le mériteraient, de la lutte contre la pauvreté à l’accueil des migrants en passant par la transformation de notre modèle économique pour donner des chances de survie à l’humanité et pas seulement à la planète.

En signant, au nom du conseil d’administration de l’Unadel, l’appel à un pacte écologique et social regroupant les propositions de nombreuses associations mobilisées par Laurent Berger et Nicolas Hulot (CFDT et Fondation pour la Nature et l’Homme), c’est pour faire entendre la petite musique du développement local : la transformation sociétale ne se fera pas sans les territoires et leurs habitants, ni sans expérimentation de nouvelles formes de gouvernance inspirantes et stimulantes pour développer l’engagement coopératif permanent. Cela nécessite de mobiliser les outils de la formation et de l’ingénierie d’animation du débat, pour redonner toutes ses lettres de noblesse à l’exercice individuel et collectif du pouvoir d’agir responsable et citoyen dont l’espace européen pourrait être le laboratoire d’expérimentation

Venez en débattre avec nous le 6 mai à Paris à l’occasion de la présentation du livre « vous avez dit développement local » et à notre assemblée générale le 17 mai prochain… avant de faire le choix de l’Europe le 26 mai.

Une équipe au top et au taf ! On n’a pas fini de débattre ! – L’édito de Claude Grivel #4

Cet édito pour saluer l’énorme travail de l’UNADEL, de ses administrateurs et de ses personnes ressources dites « experts associés », de son équipe technique et de ses partenaires. Les journées des Territoires organisées fin novembre sur le thème des transitions et des conduites coopératives du changement ont été un vrai succès. Le livre récit de l’histoire et des fondements du développement local est désormais publié et disponible grâce au travail de 50 contributeurs et d’un comité de rédaction toujours sur le pont. Le module de formation intitulé Territoires et développements (4 semaines de formation au développement local en ligne) est accessible sur Fun Mooc et sur le site du CNFPT.

Tout cela nécessite un suivi, une organisation, une mobilisation, des relances, des notes rédigées, des conférences téléphoniques… Nos moyens humains sont limités, perfectibles et efficaces. La coordination de l’équipe a été assurée au cours de ces dernières années par Jean MAILLET. Le réseau lui doit beaucoup. Il n’a pas souhaité que l’on annonce urbi et orbi que depuis le 1er janvier il allait continuer son engagement à l’Unadel comme bénévole, parce que jeune retraité. L’Unadel c’est une marque, un état d’esprit et une approche – parfois même une maturité – collaborative.

Nous sommes heureux d’y associer des jeunes et d’accueillir Sylvain ADAM qui a pris ses fonctions de délégué national de l’Unadel au 1er février. Il rejoint Valérian POYAU et Philippe CARBASSE. Cette petite équipe de moins de 2,5 ETP renforcée par Christine COUPPA pour les tâches de gestion et de comptabilité, a la responsabilité d’assurer le bon fonctionnement d’un réseau national d’acteurs, d’organiser les écoutes territoriales ou d’autres missions conventionnées, d’animer le carrefour des métiers et faire lien avec les experts associés, les partenaires, les financeurs, les réseaux régionaux et autres organisations nationales ou régionales de l’éducation populaire, de la transition ou du développement écosystémique des territoires.

Saluons parmi eux, le réseau de villes réunissant des pairs engagés dans les transitions écologiques, démocratiques et sociétales. Parce que nous sommes associés aux travaux de ce réseau, nous aurons l’occasion de le présenter dans une prochaine lettre de l’Unadel.

Soutenez le développement local, adhérez à l’Unadel

2019 commence avec des températures printanières. La couleur jaune est toujours de mise sur les ronds-points et dans les manifestations désormais traditionnelles du samedi. Des adolescents et des jeunes manifestent, secouent le cocotier et interpellent l’irresponsabilité des adultes qui regardent ailleurs tandis que la maison brûle. Le Président Macron se démène et commence à reconnaitre ses erreurs tandis que ses ministres préparent les ordonnances (loi santé ou travail sur les indemnisations de chômage) comme s’il n’y avait pas de crise, comme si le train gouvernemental ne pouvait attendre les conclusions du grand débat et les propositions…

Certes il y a crise ! Certes il y a urgence… il y a surtout urgence d’écouter et co construire les solutions dans la justice… avec les citoyens, avec les corps intermédiaires qui, comme les politiques, doivent reconquérir la confiance et s’imposer dans la médiation, avec les parlementaires qui doivent assumer leur fonction sans être majoritairement la courroie de transmission de la pensée élyséenne.

Et parfois, souvent, perdre du temps c’est en gagner. Les pionniers du développement local nous ont enseigné l’importance de la palabre, du débat, de la controverse, du livre blanc, du diagnostic partagé et du pas de côté pour construire des solutions souvent originales, toujours porteuses de sens et de respect, dès lors que le cap et le sens sont fixés. Il y a en ce début d’année une vraie opportunité : nos concitoyens manifestent une vraie volonté de débattre, qui ne devrait pas s’arrêter au 15 mars ; à la veille des européennes et à un an des municipales, il y a un terreau pour construire un autre modèle de démocratie, un autre modèle de développement…à condition de se retrousser les manches et de ne pas tout attendre d’hommes ou de femmes providentielles. Notre avenir nous appartient. Chiche !

Claude GRIVEL

Du bon usage des ronds-points – L’édito de Claude Grivel #3

Du bon usage des ronds-points

L’année 2018 se termine sur une séquence particulière où le pouvoir de changer la vie réelle des gens semble avoir élu domicile dans ces espaces totalement artificiels que sont les ronds-points.

Les politiques sont considérés comme des menteurs, les corps intermédiaires et particulièrement les syndicats comme des lâcheurs et les journalistes comme des manipulateurs.

Les premiers de cordée se retrouvent nus pieds sur le glacier. Eh bien non,  tout le monde ne bénéficie pas des effets de l’enrichissement indécent de quelques-uns ; comment croire que la pensée complexe  d’une élite dirigeante pourrait satisfaire les besoins des invisibles qui contribuent à la vie et à l’économie des territoires sans aucune reconnaissance ?

Tous les gilets jaunes ne se retrouvent pas forcément dans le même discours et dans les mêmes attentes. Ce mouvement peut être le déclic nécessaire pour aborder enfin clairement les défis écologiques dans la justice sociale, ou au contraire dérouler le tapis rouge à d’autres ambitions  peu respectueuses des valeurs républicaines.

Du bon usage du débat

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette séquence fait débat. Et si l’Unadel et les réseaux associatifs pouvaient non seulement participer mais aussi aider à l’organisation de ce débat national ? A l’animation dans les territoires, à l’analyse, à la synthèse des doléances et des propositions dans chaque bassin de vie, à la formulation et au suivi des propositions, à la restitution et à l’évaluation des mesures gouvernementales et législatives qui en découleront… ?

L’Unadel souhaite apporter sa contribution et son expertise pour que le débat public proposé soit une vraie occasion pour renforcer le pouvoir d’agir des habitants et des territoires. La méthode et les moyens d’animation de ce grand débat national  permettront ou non de retisser du lien, de développer de l’expertise, de faire avancer des propositions et des synthèses par bassin de vie… et de construire les conditions de prochains contrats de cohésion (ou de confiance?).

Cela pourrait non seulement ré-enchanter la République mais donner aussi une espérance de construire un nouveau modèle social plus sobre, plus économe, plus juste, plus humain et fraternel.

Vous avez dit développement local ?…

Les administrateurs et l’équipe salariée de l’Unadel vous souhaitent une bonne année arc en ciel et une santé à toute épreuve pour relever ensemble les défis de 2019 !

Vous avez dit cadeau ? Il est encore temps de commander le livre « Vous avez dit développement local ? » Il était une fois la crise… puis vint la résilience… parce que les femmes et les hommes l’ont décidé ensemble pour vivre leur territoire dans la fierté et la dignité. Bon Noël !

Claude Grivel

Président de l’Unadel

Transitions et conduites coopératives du changement- L’édito de Claude Grivel #2

Crédits : Jordan Whitt

Nous n’habitons pas la terre, nous l’empruntons à nos enfants. Un été caniculaire, des cours d’eau asséchés, une pollution de plus en plus visible et ressentie y compris en dehors des zones urbaines, des incendies aux portes des capitales européennes…un ministre de la transition écologique et solidaire qui démissionne en espérant enfin un sursaut…C’est chaud bouillant !

L’écologie, le climat, la biodiversité, la transition, autant de mots clefs qui font la une de l’actualité. Les manifestations pour le climat organisées spontanément début septembre un peu partout dans le monde sont-elles le signe d’un réveil des citoyens et des associations qui veulent agir ? D’années en années l’impuissance des politiques à changer le monde apparaît d’autant plus criante que le poids des lobbys s’affirme et s’affiche sans aucune retenue.

Je viens de signer un appel à la résilience proposant un programme commun de transformation de notre société. Les administrateurs de l’Unadel soutiennent la démarche initiée par plusieurs maires pionniers, animateurs de la transition dans leur territoire. Il s’agit bien d’engager une véritable transformation écologique et sociale de notre modèle économique, et c’est aux échelles territoriales que cela se joue.

Passer de la résistance à la résilience, c’est l’histoire de développement local. N’hésitez pas à parcourir les rapports de notre assemblée générale du 25 juin dernier et à rejoindre notre réseau si ce n’est déjà fait. Faire réseau, faire territoire, développer l’esprit coopératif entre les habitants, les associations, les réseaux et les territoires, c’est le fil conducteur de l’histoire d’un mouvement qui ne se soucie pas de savoir s’il fait partie de l’ancien ou du nouveau monde pour avancer. Un livre-récit “Vous avez dit développement local ?” – histoire et fondements du développement local par ceux qui l’ont construit” est en cours de bouclage et sera publié dans quelques semaines par la Librairie des Territoires. Le CNFPT proposera également cet hiver un module de formation numérique (MOOC) sur le développement local construit avec notre expertise. L’Unadel continue à produire une pensée enracinée dans l’expérimentation, l’innovation et l’action des territoires locaux et à tisser des liens entre les acteurs.

Les Écoutes territoriales et la réflexion sur les métiers seront au cœur des Journées des territoires que nous organisons avec nos partenaires les 26 et 27 novembre prochain pour imaginer les transitions et les conduites coopératives du changement. Relevons ce défi.

 

Claude Grivel

Président de l’Unadel

L’édito de Claude Grivel #1

« Quand tu cherches ton chemin, souviens-toi d’où tu viens » ! Ce proverbe africain souvent cité par Michel Dinet*, nous rappelle l’importance de l’enracinement dans une histoire et des valeurs pour donner sens à une trajectoire de vie ; la vie de celles et ceux qui individuellement ou collectivement partagent des engagements, des projets, des combats parfois, pour construire l’avenir des territoires.

S’enraciner en tenant compte de l’action de celles et ceux qui ont ouvert des portes, tracé des sillons, ne veut pas dire se renfermer sur la certitude que c’était mieux avant.  Mais pour savoir où l’on va, il faut pouvoir se dire d’où on part et trouver des modes de faire adaptés à l’époque et à une société dont les processus de changement s’accélèrent. On connaît désormais la finitude du monde et les risques que les humains font courir à la survie de la planète. On connaît aussi l’avidité d’une économie essentiellement financière, peu préoccupée du bien-être collectif, de la réduction des inégalités et de l’injustice et pas davantage de la survie de la biodiversité. Pourtant quand la planète Terre aura implosée, les banquiers et les spéculateurs pourront-ils s’offrir une arche spatiale pour aller reconstruire une vie et une monnaie sur Mars ?

Le développement local c’est d’abord une forme de résistance, de résilience. C’est aussi la conviction que les vraies richesses ne sont pas dans le coffre des banques ou de la dizaine de milliardaires qui possèdent 99% de la fortune du monde.

La résistance naît souvent d’une indignation, d’une agression subie et de crises d’origines multiples. Elle s’organise en réseau sur la base d’une prise de conscience : nous ne sommes pas seuls à vivre la même chose. Le renoncement n’est pas une fatalité, la soumission à l’adversité n’ouvre aucune fenêtre.  Des femmes et des hommes de toutes origines et de toutes conditions retroussent les manches  et choisissent la créativité, l’imagination et l’intelligence collective pour entreprendre et trouver des voies d’avenir.  « Seul, on va plus vite, mais ensemble on va plus loin… ».

Depuis 26 ans désormais, dans les pas des pionniers du développement rural ou de l’éducation populaire, dans les villes, les quartiers de banlieues ou les villages, l’Unadel est à l’écoute des innovations sociales et des constructions démocratiques originales ; celles qui ont fait émerger la coopération intercommunale et toutes les formes de participation à la gouvernance des territoires et des communes en mobilisant les citoyens de tous horizons, habitants, jeunes ou plus âgés, élus associatifs ou élus locaux, bien décidés à inventer de nouvelles formes de développement plus respectueuses des personnes et de l’environnement, dans une République démocratique décentralisée et reliée au monde.

Il s’agit aujourd’hui comme hier de favoriser la mise en mouvement des acteurs locaux. Chacun a un rôle à jouer pour faire ensemble société.

Être à l’écoute des territoires et de leurs animateurs, capitaliser les expériences, contribuer à la formation et à l’émancipation des citoyens acteurs en soutenant l’ingénierie de projet et d’animation transversale et globale du quartier, de la ville, de la commune ou de territoires plus vastes, organisés et reliés, c’est la vocation de notre très modeste association des acteurs locaux mais pas seulement. L’Unadel est aussi reliée à d’autres au sein d’un véritable écosystème.

Alors que la communication prend désormais la place de l’information voire de la politique, l’Unadel se doit de mieux faire connaître ses réflexions, ses productions ou celles des réseaux proches avec lesquels elle agit. Ce nouveau support doit aussi faire lien entre nous et donner envie de communiquer sur les expériences de terrain que vous avez à connaître.

N’hésitez pas à diffuser et à faire connaître cette lettre et à devenir contributeur ou contributrice. Le réseau existe grâce à vous. Participez à écrire le récit du développement local.

Claude Grivel

Président de l’Unadel

* Michel Dinet, président fondateur de l’Unadel, décédé brutalement en 2014

Sortir d’une démocratie à la Ponce Pilate, par Abdenour Bidar

REGARD. Le philosophe, spécialiste de l’islam et des évolutions contemporaines de la vie spirituelle, appelle à une inversion du rapport entre le pouvoir et le peuple, “infantilisé” par le système actuel.

L’ObsPublié le 09 octobre 2016 à 17h08

“Pour réenchanter la société, le pouvoir doit être animé par l’ambition d’encourager, d’alimenter la capacité à faire des citoyens.” Cette phrase prononcée il y a quelques années par le socialiste Michel Dinet, promoteur de la décentralisation, devrait nous interpeller de manière particulièrement urgente.

L’indifférence, la défiance et le rejet qui s’expriment à l’égard de la classe politique démontrent que nous avons depuis trop longtemps oublié de nous poser ensemble ce type de question. Comme si le rôle des politiques continuait d’aller de soi. Or justement non, il ne va plus du tout de soi. Et c’est bien là que le bât blesse.

La campagne qui s’ouvre ne nous fait que des propositions aussi classiques que dépassées : la publicité d’un “homme providentiel” qui “rassemble”, et la litanie de ses promesses menton levé. On reste ainsi dans le schéma qui précisément ne fonctionne plus : un pouvoir qui montre la voie, ou qui est censé le faire, et un peuple qui suit.

Une démocratie à la Ponce Pilate : nous confions la responsabilité des affaires publiques à des chefs puis nous nous en lavons les mains. Nous votons comme on se débarrasse, pour nous dessaisir de questions censées nous dépasser. Le gouvernement berger guide et garde le troupeau de ses administrés.

Un système infantilisant

Combien de temps encore va-t-on supporter de rester dans cette enfance de la démocratie ? Dans ce système infantilisant qui maintient le peuple sous tutelle, qui maintient, en le transférant sur le plan politique laïque, le modèle religieux d’une caste d’”élus” tout-puissants capables d’ouvrir devant tous les autres la mer Rouge de l’intérêt général ?

Si cela ne nous convient plus du tout, c’est que nous sommes prêts en réalité pour tout autre chose, qu’il faut bien appeler un renversement démocratique. Non pas une révolution mais l’inversion du rapport qui a prévalu jusqu’ici entre le pouvoir et le peuple.

SONDAGE. Comment les Français veulent rénover la démocratie

Cela voudrait dire d’abord qu’à la place de la question habituelle adressée aux candidats : “Qu’allez-vous faire pour nous ?”, nous leur en posions cette fois une toute nouvelle : “Qu’allez-vous nous donner les moyens de faire ?” Allez-vous enfin faire appel à notre initiative et à notre intelligence citoyenne ? Allez-vous enfin mettre votre action au service de la nôtre ?

A ces questions, il ne suffira pas de répondre “oui bien sûr, c’est justement l’originalité de ma candidature” – comme le feront les plus opportunistes.

Un authentique pouvoir citoyen

Cela requiert de décentraliser l’exercice de la responsabilité politique jusqu’à la faire exister au quotidien à l’échelle la plus locale pour la totalité de la population.

Cela implique notamment de repenser complètement la place du travail productif dans notre existence sociale : faire en sorte, comme le préconisait Hannah Arendt, que chacun reçoive un salaire décent pour un temps de travail largement diminué qui lui laisse le loisir actif de participer réellement à la vie publique au sein d’associations, d’instances de délibération collectives investies d’une vraie fonction de décision.

Présidentielle : ces mouvements citoyens qui veulent s’inviter en 2017

Avons-nous d’autre choix désormais que de réclamer ces conditions d’un authentique pouvoir citoyen ? Il n’y a plus aucune lumière qui vienne d’en haut : les programmes sont d’autant plus pléthoriques qu’ils sont vides de toute vision.

Voilà pourquoi nous tous, citoyens de tous bords, devons saisir l’opportunité de cette grande année politique pour revendiquer que soit complètement revu le contrat de l’élection. Plutôt que de nous en laver les mains une fois de plus, une fois de trop ?

Abdennour Bidar

 

Nouvelles communautés de communes XXL : la fin du développement local rural ?

Wesserling vue ciel
Par François Tacquard, président de la communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin (13 000 habitants et 15 communes). Directeur d’un bureau d’études en développement rural qui a accompagné la création et /ou le développement de plus de 100 communautés de communes rurales dans toute la France.

Partout en Europe, les petites communes se sont regroupées pour développer de nouveaux services. L’attachement à l’échelon communal en France a conduit à des regroupements intercommunaux, préservant ainsi l’échelon communal. L’évolution législative actuelle vient bousculer le bon exercice démocratique qui existait jusqu’alors.

Dans l’Europe de l’après-guerre, les habitants des campagnes ont souhaité bénéficier des services modernes, comme dans les villes : de l’eau potable, des services à l’enfance, de la culture, etc. Mais les petites communes rurales ne pouvaient y répondre. Aussi, presque partout en Europe, les États ont obligé les communes à fusionner en ensemble de 5 000 à 15 000 habitants. Sauf en France, où l’attachement des habitants à leurs petites communes rurales a bloqué les fusions. L’État a donc encouragé les regroupements intercommunaux, seuls aptes à créer ces nouveaux services. Les premiers syndicats de communes ont été créés dès les années 1950. Mais c’est surtout à partir des années 1980, avec la décentralisation, que des syndicats d’aménagement et de développement (devenus plus tard communautés de communes) ont organisé la vie locale. Ce mouvement, puissant, a été apprécié par les ruraux qui voyaient une chance pour le développement local. Il s’est organisé sur des espaces de taille restreinte, les bassins de vie ruraux, avec de 10 à 40 communes rassemblant de 5 000 à 20 000 habitants, polarisées en général autour d’un bourg-centre où se trouvent le collège et le supermarché. Les habitants, qui fréquentent les mêmes services communs, s’y reconnaissent.

Vivre et travailler au pays

Dans ces territoires de taille restreinte, le slogan « vivre et travailler au pays » a été mis en pratique par des élus militants et des groupes d’habitants engagés. Des centaines de projets économiques, sociaux et culturels ont été mis en œuvre et ont changé la vie des habitants. Tout cela avec une bonne démocratie territoriale, les petites communes ayant presque autant de voix que les grandes, ce qui obligeait à un très grand consensus. Les 22 régions de France, collectivités à part entière à partir de 1982, ont puissamment appuyé ce mouvement. Cette révolution des campagnes a commencé à s’affaiblir à partir des années 2000, avec l’affaiblissement du mouvement du “développement local” et une certaine technocratisation départementale et régionale.

Une évolution législative peu démocratique

Mais c’est surtout les lois récentes, portées à priori par de bons sentiments, qui vont dans le sens contraire d’une bonne organisation du milieu rural.
Pour favoriser théoriquement une meilleure démocratie représentative, il faut à présent que le nombre de délégués des communes corresponde à la taille de la population, ce qui déstructure la démocratie territoriale : 3 à 4 grandes communes sur 20 peuvent à elles seules prendre des décisions contre l’avis des autres. Le consensus n’est plus nécessaire : le clientélisme et les baronnies peuvent s’exprimer ! Et des portions de territoire n’ont plus droit à la parole.
Pour corriger la faible taille de certaines communautés de communes et parfois leur incohérence géographique, la loi oblige maintenant à faire des regroupements minimums de 15 000 habitants (5 000 habitants en zone de montagne). Ainsi, par exemple, une communauté de communes de 10 000 habitants en plaine, qui fonctionne bien et qui mutualise de plus en plus de services communaux, se voit obligée d’intégrer une grande communauté d’agglomération, où elle n’est qu’un « hinterland ».

Des regroupements « poids lourds » encombrants

Encore plus grave, dans certains secteurs, la commission départementale de coopération intercommunale a poussé à la création d’énormes communautés de communes rurales (XXL), rassemblant entre 80 et 120 communes pour dépasser les 50 000 habitants, avec le prétexte « d’avoir un poids dans la Grande Région ». Le pouvoir y sera probablement concentré aux mains de quelques « barons locaux » et les petites communes seront marginalisées. Il faudrait créer une nouvelle administration, coûteuse, pour gérer ces grands espaces. La mutualisation croissante des services communaux, constatée jusqu’à présent dans les communautés rurales, s’arrêtera : les communes seront réticentes à donner de nouvelles compétences à ces grands ensembles lointains. Et il faudra au contraire recréer des syndicats intercommunaux locaux pour gérer ce qui n’intéresse que quelques communes. Et l’investissement bénévole de nombreux élus sera découragé ! Quant aux habitants, ils ne se reconnaîtront plus dans ces très grands espaces.
Bref, tous les avantages de la révolution intercommunale rurale des années 1980 s’affaibliront. Et le spleen des campagnes continuera à s’accroître. Tout cela suite à de bonnes intentions qui méconnaissent les réalités locales. C’est désolant ! J’en appelle à un sursaut d’intelligence territoriale et à moyen terme de l’avenir du rural. Cela est encore possible. F.T. 15062016

Ne pas confondre bassin de vie rural et bassin d’emploi

Le bassin du vie rural est une réalité géographique évidente, dont l’abandon comme base des communautés rurales est une grande erreur. Les études de l’Insee le montrent bien, l’échelon moderne pour servir la population rurale est le bassin de vie rural, comprenant de 10 à 40 communes, polarisé autour d’un bourg centre ou d’une petite ville, où se trouvent en général un supermarché, un collège et d’autres services courants. C’est à cette échelle que, spontanément, se sont organisées la plupart des communautés communes. Les habitants s’y connaissent parce qu’ils fréquentent beaucoup d’équipements communs, comme l’école de musique, le gymnase, la médiathèque etc. Il y en a plus de 1 200 dans la France rurale, hors des grandes agglomérations. C’est le canton du 21e siècle. Le bassin d’emploi a une taille beaucoup plus grande. Il comprend de 60 à 150 communes, polarisées autour d’une ville moyenne, et offre des services structurants comme le lycée et l’hypermarché. La ville concentre beaucoup d’emplois et donc structure les déplacements domicile travail (et les besoins en transport). La création, à, partir de 1990, des syndicats de « Pays », rassemblant trois à six communautés de communes rurales, a tenté d’organiser cette deuxième échelle, très différente : les questions de transport, de formation et d’emploi, de promotion économique et d’aménagement du territoire (dont le Scot) y trouvent leur place évidente. Il y a 300 bassins d’emploi en France, hors de la région parisienne. C’est l’arrondissement du 21e siècle.
Il est vrai que les syndicats de « Pays » ont du mal à exister face à la dynamique forte des communautés de communes rurales, qui n’y délèguent que des compétences légères, comme, par exemple, le plan climat énergie. Mais organiser des communautés de communes rurales à une telle grande échelle, c’est abandonner la dimension de proximité des habitants qu’offre le bassin de vie rural.

Le nouveau zonage en bassins de vie de 2012 par Chantal Brutel, division Statistiques régionales, locales et urbaines et David Levy, pôle Analyse territoriale, Insee.

En France, les bassins de vie sont définis comme les plus petits territoires au sein desquels les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants. C’est dans ces contours que s’organise une grande partie du quotidien des habitants. En 2012, 1 666 bassins de vie structurent le territoire national, dont 1 287 sont qualifiés de ruraux au sens des critères adoptés par la Commission européenne. Les bassins de vie ruraux sont naturellement plus étendus et moins densément peuplés que les bassins de vie urbains ; les équipements y sont moins variés. C’est pourtant dans ces bassins que la population a le plus augmenté au cours de la dernière décennie.

La France a mis en œuvre (jusqu’il y a peu) une organisation originale du territoire rural.

Presque tous les pays d’Europe ont obligé leurs communes rurales à fusionner en des ensembles de taille suffisante pour développer des services modernes à la population. La France a choisi un modèle original qui a le mérite d’allier efficacité et « démocratie communale de proximité ». Les 32 000 communes rurales, animées par près de 500 000 conseillers municipaux, se sont groupées dans des communautés de communes, capable de développer des services nouveaux. La démocratie locale y est restée vive grâce à ce réseau d’élus locaux, mais également de citoyens militants qui trouvent un appui à leurs projets dans les communautés de communes, dotées d’une bonne puissance technique et financière. Les agents de développement animent le territoire, riche acteurs voulant « vivre et travailler au pays », très nombreux à partir des années 1980. Incitées par des mécanismes financiers (le fameux CIF, coefficient d’intégration fiscale), les communes ont progressivement transféré des compétences techniques aux communautés, ce qui a permis de rationaliser une partie des services locaux. Certes, le mouvement est aujourd’hui inachevé puisque des compétences importantes et coûteuses, comme la voirie et l’école primaire, restent souvent communales. Comme le rappelle chaque année la Cour des Comptes, il faut continuer à rationaliser l’action publique locale pour éviter les surcoûts importants constatés aujourd’hui. De mon point de vue, il faudrait aller au bout de la logique en confiant à la communauté de communes la gestion de l’ensemble des services locaux, tout en préservant le rôle du maire et de ses conseillers dans l’animation du tissu local, ce qu’ils font très bien.
La création de très grandes communautés de communes rurales XXL va à l’encontre ce mouvement. Les maires ne souhaiteront plus donner de nouvelles compétences à des énormes structures lointaines, gérées par une technocratie puissante. Au contraire, la tentation sera forte de préserver dans son pré carré le maximum de compétences. Il faudra créer de nouveaux SIVU pour gérer les problèmes locaux. Et l’investissement personnel de nombreux élus ruraux, source d’économies observées dans les communautés de taille raisonnable, sera inhibé dans ces grands ensembles.

Les premières communautés de communes rurales ont mis en place un modèle de gouvernance « horizontale», favorisant les initiatives de développement local. Ce modèle est aujourd’hui en cours de disparition.

Les lois de 1992 et de 1999, incitant à la création des communautés de communes, ont laissé beaucoup de liberté aux territoires pour leur organisation politique, avec en particulier une grande marge quant au choix du nombre de délégués des communes. Pour rassurer les petites communes, la plupart des communautés ont fondé des « pactes de gouvernement » très « horizontaux » : les grandes communes avaient à peine quelques délégués de plus que les petites, ce qui obligeait à un consensus pour toutes les décisions. Chaque maire était représenté au Bureau où se pratiquait une grande concertation. Le président n’était que le premier parmi ses pairs. Souvent, les conseils municipaux envoyaient à la communauté de communes des délégués innovants (et même remuants), motivés par les projets intercommunaux, qui avaient donc une position d’influence. Ces derniers ont favorisé de nombreux projets de développement local, en général en collaboration avec des groupes de « citoyens amis », eux-mêmes imprégnés de la culture du « vivre et travailler au pays », très présente dans les années 1970/1980. C’est ainsi qu’ont été créés des services à l’enfance, des projets d’agriculture de circuits courts, des espaces culturels, etc. La campagne s’est mise à bouger !
Ce modèle vertueux est en train de disparaître aujourd’hui, au nom de la démocratie représentative et d’une augmentation déraisonnable de la taille de certaines communautés. La loi oblige à présent à prévoir un nombre de délégués presque proportionnel à la population de chaque commune. Les grandes communes qui peuvent avoir jusqu’à 10 fois plus de délégués que les petites communes, qui n’en n’ont plus qu’un seul, le maire, désigné automatiquement. Les petites baronnies en sont favorisées puisque quelques grandes communes peuvent prendre le pouvoir à elle seules ! Et les délégués innovants disparaissent du circuit ! Dans les très grandes communautés de communes rurales, la nécessaire technocratie se trouve bien loin des citoyens porteurs de projet. Eux-mêmes ne reconnaissent plus comme proches ces institutions. C’est la fin du développement local, pourtant jamais aussi nécessaire dans les campagnes qui ont souvent le spleen, faute d’un avenir lisible. La crise grave que vivent les paysans gestionnaires de l’espace rural, mais également les postures de plus en plus juridiques et technocratiques des institutions supérieures, amplifient le désarroi. Et finit d’achever le développement local./h5>

Et si l’on sauvait le département pour de bonnes raisons ?

L’on sent plus fortement depuis le 11 janvier 2015 que notre modèle républicain, notre « vivre-ensemble » est fragile, largement illusoire dans certains territoires de la République, que le communautarisme nous guette et qu’il est plus que temps d’agir, de réagir, avant qu’il ne soit trop tard.

France, départements.

France, départements.

Les recettes ne sont pas simples à trouver. Le Premier Ministre se perd dans des formules à l’emporte-pièce, et ses concurrents de tous bords ne sont pas en reste. L’on soupçonne pourtant que cela passe par de la proximité, par de féconds partenariats avec la société civile, par de la différenciation, de l’expérimentation, l’on serait presque tenté de dire de la dentelle.

Et si c’était là la seule vraie raison de sauver les départements, plus précisément les conseils départementaux, que Manuel Valls dans son discours de politique générale euthanasiait en douceur et que la loi Notre, en cours de discussion au Parlement, dévitalise.

Parions fortement, pleinement sur des départements garants de la cohésion sociale, hérauts de la République se remémorant qu’elle se doit de mettre en œuvre la liberté, l’égalité et la fraternité.

Des départements pleinement sociaux, chargés, en lien avec le ministère de l’Intérieur, de surveiller l’exercice des cultes, missionnés par toutes les collectivités pour œuvrer à la prévention de la délinquance, travaillant à la sécurité publique, en lieu et place d’improbables polices municipales.

Des départements fièrement acteurs de la justice de proximité, de la médiation, de l’intégration des personnes en situation de handicap. Bref, l’échelon territorial de mise en œuvre différenciée des seules politiques régaliennes de l’État.

Alors oui, il faudra sauver les conseils départementaux, pas simplement pour complaire aux radicaux de gauche. Alors oui, il faudra contraindre les départements d’arrêter le tourisme, les transports inter-urbains, les collèges et autres ingénieries publiques.

Plutôt que de se battre pour survivre, en faisant un peu tout et parfois n’importe quoi, sans réels moyens d’agir, si les départementalistes prenaient pleinement au sérieux la plus grande des missions que les français leur demandent : nous rassembler, nous ressembler.

Comme disait Michel Dinet, militant du département de Meurthe et Moselle

« la responsabilité tant des élus que des cadres des collectivités territoriales consiste tout autant à construire et piloter des politiques publiques répondant aux défis sociaux contemporains que de veiller, à travers la manière même dont celles-ci sont mises en œuvre, à reconstituer des liens de confiance pour tisser un vivre ensemble fraternel et solidaire. »

Or des départements taillent aujourd’hui dans les budgets de prévention de la délinquance, de protection de l’enfance ou d’insertion. Ils courent le risque de démontrer ainsi leur inanité.

Si l’on élève le social au rang des priorités de la Nation, cela justifie de sauver les conseils départementaux, d’aller voter les 22 et 29 mars et d’éviter que les séides de la droite nationaliste en prennent les commandes.

 Olivier Dulucq, administrateur de l’Unadel