1- Agir pour la dignité de la personne (Un aspect humaniste)

Le développement local assure le passage de l’individu isolé, soumis aux décisions venues de l’extérieur, à la personne active, construisant avec d’autres son avenir. 

Le développement local a l’ambition de rendre à la personne sa dignité.

2- L’éducation populaire pour former des citoyens et des citoyennes. (Un aspect pédagogique)

Cet engagement de l’individuel vers le collectif n’est pas évident, n’est pas inné. Il nécessite un entraînement. On ne naît pas citoyen-développeur. On le devient par l’entraînement des autres, par des actions de « formation-développement », par l’expérience militante. Les méthodes sont directement héritées, en France, de l’éducation populaire et du « personnalisme ».

3- S’organiser autour des communs. (Un aspect communautaire)

L’action en « groupes » de personnes liées par une même cause, territorialisée ou non, fondent l’intervention collective de la « société civile ».

Faire communauté ne signifie pas la promotion du communautarisme, car les communautés locales savent bien qu’elles sont inévitablement reliées aux autres communautés et que l’autarcie est impossible dans un monde hyperconnecté. 

4- Organiser la coopération des acteurs autour du tryptique élus, citoyens, techniciens. (Un aspect politique)

Il ne faut jamais oublier que nous sommes dans un pays qui se centralise depuis dix siècles, avec un mouvement continu qui culmine avec la monarchie absolue et de jacobinisme républicain. Le développement local souhaite passer d’un « mouvement descendant », de Paris vers la France d’en-bas, du centre vers les périphéries, à un mouvement « ascendant » du bas vers le haut, avec l’affirmation de l’autonomie locale, la désuniformisation et le droit à la différence, l’initiative locale, l’application entière du principe de subsidiarité ascendante.

Le développement local cherche à construire des tryptiques dynamiques et apaisés entre élus, techniciens et citoyens. Il faut travailler à l’amélioration et à l’extension de cette « culture de la co-construction », à la généralisation de ces « conduites coopératives ». L’ingénierie d’animation et de construction de débats participatifs est plus que jamais nécessaire à l’élaboration de projets de territoires coopératifs. 

5- Développer le pouvoir d’agir (Un aspect autogestionnaire)

Le développement local refuse les modèles standardisés imposés d’en haut, dans l’uniformité de la normalisation et de la pensée unique. Il pense que chaque société locale, chaque groupe humain doit conserver le pouvoir de construire le cadre qui lui semble convenir à ses désirs, à ses spécificités, à sa culture, à ses traditions, aux visions de son devenir… Il en découle un droit à l’auto-organisation, à l’autogestion. 

6- Réduire les inégalités (un aspect égalitariste)

Le système dominant, dans lequel le pouvoir économique a mis en tutelle le pouvoir politique, aboutit partout dans le monde à une accentuation des inégalités : inégalités sociales et inégalités territoriales. Le développement local prétend animer les solidarités réductrices des écarts. Il montre, par ailleurs, que la mesure des richesses n’est pas que matérielle, monétaire, mais qu’elle repose aussi sur la qualité de vie, sur des facteurs variés qui constituent « le bonheur humain ».

Le développement doit être fortement distingué de la croissance, surtout quand celle-ci est dominée par la pensée capitaliste ultra-libérale. Le développement local n’a rien à voir avec le monde des richesses matérielles accumulées par quelques uns, tandis que le nombre de pauvres augmente. 

7 – Penser le temps long et l’intérêt général. (Un aspect prospectif)

Le développement local introduit un nouveau rapport au temps. La méthodologie de projet tourne nécessairement ses acteurs vers l’avenir de moyen et long terme. Le but est clairement désigné. Ce temps long des citoyens n’est pas celui, beaucoup plus court, des politiques et échéances électorales. Les réalisations de court terme qui sont aussi exigées par les citoyens, prennent tout leur sens quand elles sont replacées dans cette perspective plus éloignée. Chacun a besoin d’un « récit » traçant une ligne entre le passé et le futur, pour se mobiliser.

8- Agir dans un cadre territorial optimal. (un aspect territorial)

La notion de territoire est aussi difficile à définir que la notion de développement. Pourtant le territoire est reconnu comme élement constitutif par tous les acteurs qui se réclament du développement local. Le territoire rassemble tous ceux qui partagent un même diagnostic sur la situation existante, qui ont la même volonté de travailler à la construction, à la gestion, à la réalisation d’un « projet de territoire ». Le mouvement des pays a suggéré une définition pragmatique : « le périmètre du territoire est déterminé par les acteurs eux-mêmes qui se sentent un destin commun et qui sont capables de travailler ensemble dans la durée, au-delà des clivages administratifs (« l’esprit de clocher »), sectoriels et corporatifs et des failles politiques habituelles ». C’est en quoi le territoire est un espace « éminemment politique ». 

9- Commencer par ce qui est le plus proche (un aspect local)

Le mot « local » est aussi ambigu que le mot « territoire ». Il est d’abord défini par opposition au centre. C’est dans ce sens que l’on parle de « collectivités locales », ou de « collectivités territoriales ». 

Dans une période plus récente, on a eu tendance à assimiler le local à « la proximité » et à chanter les louanges de cette dernière, lieu de l’interconnaissance des personnes, des équipements et des services « de voisinage » les mieux adaptés à la demande sociale, lieu de la meilleure mobilisation de la solidarité, lieu de vie d’une communauté vivante…

Le « local » est porteur de différenciations si l’on repère et si l’on respecte les spécificités « locales », les particularismes « locaux ». La décentralisation culturelle à laquelle le mouvement du développement local a largement contribué, a précédé la décentralisation politique et administrative. La restauration et la mise en valeur des patrimoines » locaux », la mise en écriture des mémoires « locales », les musées des arts et traditions populaires sont autant d’actions qui ont été menées par les acteurs du développement local.

Le local qui est une richesse conduit assez souvent au « localisme » qui est une faiblesse. La culture locale peut se réduire au « folklore » qui constitue une régression culturelle s’il ne reste pas vivant. L’enfermement dans le « local » est un véritable danger. Le notable aussi est « local »; le féodalisme aussi est « local ».

Seuls les efforts de mise en réseau peuvent briser les barrières et ouvrir le développement local sur l’extérieur.