La Déclaration de Marseille

L’Université d’été du développement local s’est achevée vendredi 14 septembre par une déclaration commune, appelée “Déclaration de Marseille”, découvrez la ci-dessous.

Préambule :

Le 23 juin 1792, sous l’impulsion de François Mireur, le bataillon des Marseillais, parti de la rue Thubaneau, a entamé la traversé de la France pour rejoindre Paris en transformant le chant de guerre pour l’armée du Rhin en Marseillaise.

220 ans plus tard :

Le 14 septembre 2012, sous l’impulsion de l’UNADEL, réunis au Pharo de Marseille, les acteurs du développement local, venus de France entière, portent la déclaration suivante aux princes qui nous gouvernent dans nos villes et dans nos campagnes.

300 acteurs du développement local, venus de tous les horizons et de tous les territoires, réunis à Marseille dans le cadre de la 3° université d’été du développement local organisée par l’UNADEL, l’ARDL, et le Conseil de Développement de la Communauté Urbaine Marseille- Provence- Métropole ont partagé la même analyse d’une situation économique et sociale en France et en Europe trop dégradée pour pouvoir attendre une reprise incertaine. En prenant acte de la fin probable d’un système, ils ont exploré la voie d’une autre économie à laquelle ils sont profondément attachés depuis longtemps, bien avant les errements de notre temps, en donnant un contenu pratique à leurs convictions.

Ces acteurs estiment qu’une autre façon de faire de l’économie est dans la capacité reconnue aux territoires de pouvoir exercer un pouvoir économique. Le mot est large mais l‘ambition est forte. Il ne s’agit évidemment pas de s’affranchir de la mondialisation ni de remettre en cause tous les acquis de l’Etat Providence mais bien de proposer un changement de sens. Le territoire est un lieu de vie. Il peut se décliner de différentes façons. Il se définit par la capacité de ses acteurs à savoir mobiliser toutes les ressources locales tout en s’ouvrant à celles du monde. Toute société est inscrite dans un territoire qui lui donne sens.

Les acteurs du développement local, réunis à Marseille, estiment que le territoire n’est pas un lieu mais un milieu et voient dans ses potentialités des opportunités de développement encore mal exploitées. L’analyse économique met en évidence les recompositions territoriales à l’œuvre qui remettent en cause les oppositions classiques entre le monde urbain et le milieu rural. La métropolisation, la péri–urbanisation, le renouveau des espaces ruraux, l’attention apportée à l’économie résidentielle, les séparations entre lieux de vie et lieux de travail traduisent aussi le comportement des entreprises dans leur choix de localisation et des ménages dans leur mode de vie. L’idée d’un modèle unique s’éloigne pour créer les conditions d’un développement ancré sur des espaces vécus. Le territoire devient alors celui où la politique s’invente, le pouvoir économique s’exerce, la mobilisation citoyenne s’affirme. Chacun, au croisement de ses ressources endogènes et exogènes, de sa culture, de son histoire et de sa géographie, doit pouvoir construire son propre projet. Les collectivités territoriales, les E.P.C.I. les pays, les parcs naturels régionaux ne se moulent pas dans le même modèle et valorisent leurs avantages comparatifs spécifiques. Leurs ressources économiques et environnementales, leur attractivité, la dynamique de leurs acteurs, l’implication de leurs entreprises et de leurs habitants, leur capacité à dialoguer, à construire du lien, à coopérer, à se faire confiance conditionnent leur développement.

Les acteurs du développement local estiment que le renforcement de l’ancrage local de l’économie est d’une urgente nécessité. Face à la crise économique et écologique, ils constatent que de nouvelles approches émergent et en ont débattus : l’économie circulaire, qui consiste à faire des déchets des uns les ressources des autres, et à concevoir ensemble le cycle de production et le cycle de vie des produits ; ou l’économie de la fonctionnalité et des services qui consiste à ne plus privilégier la vente de biens, mais plutôt leurs usages et leurs fonctions, en imaginant une offre globale de solutions articulant produits et services ou encore l’économie résidentielle qui ne saurait être dissociée de l’économie productive

Dans le cadre des 9 ateliers et des visites de terrain qui leur ont été proposés à Marseille, Aix-en-Provence, Aubagne, la Ciotat, Arles, Forcalquier, les acteurs du développement territorial ont pu décliner les modalités d’exercice du pouvoir économique local à différents niveaux et dans divers milieux : métropolisation, districts industriels, initiatives sociales et solidaires, économie verte, renouveau des espaces ruraux…dans un contexte de mutations que l’on peut retrouver partout en France. Les résultats observés dans la mise en œuvre du pouvoir économique dans les territoires de Provence ont convaincu les participants du réalisme de leur ambition.

Les acteurs du développement local ont revendiqué la nécessaire construction d’une culture commune de la diversité des territoires en sortant d’une pensée unique et de visions partielles par l’organisation et l’animation d’espaces ouverts de rencontres, d’échanges et de débats.

Ils ont partagé la conviction de la complexité des territoires et des outils à mettre en place pour les comprendre dans toutes leurs dimensions, compte tenu de la diversité des entreprises et du pluralisme des acteurs.

Ils ont estimé indispensable l’ouverture des espaces de décision aux citoyens, en sortant du monopole de la légitimité représentative pour mettre les relations de pouvoir au service de l’intérêt général.

Par conséquent, les acteurs du développement local demandent aux pouvoirs publics de faciliter ces approches en libérant toutes les initiatives des territoires par un cadre législatif adapté Les Régions doivent pouvoir, par des schémas prospectifs à caractère prescriptifs, exercer un véritable pouvoir économique et intervenir plus largement et plus facilement auprès des entreprises. Les Conseils Généraux, les E.P.C.I., les pays et les parcs naturels régionaux seront leurs partenaires contractuels naturels comme, à un autre niveau, l’Etat et l’Union Européenne dans une démarche construite sur la convention et le projet. La mise en réseau de ces territoires d’initiatives permettra de mutualiser des procédures, de valoriser les réalisations exemplaires et de tracer le cadre de nouvelles politiques économiques adaptées aux ressources et aux problématiques locales de notre temps.

Réunis à Marseille, les acteurs du développement local s’estiment porteurs d’un devoir d’invention.

Marseille, le 14 septembre 2012