Les éditos de Claude Grivel

Publié le 14 décembre 2022 | dans Documentation, Editos, Solidarité, éducation populaire et cohésion sociale | par webadmin

Humilité et fierté

Le Monde géopolitique est sur un volcan. La guerre en Europe, la révolte des femmes en Iran, le ras le bol des chinois qui se rebellent, l’insécurité et l’instabilité en Afrique et au Moyen-Orient, le foot au Qatar, les valises de billets à Bruxelles, la classe politique secouée par le 49-3, les risque de coupure d’électricité, les prix qui s’envolent, les territoires qui se désolent et toujours pas plus de solutions pour les plus pauvres, de contributions à la cause commune pour les plus riches, de mesures d’humanité pour l’accueil dans la dignité de ceux qui subissent l’exil et le besoin d’ailleurs …

Mais la France est passée de la honte à la fierté partagée, puisque rassemblée derrière son équipe de foot qualifiée. On va donc pouvoir aborder avec soulagement la période des fêtes, avec la magie de Noël retrouvée au coin du feu et la chaleur des liens familiaux resserrés autour du sapin.

Pour l’Unadel, l’année qui se termine a été celle de nos 30 ans. Elle a été à l’image d’une histoire faite de grandes ambitions, confrontées à la réalité de la faiblesse des moyens. Et pourtant une publication récente, bien relayée dans différents réseaux, nous a permis de valoriser le concept d’écoutes territoriales et surtout les enseignements que nous en tirons au fil des années de pratiques et d’élargissement des équipes volontaires pour aller à la rencontre des acteurs locaux, de ceux qui agissent dans la discrétion et dans les territoires, de ceux qui y construisent des coopérations capables d’engager les transformations dont ils ont besoin pour relever les défis démographiques, économiques, écologiques, numériques et culturels qui s’imposent avec l’exigence d’un changement de paradigme et de modèles sociétaux.   

Et pourtant le concept d’ingénierie d’animation de l’écosystème territorial par l’approche globale, systémique et coopérative fait son chemin. il est repris par la Fabrique des transitions et de nombreux cabinets consultants qui agissent auprès des collectivités ou conseillent les cabinets ministériels. 

Après nos travaux sur la décentralisation et le fait intercommunal, sur les conseils de développement et la démocratie, sur la gouvernance des territoires et l’enrichissement des pratiques dès lors qu’il y a fertilisation croisée entre démocratie d’implication et démocratie de représentation, nous ne pouvons que nous réjouir de voir nos idées reprises et nos expériences valorisées. L’appropriation par d’autres nous réjouit. Pour autant rien n’est jamais gagné. Pour preuve les combats ô combien nécessaires, menés avec le Pacte du pouvoir de vivre pour que la planification écologique n’écrase pas les plus pauvres et que l’effort demandé soit d’abord à ceux, bien moins nombreux, qui peuvent partager bien davantage. Il y va d’une éthique en politique et d’un modèle de société qu’il nous faudra bien construire plus solidaire et moins inégalitaire. 

Pour preuve encore, nous mesurons toujours combien les moyens de fonctionnement des associations et des réseaux comme le nôtre sont insuffisants. Or ils sont tellement utiles pour resserrer les liens sociaux, construire et faciliter les espaces de dialogue, promouvoir le faire ensemble pour mieux vivre ensemble tout en aidant à réorienter les politiques publiques nationales et locales pour plus de cohérence avec les enjeux d’aujourd’hui  stimuler les pratiques  animer les dynamiques locales.

Tout ce que nous portons comme valeurs et comme ambition donne du sens à l’action. Nous ne sommes pas des experts de la communication et des coups médiatiques. Nous n’avons pas de siège social au Luxembourg ni de filiales dans les paradis fiscaux. Nous nous contentons de peu, mais un peu plus ne nuirait pas. Car à faire beaucoup avec trop peu, on finira par disparaître. En effet, nous n’avons pas les moyens de chercher des financements ni le temps de faire le tour des cabinets ministériels ni de monter des dossiers tout en étant sur le terrain, dans les territoires avec les acteurs locaux, dans les réseaux de réflexion et d’analyse avec les chercheurs, les universitaires, les associations d’élus, dans les alliances pour agir et peser plus et mieux avec les partenaires sociaux, les centres de formation, les conseils de développement, les associations de la solidarité, de la culture et/ou de l’éducation populaire, les réseaux d’acteurs en régions, etc…  

L’année 2023 sera donc une année charnière et nous aurons des choix à faire très vite pour pouvoir envisager plus sereinement les 30 prochaines années de l’Unadel. Bien sûr si ces lignes trouvent écho auprès de fondations ou de sponsors, nous leur souhaiterons bon accueil pour faire un bout de chemin commun. Et je m’adresse à vous les adhérents pour que puissiez renouveler rapidement votre adhésion pour 2023. Ceux qui ne le sont pas encore pourront nous rejoindre via Hello asso. Nous acceptons les adhésions individuelles et celles de personnes morales, collectivités, association, tiers lieux, conseils de développement, labo de recherche, etc … notre seule richesse, c’est vous !

Merci aux salariés et aux administrateurs de l’Unadel

Je veux remercier et saluer ici les 3 salariés de l’Unadel (2,7 ETP) et notre vacataire comptable  qui ne ménagent pas leur peine tout en travaillant le plus souvent à distance et par écran interposé. Valérian, avec nous depuis 5 ans, nous quitte à la fin de l’année pour se réinvestir plus dans sa région et se reposer un peu… Je sais ce que l’Unadel lui doit. Il a permis d’améliorer notre communication et surtout il a été en charge de coordonner les écoutes territoriales, d’en assurer le suivi, de recruter les intervenants bénévoles, salariés et experts, tout en facilitant les travaux de synthèse réalisés par Laurence Barthe, universitaire et administratrice de l’Unadel et du réseau régional en Occitanie (TCO). 

Les qualités humaines de Valérian, son sens de l’engagement, sa jeunesse, sa bienveillance, son expression et ses interpellations, trop rares mais tellement précieuses, ont contribué à faire de l’Unadel un territoire commun à ses administrateurs, ses salariés, ses experts associés et peut-être aussi ses adhérents. Dans les prochains mois, Rémi assurera le pilotage des dossiers qui incombaient à Valérian en sus de ses fonctions de délégué national. Avec  Philippe et les administrateurs, il veillera à renforcer l’interactivité entre les écoutes et l’ingénierie Merci Valérian, merci à toute l’équipe technique que nous espérons pouvoir renforcer au plus vite.

Je ne voudrais pas oublier de remercier également les administrateurs de l’Unadel pour leur fidélité, leur engagement, leur coups de gueule parfois, leur impatience à ce que nous fassions plus et mieux souvent. Je remercie les plus jeunes en particulier qui attendent du renfort du côté des générations actives et en devenir pour nous aider à nous transformer et à laisser la place. Quant aux autres, les toujours jeunes depuis plus longtemps, leur fidélité et leur exigence  suscitent mon admiration et ma gratitude. Les administrateurs de l’Unadel cumulent de nombreuses années d’engagement dans le développement local et restent toujours motivés, solidaires et attachés aux méthodes, aux objectifs partagés. Ils souhaitent enrichir notre projet associatif commun tout en faisant place aux idées et suggestions nouvelles. Avec tous, nous avons engagés depuis plusieurs mois un travail de refondation pour pouvoir continuer à agir sans subir tout en permettant les transitions, les changements de cap, l’adaptation aux moyens réels ou la recherche de nouveaux moyens, pour construire ensemble l’avenir de l’Unadel. 

Nous exploiterons dans les semaines à venir les nombreuses contributions rassemblées, y compris auprès de nos partenaires et alliés, ainsi que les  travaux réalisés avec plus d’une vingtaine d’administrateurs et les salariés réunis en séminaire de travail il y a quelques jours pendant 3 demi journées. 

La motivation reste intacte, la dynamique aussi. n’hésitez pas à nous donner votre avis, à adhérer et pourquoi pas à candidater pour participer aux ateliers de travail ou aux instances d’animation de l’association. Cet appel s’adresse en priorité aux moins de 65 ans, aux femmes et aux jeunes,sans ségrégation aucune. Il y a des rééquilibrages nécessaires  pour garantir les transmissions, assurer le renouvellement et construire la suite d’une belle aventure  humaine née avec Michel Dinet, poursuivie avec Eric Andrieu et Hélène Schwartz et tous les autres. « Nous partîmes 300, mais par un prompt renfort, nous nous vîmes 3000 en arrivant au port».

Merci aux réseaux régionaux, aux alliés, aux acteurs de la rentrée et des journées du développement local  

Nous sommes fiers de maintenir le cap et la petite musique du développement local, du développement social, du développement durable, de l’éducation populaire, de la coconstruction des solutions, de la promotion de l’engagement pour soutenir et alimenter le pouvoir d’agir de chacun et du collectif pour ne pas subir.

Nous sommes sensibles à la participation active aux jeudis du développement local. Nous organisons le trentième en ce mois de décembre. Les liens avec d’autres réseaux nous ont permis de planifier une dizaine d’évènements pour la rentrée du développement local et l’opération devrait être reconduite. La publication de la synthèse des écoutes territoriales  a aussi permis d’enrichir les traditionnelles journées des territoires, dont nous retiendrons tout particulièrement les analyses pertinentes et croisées de Laurence Barthe et de Pierre Antoine Landel, les témoignages d’Amandine Lebreton, porte-parole du pacte du pouvoir de vivre et l’interpellation de Diego Landivar qui nous propose de ne pas être timide et complaisant face aux enjeux climatiques : il faut bifurquer, c’est à dire changer vraiment d’usages, de mode de production, de modèles économiques. C’est à une vraie révolution culturelle qu’il nous invite si nous voulons vraiment atteindre les objectifs fixés par les accords internationaux et les conférences pour le climat. Le mot transition est désormais utilisé par tous au risque de ne plus rien vouloir dire. Les résistances au changement sont tenaces… mais sont-elles plus grandes dans les territoires ou dans les centres de décision des grands groupes du Cac 40 et des places boursières ?

 Une nouvelle gouvernance à l’ANCT et un nouvel agenda rural en 2023

Saluons l’arrivée à la direction générale de l’ANCT (agence nationale de la cohésion des territoires) de Stanislas Bourron et à la présidence du conseil d’administration de Christophe Bouillon. Nous leur souhaitons la bienvenue dans leurs nouvelles missions et aspirons à pouvoir poursuivre en confiance le partenariat engagé avec les services de l’ANCT depuis de nombreuses années. Merci aussi à Michel Fournier qui reste vice-président après avoir assuré l’intérim à la tête du CA de l’ANCT. Il avait tenu à nous apporter son soutien lors des journées des territoires parce qu’il connaît notre action depuis longtemps. Il représente aussi les maires ruraux au parlement rural qui a tenu récemment une nouvelle session en présence de Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion territoriale et Dominique Faure, d’abord secrétaire d’état à la ruralité, devenue depuis ministre déléguée aux collectivités territoriales et à la ruralité. Elle nous a associés à plusieurs des groupes de travail mis en place en cette fin d’année pour préparer un nouvel agenda rural dont elle souhaite qu’il soit plus ramassé. L’Unadel a pu formuler plusieurs propositions, notamment concernant l’ingénierie, son financement et les besoins d’interaction entre ingénierie d’Etat et ingénierie locale, l’abandon souhaitable des appels à projet et l’animation des coopérations dans les territoires locaux sans tutelle de l’Etat déconcentré, mais dans un esprit de coconstruction entre acteurs agissant dans les territoires ? Nous avons également défendu avec d’autres l’idée qu’il faut des moyens pour animer le travail en réseau entre acteurs et entre territoires et pour inciter au débat public et à la participation de la société civile aux politiques publiques. 

Concrètement et à court terme nous avons obtenu qu’on ne parle plus, dans ces travaux préparatoires aux propositions qui seront soumises à la ministre puis au conseil des ministres, de l’attractivité des territoires mais plutôt de leur vitalité. On annonce des moyens dans la plan vert. Qu’en sera-t-il vraiment ?

A suivre donc, tout comme la proposition faite avec les Maisons familiales rurales, le MRJC et la fédération nationale des foyers ruraux de rassembler nos commissions au sein du parlement rural pour faire davantage converger nos propositions sur le développement local, la formation, l’engagement des jeunes, la démocratie et l’éducation populaire.

Nous avons aussi été associés à un groupe de travail lié à la délégation interministérielle à la lutte contre la pauvreté dans le cadre du Pacte de la solidarité lancé par la 1ère ministre et vous pourrez lire en pièce jointe le communiqué de presse élaboré par la groupe de coordination du Pacte du Pouvoir de Vivre pour interpeller le président de la République sur la méthode et les objectifs du Conseil national de la Refondation.

Les 200 inscrits au jeudi du développement local de ce matin (consacré à la mise en récit et organisé en partenariat avec le CNFPT) avec plus de 120 participants sur toute la séquence, démontrent, s’il en était besoin, que le travail en réseau offre de multiples possibilités d’enrichissement par l’expérience et les savoirs partagés. 

Vous pourrez retrouver les enregistrements des jeudis ou les recensions sur le site de l’Unadel ainsi que les vidéos faites lors des journées des territoires. C’est cadeau, tout comme ce message bien trop long, j’en conviens et ne m’en excuse pas vraiment ! 

Joyeuses fêtes à toutes et à tous et à l’année prochaine pour faire une force de nos faiblesses et continuer à donner envie.

Claude Grivel- jeudi 15 décembre 2022

Les transitions en commun : transmettre, imaginer, choisir… vers quelle direction nouvelle?

Journées des territoires 2022

Depuis 30 ans, l’Unadel participe à la mise en lien des acteurs des territoires, à la valorisation des initiatives locales et au partage des expériences. Les journées annuelles des territoires constituent une vraie opportunité d’échanges et de réflexions croisées qui rassemblent, donnent un éclairage et proposent une vision sur les problématiques actuelles et futures. Cela a encore été le cas cette année grâce à la richesse de la contribution de tous et à une participation de qualité.

La prise de conscience des dérèglements de notre planète s’est accentuée avec la crise sanitaire, les inondations, la sécheresse et les incendies. Jamais la problématique du risque lié à nos modes de vie et à notre modèle économique n’a été autant révélée. C’est  le devenir de la planète et de l’humanité, qui est posé et Bruno Latour n’est plus là pour nous aider à le construire. 

Quel futur pour le vivant dans une économie mondiale dont les profits sont confisqués par les fonds de pension, les consortiums boursiers, les grands groupes bancaires et quelques héritiers des plus grandes fortunes ? Celles-ci, nous le savons bien, ont souvent pour origine l’exploitation des populations et des matières premières des territoires les plus peuplés et socialement les plus pauvres. Ces pays sont gouvernés par des régimes que l’on peut difficilement qualifiés de démocratie, qui utilisent la terreur pour asseoir une pseudo autorité, en réalité assurée en sous-main par des multinationales qui contrôlent un sous-sol regorgeant de métaux aussi précieux que rares… Ces métaux sans lesquels nos téléphones portables, nos voitures électriques… ne pourraient pas fonctionner.

Certes la Pandémie et le réchauffement climatique ont accéléré les prises de conscience individuelles et collectives, bien plus que les images des documentaires sur la terreur qui règne en République Démocratique du Congo. 

Pour autant cela ne débouche pas vraiment sur une action publique de rupture et d’envergure.  Toute velléité d’aller dans  ce sens se heurte au poids et à l’influence de lobby puissants et d’une économie néolibérale qui a pris le pas sur le politique.

Les beaux discours et les bonnes intentions ne parviennent plus à convaincre parce que les actes ne suivent pas. La non-participation aux échéances électorales devient majoritaire, notamment dans les territoires les plus éloignés, les moins peuplés, les plus vieillissants, les plus désertés par les services et les moins fournis en emplois qualifiés et valorisants. 

Aux risques géopolitiques, climatiques et économiques s’ajoute donc un risque démocratique et une nouvelle crise de l’engagement qui va de pair avec celle de la perte progressive des repères communs et  du sentiment d’appartenance à la communauté. 

A quoi sert le partage de valeurs communes quand le modèle idéalisé donne plus d’importance aux biens qu’aux liens ?

Il y a pourtant un vrai besoin de plus de justice et une nécessité d’améliorer les moyens d’existence d’une majorité de nos concitoyens qui pourrait ne pas  être toujours silencieuse.

Vivre dans la dignité doit être un droit pour tous. Cela ne se réduit pas au pouvoir d’achat mais aussi et surtout au pouvoir de vivre et d’agir, de donner son avis, d’être reconnu comme une ressource pouvant apporter sa contribution à l’œuvre collective, celle qui consiste à faire société. 

Osons le dire : le problème n’est pas le pouvoir d’achat des plus pauvres mais bien celui des plus riches : celui qui consiste à vendre des produits dont on n’a pas vraiment besoin en organisant le marché ou à normaliser l’acquisition de biens de confort qui contribuent à la déforestation de la planète,  au pillage des métaux lourds, au recours massif aux énergies fossiles, à la main d’œuvre sous-payée, au travail des enfants, à la concentration des industries polluantes dans les pays les plus pauvres, à la délocalisation des entreprises de production pour réduire les coûts de main-d’œuvre, tout en augmentant le coût écologique sans le comptabiliser dans le prix de revient des produits…  

La perte de valeurs communes va donc de pair avec une inégale répartition de la valeur monétaire qui contribue à la perte de bon sens, de sens commun et de sens réel à la vie et à l’engagement personnel, familial et professionnel.

Les nouvelles formes de travail et de son organisation avec une dépendance plus forte au numérique et donc aussi aussi aux énergies et matières premières fossiles, renforcent les accommodements individuels dans certains métiers, le plus souvent tertiaires. Elles conduisent progressivement à un décloisonnement des sphères publiques et privées, personnelles et professionnelles. 

Quel sens cela a-t-il pour l’individu, pour la société à court et à long terme ? Quel lien est-il encore possible de faire entre son travail et son utilité sociale, écologique, économique et culturelle ? 

Les périodes que nous venons de vivre, crise sanitaire, guerre en Ukraine, montée des prix de produits de première nécessité, inflation, exacerbation et stigmatisation des migrations, totale perte de confiance dans les processus démocratiques et dans la classe politique (au moins dans notre pays), peuvent-t-elles agir comme une alerte et permettre de rebondir en saisissant l’opportunité de donner un nouveau souffle, de prendre une nouvelle direction ? 

Cela ne veut pas dire tout effacer et repartir à zéro. Ne diabolisons pas tout ce que nous lèguent les générations précédentes. Ces héritages, faits de progrès sociaux et matériels, d’accès plus généralisé à l’éducation, la formation et à la connaissance, constituent un patrimoine commun à défaut d’une culture commune.  Cet existant est un socle, parfois chancelant, qu’il nous faut consolider en réduisant certainement l’ambition consommatrice de biens inutiles à fort impact sur le réchauffement climatique et en réinventant le rapport du local au global et inversement.  

Comment prendre la bonne direction dans les choix à venir ? Y a-t-il une ou plusieurs directions possibles? Un ou plusieurs modèles d’économies et de société qui peuvent cohabiter et coopérer sans détruire la planète ? 

Dans ce contexte, anxiogène pour certains, source de nouvelles opportunités pour d’autres, la résilience des individus et des territoires se construit. 

Nous avons entendu des témoignages d’acteurs locaux aux cours de ces 2 journées. Nous avons accueilli la synthèse des écoutes territoriales et croisé le regard de tiers universitaires qui nous ont livré leur lecture et leur analyse des processus transitionnels observés dans la proximité du local et le rôle de tiers facilitateur que constitue l’ingénierie ingénieuse. 

Les processus transitionnels n’excluent pas les ruptures, voire les conflits, mais ils les utilisent comme moyens de franchir collectivement un nouveau cap.

Ces 2 journées organisées par l’UNADEL avec l’appui de ses partenaires, nous ont permis d’entrevoir  quelques unes des pistes possibles d’un développement sensible et coopératif de ces territoires habités qui constituent un véritable patrimoine commun et vivant. Ils sont aussi au cœur d’enjeux de pouvoirs, décentralisés ou non, déconcentrés ou « reconcentrés », de proximité ou mutualisés. Le pouvoir de nuire y rivalise parfois avec l’impuissance à faire territoire commun. l’engagement dans les transitions peut aussi être un trompe-l’œil au main du marché là où Diego Landivar nous invite à une véritable bifurcation (le changement de paradigme et donc de modèle socio-économique). 

Ces journées ont révélé de belles réussites tout en nous  permettant de  prendre la mesure qu’il n’existe pas de recette unique, de manuel du bien faire et du bien vivre ensemble pour faire territoire commun, c’est à dire :

– un territoire qui respire l’harmonie, autonome et économe en matière de production d’énergie et d’alimentation saine,  

– un territoire de nature, de culture et de bonne santé pour tous, plus égalitaire, plus solidaire, moins dépendant et ayant une conscience plus collective de ses vraies richesses intrinsèques à commencer par celle d’une autre gestion du temps et une autre approche de l’économie, des échanges et de la monnaie, forcément locale et complémentaire du troc et du don.

– un territoire de coopérations bienveillantes où l’essentiel a fait reculer le virtuel et le futile.

Qu’en retenir pour le mouvement du développement local et quelle doit être son actualité et son futur désormais?

Réaffirmer l’actualité des fondamentaux du développement local

  • Penser le territoire  comme un bien commun au même titre que  l’eau, la forêt, l’air et le paysage, comme un espace de rencontre, d’échanges, de confrontation des points de vue, d’utilisation de ce qui fait dissensus pour construire des compromis acceptables ou pour accepter de considérer qu’en absence d’accord il ne peut y avoir de décision prise ou imposée. 
  • Considérer la démocratie de coopération et d’implication comme un moyen, un outil de construction des transitions voire de la bifurcation et de la transformation sociale qui enrichissent le processus d’élaboration de la décision de la démocratie représentative. Le temps démocratique n’est jamais du temps perdu mais au contraire du temps gagné parce qu’il facilite l’acceptabilité des décisions nécessaires même lorsqu’elles ne sont pas consensuelles.
  • Considérer le territoire comme un creuset, un carrefour, un socle qui ouvre des possibles, dégage des pistes d’espoir, fait germer des graines de transformation et d’émancipation, un espace de lien : une table, 2 chaises, 1 projet !  
  • Réenchanter la démocratie
    • sortir des postures et redécouvrir l’humilité et l’égalité républicaine : 1 homme = 1 voix, 1 femme = 1 voix
    • 1 élu.e = 1 citoyen.ne = 1 agent = 1 militant associatif = 1 coopérateur = 1 sociétaire
    • les fonctions sont des services, l’élection un mode de répartition des responsabilités, le non cumul dans la durée une contribution au renouvellement et à la diversité
    • chacun.e doit prendre sa part et contribuer à l’œuvre commune
  • Pour renforcer la résilience et les territoires d’aujourd’hui et de demain, renforcer le dialogue et les passerelles entre les organisations, les institutions et les collectifs citoyens. Aller chercher toutes les ressources et mobiliser les contradicteurs.
  • Sortir de l’idéologie de la croissance pour la croissance
    • Place et rôle du sensible : dans un contexte de sémantiques non partagées et ou clivantes (transitions, bifurcations, actions citoyennes, territoires, action publique…)
      • importance des liens humains (commune humanité)
      • redonner toute sa place au dialogue
      • renforcer les capacités d’écoute dans un monde de bruits
      • Replacer l’économie comme une dimension essentielle du développement local tout en interrogeant son modèle  et en construisant de nouveaux
  • Repenser le projet de territoire comme l’âme d’un territoire de projet et un fil rouge , bien plus qu’un catalogue d’actions, une véritable charte d’engagement de coconstruction des transitions écologiques, sociales, économiques et démocratiques (prenant en compte une vision globale du territoire local qui résulte d’un compromis entre des opinions différentes, parfois contradictoires, qui auront pu être exprimées, entendues et prises en compte  pour afficher des conditions d’acceptabilité et d’appropriation d’une mise en mouvement qui oblige chacune et chacun à prendre sa part.  Si la direction se dessine à l’horizon, sans que l’on puisse être certain de l’atteindre vraiment, c’est la mise en musique des acteurs par une gouvernance adaptée qui éclaire le chemin.
  • Utiliser ce qui fait conflit, ne pas s’asseoir sur les tensions, mais en tenir compte pour gérer le bien commun territorial en utilisant la force de l’adversité, parfois des adversaires, pour donner de l’énergie et de l’amplification à une dynamique des ressources et à la construction d’un développement qui privilégie l’intérêt général aux intérêts particuliers. 
  • L’écoute pour consolider la médiation et conforter l’acceptabilité non pas de la contrainte, mais d’un engagement partagé à plus de justice et de sobriété… Le pouvoir économique et le pouvoir politique doit montrer l’exemple pour que la conviction, l’éducation et l’émancipation redonnent de l’envie aux habitants d’être des citoyens et des acteurs d’un futur possible pour l’ensemble du vivant. 

Claude Grivel – octobre 2022

Le peuple ne va plus voter, le peuple vote mal ! Faut-il changer le peuple ? – juin 2021

“Le pouvoir ne peut plus être descendant, surplombant. Il doit être un outil au service du mandat confié.”

Dans quelques jours, nous sommes invités à aller voter pour élire les conseillers départementaux et en même temps pour les conseillers régionaux. Ce n’est pas obligatoire mais c’est un devoir démocratique. Après les 2 tours des municipales séparés de 3 mois l’an dernier, on ne peut pas dire que cette campagne électorale se déroule dans de bonnes conditions cette année, précautions sanitaires imposant toujours un protocole spécifique. Cela ne facilitera certainement pas la participation annoncée exceptionnellement faible. Mais la Covid n’en sera pas la seule cause. La défiance vis-à-vis des gouvernants s’est durablement installée et la classe politique semble elle-même se méfier beaucoup du peuple. Il va bien falloir changer quelque chose pour redynamiser la démocratie. A défaut notre système démocratique pourrait bien finir dans le mur. Pour réconcilier le peuple, dans toute sa diversité, avec le vote, sans doute faudrait-il arrêter de transformer chaque échéance électorale en billard à 3 bandes, anticipant le coup d’après, c’est-à-dire l’élection suivante. Pourquoi voter cette année pour renouveler les exécutifs départementaux et régionaux puisque la présidentielle aura lieu dans moins d’un an ? C’est la seule élection qui vaille nous dit-on. On nous prédit même avec grande certitude qu’elle sera le remake de 2017. On pourrait presque faire l’économie du 1er tour. Ça arrangerait les électeurs qui n’auraient qu’à se déplacer qu’une seule fois… Tout cela n’est pas sérieux et conduit tout droit à un régime moins démocratique. Alors faut-il supprimer l’élection présidentielle au suffrage direct pour sortir enfin d’une survalorisation de la fonction suprême et redonner plus de pouvoir à un gouvernement qui gouverne, aux parlementaires qui le contrôlent et font la loi, ainsi qu’aux élus des territoires locaux qui les animent et adaptent les politiques publiques à la réalité et aux besoins du terrain ? 

Plutôt que de changer le peuple, changeons de regard sur la fonction politique, sur le rôle des élus et sur l’engagement citoyen. 

Le pouvoir ne peut plus être descendant, surplombant. Il doit être un outil au service du mandat confié. L’action sociale qui est la principale compétence des départements, doit être une grande cause nationale parce notre démocratie a tellement besoin de retisser les liens entre les générations et de donner toute leur place et leur chance aux enfants, aux familles, aux personnes ayant un handicap, à celles qui sont sans ressources et sans emploi… La mobilité et le développement économique, la définition d’une stratégie de développement économique, l’organisation des relations interrégionales et transfrontalières, c’est la responsabilité des régions et cela mérite plus qu’un débat sur la sécurité ou la justice qui sont des compétences régaliennes de l’Etat. 

Le soutien aux territoires locaux passe aussi par un engagement de ces grandes collectivités à défendre avec les communes et les intercommunalités, des services publics et les services au public, dans la proximité et la qualité. Cela suppose des moyens et une ingénierie dédiée. Cela suppose aussi un soutien à la créativité des territoires pour réduire la consommation d’énergie, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour construire plus de justice sociale. 

Le Cercle pour l’Aménagement du Territoire (CPAT), partenaire de l’Unadel vient de publier les réflexions que j’ai rassemblées avec le concours d’administrateurs de notre réseau, sur ces questions qui sont au cœur des démarches de développement local. Vous retrouverez cette contribution dans les pages de cette lettre. 

L’Unadel a par ailleurs contribué à produire deux textes d’interpellation des candidats aux régionales. L’un produit sous le timbre du Parlement rural français, l’autre par le Pacte du pouvoir de vivre. Vous pourrez aussi en prendre connaissance ici. 

Ces différents textes peuvent être mis en débat dans nos instances, dans notre réseau. N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions. 

L’assemblée générale de l’Unadel qui s’est déroulée le mois dernier a permis d’accueillir Chantal Jouanno, présidente de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Son intervention et l’échange avec les participants ont été d’une grande qualité. Après les promesses non tenues du Grand débat national proposé à la suite du mouvement des gilets jaunes, après les promesses déçues de la convention citoyenne pour le climat, après la marginalisation des corps intermédiaires et la maltraitance du monde associatif, comment reconstruire la confiance et une culture du débat dans ce pays, en amont de toute grande décision. Il s’agit bien de sortir de la conduite de la concertation sur des projets déjà décidés pour parvenir à la coconstruction des décisions qui préciseront les contours du projet à réaliser ou à abandonner. L’expérience de la République de Saillant, celle de la CNDP, celle des conseils de développement, des conseils citoyens et des conventions à l’initiative des régions, démontrent que la culture du débat se construit dans le dialogue permanent entre citoyens volontaires, citoyens experts d’usage ou experts techniciens et citoyens élus. C’est exigeant, cela suppose de la méthode, de la volonté et de l’humilité…mais cela permet de se retrouver sur une … « fréquence commune ». Comme l’indiquait très bien Tristan Réchid lors du dernier jeudi du développement local consacré à « la coopération à l’épreuve de la gouvernance », pour parvenir à associer les citoyens à cette coconstruction en coopération entre tous les acteurs, il est indispensable pour les équipes municipales, intercommunales, départementales ou régionales, d’être en capacité d’organiser la coopération dans leur propre fonctionnement au quotidien et pas seulement au sein de l’exécutif.

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces questions prochainement sur la base des propositions que le Pacte du Pouvoir de Vivre fera en fin de mois et dont un des volets portera sur la démocratie.

Le paysage dans les contrats de relance et de transition écologique ?

Nous relayions bien volontiers l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le conseil général de l’écologie et du développement durable (CGEDD) qui propose aux territoires qui souhaitent investir la question paysagère de répondre à la sollicitation (voir plus loin). Les questions foncières, la gestion des terres agricoles, des espaces forestiers, l’artificialisation croissante des sols, les friches, les zones d’activités et d’habitat, pas un schéma d’aménagement, pas un plan local d’urbanisme qui ne soient confrontés aux questions de maîtrise publique des coûts, des usages, de l’évolution des équilibres entre espaces naturels et espaces aménagés, des espaces à préserver ou en souffrance. Le paysage donne de la couleur à ces espaces et construit le patrimoine immatériel des personnes qui y vivent et ou y travaillent. C’est aussi et surtout ce que nous possédons en commun sans en être propriétaire. Le paysage est donc ce bien précieux dont personne ne s’occupe vraiment, alors qu’il est composante essentielle du vivant sans lequel les espèces animales, végétales et humaines ne peuvent vivre en harmonie. Se saisir de la question du paysage en construisant un projet de territoire, c’est élargir son horizon et permettre coup sûr le décloisonnement des regards et des usages, à condition d’y associer tous les acteurs qui façonnent, protègent ou dégradent le paysage commun. 

Culture, création et coopération pour les transitions : Les prochaines journées des territoires se dérouleront en octobre à Nancy 

Pour agir ensemble dans les territoires et construire les transitions, la relance ne peut pas être qu’économique. La pandémie a mis en évidence que nous avions un urgent besoin de nous rencontrer et de retrouver l’essentiel. Le besoin de nature, de paysages, mais aussi le besoin de culture, de concerts, de théâtre, de lecture … sont devenus essentiels à notre équilibre de vie, à notre bonne santé.

La résilience des territoires et des hommes, passent par la créativité, par le rapport à la beauté, par le sensible. L’action culturelle, les métiers d’art inspirent et donnent de l’oxygène aux dynamiques de territoire. Les exemples sont nombreux. Nous aurons l’occasion d’ouvrir une porte sur ce monde de la culture et des métiers d’art lors de nos journées des territoires d’octobre (1/2 journée et 1 journée dans la période du 13 au 15 octobre, en même temps que le festival de Nancy Jazz pulsations). Ces journées se construisent malgré les difficultés liées à la Covid et aux échéances électorales, avec le concours local des collectivités territoriales, départementales et régionales, l’université et le Cerfav (centre européen de formations aux arts verriers) créé il y a 30 ans dans une véritable dynamique de territoire et dans la commune de Vannes le Châtel dont le maire de l’époque a été aussi l’année suivante, l’un des fondateurs et 1er président de l’Unadel. La culture c’est comme la santé. C’est le souffle de vie.

Claude Grivel – 14 juin 2021

Redonner du pouvoir de vivre et d’agir aux citoyens et aux territoires – mai 2021

“Réagir sans subir suppose une mobilisation de tous à tous les niveaux de responsabilité citoyenne et civique et à toutes les échelles de territoire.

Ces organisations agissent et coopèrent dans les territoires comme au niveau national et international. Les organisations du Pacte, dont l’UNADEL fait partie, portent ensemble la convergence des enjeux climatiques, écologiques, sociaux et démocratiques, pour en faire le cœur de chaque décision publique. 

Les territoires locaux et régionaux sont des espaces de vie. Ils peuvent être aussi des lieux de débat et le socle du pouvoir d’agir pour construire des transitions économiques, écologiques, sociales et culturelles. A condition que l’organisation et le fonctionnement de ces territoires soit aussi le creuset d’une gouvernance plus démocratique, plus collective, plus participative et plus en capacité de relever les défis de la crise sanitaire et des évènements climatiques qui témoignent d’une accélération du réchauffement.

Réagir sans subir suppose une mobilisation de tous à tous les niveaux de responsabilité citoyenne et civique et à toutes les échelles de territoire. 

Les périodes de crise donnent l’occasion de se poser collectivement les bonnes questions : prendre soin du vivant exige de revisiter le fonctionnement et la finalité de nos entreprises humaines. De quoi avons-nous besoin pour vivre ? A quoi tenons-nous ? Qu’est-ce que nous sommes prêts à abandonner, en tant qu’individu, en tant qu’être social, en tant que société du « nous » plutôt que du « je » ? Pourquoi ? Comment ?

Ré-enchanter une démocratie décentralisée

Les prochaines échéances électorales de juin 2021 donneront-elles l’occasion aux grandes collectivités territoriales (régions, départements) de s’inscrire dans une vision qui redonne du sens et du contenu à une République décentralisée et solidaire ? L’enjeu est de prendre plus et mieux en compte les aspirations individuelles et collectives des citoyens vivant et agissant dans un même territoire. 

C’est aussi l’occasion de coconstruire avec l’ensemble des acteurs locaux des projets de territoire ayant l’objectif de plus d’équité, de plus de solidarité entre les territoires. 

Aller voter c’est choisir sans blanc-seing. C’est choisir entre les programmes, les étiquettes, les hommes et les femmes qui sollicitent nos suffrages, celles et ceux qui s’engagent à donner du pouvoir de vivre et d’agir aux citoyens et aux territoires et à ré-enchanter une démocratie décentralisée capable de relever les défis écologiques, économiques et sociaux de ce siècle. C’est prendre sa part dans le collectif et c’est peser sur les décisions qui ont un impact sur la vie quotidienne. L’abstention n’est pas le vaccin dont nous avons besoin et construit la France du rejet. 

Claude Grivel – 8 mai 2021

Un pacte de gouvernance partagée, outil de coconstruction et de résilience – Novembre 2020

Selon l’expression de Nietzsche, « ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».

Mais voilà ? Nous vivons à nouveau des temps où la mort nous surprend dans toute sa brutalité et ébranle beaucoup de nos certitudes. Les attentats meurtriers de Conflans Ste-Honorine et de Nice ajoutent de la sidération à l’anxiété réactivée par une nouvelle vague pandémique. 

Comment garder le contrôle sur sa vie quand on peut la perdre brutalement à la sortie d’un collège ou dans un lieu de culte ? Comment garder espoir dans une société qui étale son impuissance à faire face à un virus et laisse place à la spéculation boursière ? La production de vaccins risque plus surement d’enrichir la pharmaco chimie avant de protéger peut-être la population. 

Comment se prémunir du terrorisme sous toutes ses formes et des risques sanitaires, qui frappent aveuglément les plus faibles ? Notre planète est malade et nos gouvernants semblent bien impuissants. On ne les envie pas : trouver les bonnes réponses à des problèmes aussi massifs et aussi complexes n’est pas une sinécure. 

Pour autant, on pourrait attendre un positionnement plus humble et plus collectif. Les alertes sur l’état de santé du monde ne datent pas du printemps. Elles ont produit de beaux discours « la maison brûle et nous regardons ailleurs »« make our planet green again » et si peu d’actes forts et concrets. 

Comme le dit Eloi Laurent dans ses derniers travaux, il nous faut nous donner l’objectif d’une pleine santé comme on a pu souhaiter le plein emploi. Toutes les formes d’économie qui se sont imposées dans le monde l’ont rendu plus malade qu’il n’était. Il nous faut donc inventer de nouvelles pratiques de production et tendre vers le consommer moins et mieux, dans la proximité mais aussi dans le partage avec les populations les plus fragiles et les plus exposées aux risques.

Les périodes de crise sont les plus fécondes pour imaginer de nouvelles dynamiques et libérer la créativité des individus et des territoires. Ne perdons pas de temps et osons. 

Les crises renforcent malheureusement souvent les centres de décision et les pouvoirs centralisés. Cette année 2020 attise les prises de conscience dans tous les milieux et accélérera peut-être les changements dont nous avons besoin. Les acteurs économiques et les agriculteurs, souvent remis en cause dans leurs pratiques, démontrent au quotidien leur capacité à évoluer et à s’adapter. On ne fera pas sans eux mais avec eux. Ils ne feront pas sans nous, les consom’acteurs. 

Les maires viennent de démontrer, parfois dans la désobéissance, qu’ils n’acceptaient pas que les mesures d’accompagnement du confinement renforcent les discriminations entre la grande distribution et les petits commerces de centre-ville. C’est une nouvelle alerte en direction du pouvoir central qui ne peut pas faire sans eux. 

Certes il faut s’unir pour faire face à la pandémie, mais cela suppose d’associer toutes les parties prenantes aux décisions. Comment imaginer faire face aux crises sans mobiliser une cellule ad hoc ? Mais quelques ministres et quelques scientifiques avisés prendront toujours, sous la pression médiatique, des décisions infantilisantes, y compris pour le parlement, peu adaptées à la spécificité des territoires locaux. 

Faisons confiance à la créativité des citoyens et écoutons la voix des territoires. Ils ne demandent qu’à être respectés et responsabilisés. Ils doivent être partie prenante des décisions. Les acteurs du développement local doivent être codécideurs des solutions à mettre en œuvre. Ils veulent croire à la vie. Ils sont dans l’action réparatrice et fondatrice. Peu importe le cadre législatif. La résistance se construit parfois dans la désobéissance et les minorités d’hier deviennent les majorités de demain. 

Parce que les situations traumatiques permettent plus d’empathie, plus d’ouverture aux autres, plus de tolérance … nous pouvons souhaiter qu’à toutes les échelles de l’organisation territoriale, les services de l’Etat et les élus des territoires sachent mobiliser des cellules de crise ouverte à la représentation citoyenne dans la cadre d’un pacte de gouvernance partagée. Les solutions ne sont pas ailleurs, Nous sommes les solutions. 

Abdennour Bidar cite cette phrase de Michel Dinet, fondateur de l’Unadel, dans son « Plaidoyer pour la fraternité » (Albin Michel 2015) 

“Pour réenchanter la société, le pouvoir doit être animé par l’ambition d’encourager, d’alimenter la capacité à faire des citoyens.”

Pour rappel, les intercommunalités doivent mettre en place un pacte de gouvernance dans les 6 mois suivant leur installation. Il n’est pas interdit de rappeler aux nouveaux élus qu’ils peuvent en profiter pour s’adjoindre des compétences externes et pas seulement en faisant appel à des bureaux d’études. La 1ère richesse des territoires, ce sont les habitants qui y vivent et y agissent, qui portent des projets, qui contribuent à l’éducation populaire et à l’émancipation individuelle et collective. 

Claude Grivel – 8 novembre 2020

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise – juillet 2020

Nous venons de vivre une période très singulière. Nous le devons certes à un petit virus, mais aussi aux modes de vie, de consommation, de circulation des biens et des personnes.

D’aucuns prédisent que la mondialisation et la financiarisation de l’économie nous mènent dans le mur. D’autres prédisent le grand effondrement avec l’accélération du réchauffement climatique.

Pourtant personne n’imaginait que l’économie puisse s’arrêter du jour au lendemain, que les écoles pourraient fermer pendant plusieurs mois et que les français accepteraient d’organiser leur vie en respectant massivement le confinement et en appliquant le principe de précaution dans les gestes de la vie quotidienne.

En un mot la capacité résiliente des personnes et des territoires s’est manifestée comme une heureuse surprise. Et la société a semblé se réconcilier avec la lenteur et avec la nature. Les ruralités en sortent ragaillardies et les réalités métropolitaines moins attractives.

Mais l’engagement dans la relance économique peut réanimer très vite le monde d’avant si nous ne choisissions pas délibérément les voies de la transition. La question de la conditionnalité des aides publiques refait surface sans pour autant avoir inspiré les premières mesures gouvernementales.

Nous ne manquons pas d’idées ou de propositions pour jalonner le nouveau chemin que devrait emprunter les politiques publiques. Les mots, les méthodes, les outils du développement local sont désormais entrés avec ceux de l’écologie et de la transformation sociale, dans le langage politique ; parfois aussi dans celui des médias quand le coronavirus laisse un peu d’espace.

Pour autant les incantations et les belles intentions ne suffisent pas à provoquer le changement dans le réel. Or le réel c’est ce que vivent et surtout ce que ressentent les habitants confrontés au quotidien. Le virus n’est pas la seule cause de la désaffection des urnes. La participation aux élections locales n’a jamais été aussi faible et c’est une alerte de plus.

Comment réconcilier l’individu avec le collectif, le citoyen avec le politique et l’élu avec la société pour aspirer à pouvoir remplacer un jour le produit intérieur brut par l’indice du bonheur brut ?

Les plans de performance comptables et financiers générateurs de délocalisation et de disparition des services publics doivent laisser place à des contrats de transformation sociale, voire sociétale.

Un ministre de la ruralité à côté de celui de la Ville (souhaité par nos amis des nouvelles ruralités), ne suffira pas. L’engagement doit être pris de construire à toutes les échelles, une gouvernance de l’interactivité des acteurs et des territoires pour animer des démarches de projet. Tout en haut des priorités : la culture, la santé, l’éducation et la formation avec la solidarité et la justice. Investir dans l’humain et dans les liens d’abord. C’est le socle d’une nouvelle économie plus écologique, plus utile, plus redistributive, plus au service de la construction de solutions pour tous qu’à celui de l’accumulation pour quelques-uns.

L’Unadel est à la disposition des citoyens, des territoires et de leurs partenaires pour aider à faire valoir l’expertise de chacun comme élément de construction du projet commun.

Agir sans subir pour pouvoir réagir et sortir plus fort de la crise.

Bel été à tous

Claude Grivel

L’engagement individuel et collectif dans les territoires – mars 2020

A une semaine des élections municipales, quels constats ? La volonté d’engagement est toujours là même si il reste une minorité de communes sans candidats. Plus d’un million de personnes se présentent au suffrage universel dans les quelques 35 000 communes de notre pays.

Toutes les listes sont composées de citoyens mais cette fois elles sont nombreuses à se retrouver autour d’un projet plus participatif, plus collectif, plus volontairement engagé sur des valeurs communes et une conception de la gouvernance locale plus collective, plus en lien avec des électeurs acteurs.

Ce n’est pas forcément l’image renvoyée par les médias qui aiment parler des leaders et des couleurs politiques mais moins des projets et des méthodes.

Or il en est du projet municipal comme du développement local. Il y a besoin de mélange, de maturation d’un projet partagé, de rassemblement dans la respect de la diversité, d’un travail d’équipe qui révèle les qualités de chacun, d’une vision partagée de l’avenir souhaité qui ne fasse pas l’impasse sur les besoins de traiter les questions locales à la bonne échelle, dans l’intercommunalité et l’interactivité.  

C’est un engagement de 6 ans qui nécessitent des modes de faire qui rassemblent et développent la coopération autour de ce que l’on appelle aujourd’hui les communs, les services, les usages et le partage : ce qui fait lien et donne du sens à une communauté de vie.

C’est une formidable école de l’engagement pour participer au mieux vivre et faire ensemble dans la proximité qui relie aux autres et au monde, avec un double enjeu : l’urgence de prendre en compte la transition vers un autre modèle productif et d’autres modes de consommation plus respectueux de la santé des hommes et de la planète.

La question du sens de l’engagement individuel et collectif est posée :

Faire sa part avec un objectif commun. Se donner un but en sachant que la fin ne justifie jamais les moyens, mais que le chemin emprunté est aussi important que ce que vers quoi on essaie d’aller ensemble.

Pour donner envie sans éluder les questionnements, je vous propose quelques conseils de lecture extraits du livre « Vous avez dit développement local ? – Tome 2» (en cours de rédaction). A découvrir  dans cette newsletter le témoignage de Stéphane Loukianoff sur son expérience d’engagement en territoire rural (PACA et AURA) et celui de Kristell Juven qui travaille à Citoyens et Territoires Grand Est. Elle a la double expérience d’élue communale et communautaire.

Vous pourrez lire ces textes dans cette lettre de l’Unadel. Ils sont sous la responsabilité de leurs auteurs… et nous souhaitons pouvoir publier ainsi régulièrement les contributions d’adhérents ou de partenaires. N’hésitez pas à nous transmettre vos contributions ou réactions.

Claude Grivel