Regards sur les 8èmes Universités de Pays en Matawini-Québec

Publié le 11 novembre 2006 | dans Lu ou vu pour vous | par Jean Maillet
« Contribuer à l’émergence d’un nouveau modele de développement – Amorcer une nouvelle conception de l’éducation… – établir l’interdépendance local, régional… – stimuler les changements individuels et collectifs compatibles… à ces objectifs – Connaître, renforcer les dynamiques locales engagées ( sur notre lieu d’accueil) – Valoriser l’identité des territoires, culture, patrimoine, habitants, actions de développement en cours…. sur nos territoires »
Tels sont les objectifs déclarés des organisateurs Québécois et de l’association interuniversitaire des Pays.

Une soixantaine de français dont des guadeloupéens plus quelques marocains et des québécois pour plus de 200 participants à ces 8è UP sur ces thématiques en ont été les acteurs.

Pour moi qui avec quelques-uns participe à celles-ci pour la troisième fois comme membre de l’UNADEL, je ressens auprès de nos cousins de la Belle Province le même engouement et partage que ceux qui avec Michel Dinet* avaient participé non loin de là il y a quelques années au Rassemblement de « Sherbrooke », aussi constitutif de nos réseaux de Développeurs que «Carcassonne» pour l’UNADEL sur les Terres d’Eric Andrieu* qui était, lui, avec nous en Guadeloupe à la 5è UP. Le temps est passé depuis, la réalité mondiale et de l’hexagone aussi… Pourtant ces 8ème UP sont toujours dans la lignée des précédentes : Studieuses et conviviales. La proportion des pages du dossier se partageant d’ailleurs également sur ces deux axes : Programme et Texte de référence sur les Enjeux du Développement Durable d’une part et Théâtre, Foire aux initiatives et Menus d’autre part…

UP Studieuses

Studieuses par les participants dont pour la première fois des jeunes, le thème, la table-ronde et les ateliers qui ont traité entre autre : Logement, Environnement, Consommation, Culture, Agriculture, Emploi, Animation, Transports, Gouvernance. Pour ma part j’ai participé à ce dernier atelier où Roger Castaño*, Président de l’Association Inter territoriale des UP (et également comme moi administrateur de l’UNADEL) m’a demandé d’en être rapporteur.

Quelques éléments de cet atelier : La présentation de la réalité québécoise est à la fois semblable à la nôtre… Plusieurs échelles d’administration et politique des territoires, mais semble-t-il malgré les deux niveaux de gouvernements : Canadien et Québécois, une plus grande pratique et culture de l’Intercommunalité de Projet Avec « Les MRC : Municipalités Régionales de Conté », une CRE : Conférence Régionale des Elus, un plan quinquennal de développement : Processus de consultation et de participation et des volontés de jeunes élus et de leurs équipes. La SADC : Société d’Aide au Développement de la Collectivité de la Matawinie, support local d’organisation de l’UP est l’outil d’animation et de développement territorial. Les trois axes de ce travail prospectif étant l’Identité Régionale, l’Innovation et le Développement Durable.

La Présentation succincte du Pays de La Vallée du Loir par son Président: Guy-Michel Chauveau, dynamique Maire de la Flèche qui nous avait reçus sans compter pour la 7ème UP nous permettait de constater que le charisme des hommes devait, chez nous, faire dépasser les logiques administratives, financières et de guichet pour que le projet porté par la participation surpasse les cloisonnements des intercommunalités, cantons départementaux et politiques régionales pour ne pas parler de la quasi-absence de l’état dans ses financements qui pousse plutôt à la compétition entre territoires !

Le débat déboucha essentiellement sur des questions et propositions permettant d’atténuer la Logique de Guichet pour que vive celle de Projet permanent qui avec des « moments et lieux » repérés par tous les acteurs permette cette participation et coconstruction en tenant compte des temps de chacun. Le statut des élus et leur disponibilité est aussi abordés, les élections les rendant instables et les structures permettant plus de stabilité ! La mise en place de systèmes et méthodes ou la formation intrer-active peut jouer un rôle transversal et fédérateur semble donc à préserver.

La place des jeunes, plutôt absents de notre atelier, fut plus abordée dans la seconde partie du débat. Où et comment les écouter, permettre leur participation ? L’image de « Monsieur l’instituteur » si cher à Pagnol est dépassée, l’image de l’animateur, de l’éducateur, du « Grand frère » est à prendre en compte et si L’éducation est à préserver, il faut écouter leur langage : hip-hop, be-cross etc. aller là où ils sont, prendre en compte les durées réduites d’engagement, permettre des sas pour l’implication faire en sorte que le projet soit réalisable. Trouver ce qui relie, fédère. Optimiser, décloisonner : Famille, Ecole, Groupe de loisir. Créer des dispositifs comme ici au Québec : « Prends ta Place ». Créer des fonds régionaux d’initiatives jeunes, faire en sorte que les consultations citoyennes, les procédures de débat public soient ouvertes aux jeunes : Partir de la prise de conscience puis comment passer du tout économique à autre chose et enfin mettre concrètement en place cet autre chose. Avoir des pédagogies par étape, des pédagogies d’organisation collective. Les politiques publiques sont à adapter : Sport, centre de loisirs, stages extérieurs… Les cadres législatifs associatifs sont à modifier : Mettre des Jeunes dans les CA. Permettre la mixité sociale, permettre des décloisonnements, favoriser des accompagnements par des formations. Les financements sont à repenser ! Ne pas oublier que certains financements peuvent rapporter : Créer des actions qui créent des emplois permet le retour d’investissement. Articuler Economique, Social, Ecologique… Faire en sorte que les jeunes aient la parole, qu’ils deviennent les conseiller en Développement Durable auprès de leurs enseignants, parents, éducateurs… Papa pourquoi prends-tu la voiture ce matin? Maman pourquoi arroses-tu aujourd’hui? Monsieur l’Instit. Pourquoi prend-on des sacs plastics alors que ces boites peuvent faire l’affaire ?Que l’imagination soit donc au pouvoir… C’est ce qui s’est fait aussi dans les autres ateliers et les actes avenir construits lord de la réunion des rapporteurs qui a suivi en sera la concrétisation.

UP Conviviales

La convivialité s’est manifestée tout au long de l’UP par l’interactivité entre les gens de chaque Pays, par les Pays entre eux, par d’autres participants plus isolés de Pays ou venus en complicité avec ceux-ci dont nous étions pour certains et par cet accueil merveilleux sur nos sites respectifs et la présence merveilleuse des gens d’ici.

Elle s’est manifestée aussi lors des Foires aux Initiatives aux moments des « Pauses-santé » : Informations, Bar-Détente et Kiosques qui permettaient à celle-ci de se manifester… Là le confessionnal-citoyen à permis à tous les « confessés » de culpabiliser et de répondre à la question :Dans l’esprit du Développement Durable et de pratique Citoyenne, qu’est-ce que je ne fais pas et que je devrais faire… Et pourquoi »… Un flot de propositions pour les Actes…

Même lors des phases studieuses les Bataclowns faisaient leur Psycho-Spectacle, Bravo à Isabelle et Jean-Michel d’avoir synthétisé peut-être mieux que d’autres ce travail collectif… En mettant du baume au cœur aux participants…

Et ils en avaient besoins les participants afin d’apprécier les milliers de produits et mets de ces dîners et soupers confectionnés collectivement par de grandes et petites mains et qui ont ponctué, plus qu’il n’en faut au goût de certains ! (Mais ce sont des mauvaises langues) ces UP.

Les spectacles furent aussi au goûts de la diversité de ce territoire, le plus musical et théatreux du Québec : Le Rêve Matawinien nous a fait découvrir l’histoire de ces pionniers et leurs expressions : Astheure – Désâmer – Enfirouapé – Maillais – Poche de fleur et autre Bord de l’eau… La famille Cantin et ses rythmes irlandais comme à la Cabane à Sucre le groupe BardeFou et sa dimension celtique nous ont fait plonger dans les racines du Québec alors que le chansonnier vagabond Michel Verdon nous reliait lui au tour de chant de notre mère-patrie…

La météo avait décidé de taquiner la journée Culturo-spirituelle prévue sur le territoire des autochtones Atikmekw et chacun à du faire preuve de sang-froid, patience et d’humour afin de permettre que le Temps, « Valeur-Sagesse » des Indiens soit moment d’enracinement sur ce territoire. Cet incident à permis entre autre d’immortaliser le geste des citoyens du monde dans une photo « Bénéton » symbolique ! Merci entre autre au Sage François Ottawa de ses histoires qui ont égrainé les heures et aux « Bonnes nouvelles » de Jacques Girardin qui a joué son rôle d’hôte de manière remarquable.

La soirée a enfin permis au chaman de réaliser cette cérémonie de purification nécessaire au bon déroulement de ces UP, d’apprendre Les 7 valeurs indiennes données par les Atikamekw : AMOUR, RESPECT, VERITE, COURAGE, COMPASSION, BRAVOURE, HUMILIT… Et aux territoires de passer des hauteurs de Matawinie et tourbières du Saint Laurent à la Camargue et au delta du Rhône…

Principe de Réalité

Des Visites Off ont permis d’approfondir les savoir-faire, les arts, les sites et de faire de nouvelles rencontre ou de les approfondir alors que d’autres participants étaient déjà sur le chemin du retour ou en découverte d’autres territoires comme le noyau fidèle qui à pu parcourir Montréal au rythme des clics autorisés !

En conclusion provisoire dans l’attente des Actes surtout après la remise de la seconde table-ronde qui aurait pu apporter un début de synthèse, que pouvons nous tirer de cette expérience…

Peut-être un nouveau souffle à trouver… Si 17 Pays étaient représentés à ces 8è UP et certains par de bonnes délégations, d’autres étaient plus discrets… Ne faut-il pas aussi permettre une confrontation de territoires « expérimentés par ces formations-actions » de se confronter plus à d’autres territoires voisins ou lointains, à des personnes-ressources de réseaux-frères à l’image de l’expérimentation sur les Conseils de Développement Participatifs menés sur 40 territoires avec une vingtaine de réseaux formant groupe de pilotage*…

Et surtout, alors que la réalité actuelle nous confronte à des pactes ruraux à des pôles de compétitivité, à des choix ou nos gouvernants ne citent même plus les « Pays » lors des CIAT (Comités interministeriels d’Aménagement du Territoire) il ne faut pas comme il a été dit dans l’Atelier Développement Durable et Nouvelle Gouvernance, surtout vis à vis de jeunes «créer des déceptions, des illusions et se donner les moyens de réinterroger les diverses strates concernées par nos Projets de Territoires». La Culture Participative, le Développement Local, Durable, s’ils doivent partir du citoyen, être soutenus par des formations et personnes-ressources n’en est pas mois un projet politique au sens noble du terme et là ne rêvons pas, le principe de réalité s’impose à tous.

José Dhers, participant aux 8èmes UP de 2006 en Matawinie-Québec

(Rapporteur de l’Atelier 11)

* : Michel Dinet, premier Président et administrateur de l’UNADEL, actuellement Président du CG 54 et d’ODAS (voir en annexe son discours sur l’Action Sociale lors de la Journée IGAS au Ministère de la Solidarité au printemps 2006) – Eric Andrieu, actuel Président et Vice-Président du CR Languedoc-Roussillon présent à la 5ème UP et qui nous invite à répondre à l’enquête sur le Développement Local lancé par l’UNADEL :

http://www.sphinxonline.net/unadel/enqueteunadel/enqueteunadel.hypquery=input&format=java

Auteur : José Dhers