Sur la réserve

Faire vivre l’esprit du 11 janvier est une noble ambition, remonter dans les sondages une juste ambition, annoncer des mesures une rituelle habitude. Mais quelle mouche a donc piqué le Président de vouloir faire une réserve citoyenne d’appui ? Réactions à la suite de la conférence de presse du 5 février dernier.

Ce n’est qu’une maladresse, mais elle en dit peut être plus long sur la méconnaissance de la France et des Français, des communicants du Président, jeunes et bien nés, posant fièrement sur les canapés douillets sous les ors du palais de l’Élysée.

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Salle des fêtes de l’Élysée, septembre 2010. by Chatsam CC BY-SA 3.0 Commons

Faut-il rappeler que quand certains sont engagés pour conseiller, d’autres s’engagent sans compter ? Faut-il rappeler que la vie associative rassemble entre 14 et 18 millions de bénévoles et ce depuis plus de 110 ans ? Faut-il rappeler que ces bénévoles interviennent dans les écoles, les hôpitaux, autour des stades, s’occupent de visites en prison, aux malades, luttent contre des maladies dites orphelines, et même s’investissent dans des quartiers, que d’aucuns qualifient de victimes d’apartheid, que la République devrait repeupler.

À faire carrière en politique, à faire des conférences dans les riches émirats, on peut avoir le sentiment d’une élite républicaine, totalement déconnectée du réel, du quotidien des Français. À ne côtoyer que des homologues hauts fonctionnaires, partis illégalement pantoufler dans une entreprise du CAC 40, à ne discuter qu’avec des journalistes ayant fréquenté les mêmes écoles, à ne se retrouver qu’avec d’anciens élus ou de futurs élus, à rester confits dans des cénacles parisiens, comprennent-ils, entendent-ils les messages envoyés ? Que peuvent-ils entendre, comprendre d’engagements gratuits et désintéressés ?

Les Français et les Françaises se réforment, n’ont jamais été aussi formés, sont mobiles, investis, capables de sacrifices et de saines indignations, comme ce 11 janvier, quand l’élite politique parle, parle, parle, mais ne se réforme pas.

Que peuvent-ils comprendre quand les citoyens ne vont plus voter, dans le Doubs ou ailleurs ? Les Français demeurent des citoyens actifs, mais leurs élus nationaux communiquent, posent, paradent, mais n’entendent pas, n’écoutent pas.

Pas de réforme du Parlement, pas de République modeste, pas de décentralisation, mais des modernisations de ceci, des redécoupages de territoires, des transformations du bénévolat en élément d’une économie dite sociale.

La démocratie est fragile, et elle semble gangrenée à sa tête. Les mises en examen se suivent, les conférences payantes s’enchaînent, des élus se servent, plus qu’ils ne servent, mais nulle trace d’une autocritique, de réels changements, d’une révolution éthique, pour revitaliser la démocratie.

Si, comme le déclare le Président lors de sa conférence de presse du 5 février, la laïcité  “n’est pas négociable car elle nous permet de vivre ensemble”,  et elle n’est “pas un principe qui devrait subir des accommodements”, la démocratie ne saurait l’être non plus.

Les Français sont pleinement des hussards de la République, ils sont par contre prudemment réservés sur son fonctionnement.

Aux politiques de s’engager sans réserve à se réformer, vite. Il y a urgence !

 

Olivier Dulucq