Faire de nos communes des bastions démocratiques

Un moment charnière pour la démocratie locale

Au lendemain des élections municipales, une question traverse l’ensemble des territoires, qu’ils soient ruraux ou urbains, petits ou grands : quelle démocratie locale voulons‑nous faire vivre durant le mandat qui s’ouvre ?

La campagne électorale est un moment d’intense proximité entre élus et citoyens. Mais chacun le sait : cette attention se dissipe souvent une fois les urnes refermées. Or la démocratie ne peut se réduire à un rendez‑vous électoral. Elle se construit dans le temps long, dans la capacité à écouter, partager, débattre, décider et agir ensemble.

Pour le mouvement du développement local, cette période post‑électorale est décisive. Elle constitue une fenêtre d’opportunité pour transformer l’essai démocratique et ancrer durablement de nouvelles pratiques dans les territoires.

Petites ou grandes communes : une fausse question

Petites ou grandes communes ? Petits ou grands élus ?
Ces oppositions masquent l’essentiel.

La démocratie locale n’est pas une question de taille, mais de volonté politique.

L’élu a un mandat de responsabilité et de représentation confié par les habitants qu’il doit mettre au service de sa mission, pas de son pouvoir ou de son ambition personnelle, en ville comme à la campagne.

L’habitant a un pouvoir d’agir en responsabilité, avec civisme, citoyenneté au sein de sa collectivité et de son intercommunalité qu’il ne faut pas confondre avec un distributeur automatique de services ou de moyens.

Les expériences menées ces dernières années montrent que :

  • l’innovation démocratique est possible dans des communes de quelques centaines d’habitants comme dans les grandes villes,
  • les moyens financiers ou humains peuvent être important mais ne sont pas le facteur déterminant,
  • ce qui compte, c’est la reconnaissance réelle du pouvoir d’agir des habitants, des élus, des agents et de toute la société civile organisée.

Le mouvement du développement local affirme que tous les territoires peuvent devenir des espaces d’expérimentation démocratique, à condition d’accepter de déplacer les lieux de décision et de reconnaître les savoirs citoyens.

Ce que nous disent les expériences de terrain

Lors du précédent mandat, l’UNADEL a accompagné plusieurs collectivités engagées dans des démarches de démocratie d’interpellation. Ces expériences ont produit des avancées concrètes :

  • ouverture d’espaces où les citoyens peuvent interpeller les élus,
  • prise en compte effective de ces interpellations dans la décision publique,
  • apprentissage collectif de nouvelles relations entre élus, agents et habitants.

Des initiatives exemplaires existent déjà dont il a été question ce matin dans le jeudi du développement local :

  • dans une commune rurale de 190 habitants en Meuse, un système inspiré de la démocratie directe permet aux habitants de décider des projets communaux, (80 en 6 ans dont un city-stade à côté d’un barbecue communal et du terrain de pétanque dans un espace central qui rassemble toutes les générations lors de la fête nationale ; et aussi une éolienne communale, une centrale hydroélectrique  de stockage de l’énergie et des panneaux photovoltaïques qui, sur 20 ans, vont permettre une grande autonomie énergétique de la commune
  • dans les quartiers populaires, des associations comme « Pas sans Nous » œuvrent pour que la démocratie locale soit une pratique quotidienne et non un simple slogan. La lutte contre la pauvreté, la précarité due à l’éloignement, l’absence de services publics de proximité, des logements indignes à rénover, c’est d’abord l’affaire des habitants qui subissent au quotidien. Les tables de quartier se sont développées dans ces quartiers, souvent plus efficaces que les conseils citoyens, et permettent aux habitants bénévoles de construire ensemble des projets en s’attaquant à toute forme de ségrégation et de trafic.

Ces expériences confirment une conviction centrale du développement local : la démocratie s’apprend en la pratiquant et en reconnaissant l’expertise des personnes concernées.

Changer d’échelle : l’enjeu du nouveau mandat

Aujourd’hui, le défi n’est plus seulement d’expérimenter, mais de changer d’échelle :

  • renforcer les dispositifs existants,
  • les multiplier dans les territoires,
  • leur donner un véritable poids dans la décision publique

De nombreuses équipes municipales arrivent pour la première fois aux responsabilités. Elles peuvent faire de leurs communes de véritables laboratoires démocratiques, à condition d’être accompagnées, outillées et mises en réseau.

Le mouvement du développement local se donne pour mission avec ses alliés et ses experts :

  • d’accompagner ces équipes,
  • de favoriser l’échange entre territoires,
  • de capitaliser et diffuser les pratiques démocratiques innovantes.

Une réponse politique aux crises contemporaines

Les crises actuelles – sociales, sanitaires, climatiques, démocratiques – fragilisent le lien social et nourrissent la défiance. Elles sont souvent aggravées par des modèles de développement qui privilégient la marchandisation au détriment du bien commun.

Face à cela, le développement local porte une réponse claire :

  • remettre les besoins quotidiens des habitants au cœur de l’action publique,
  • renforcer les solidarités locales,
  • construire des sociétés plus inclusives et plus résilientes.

Dans un contexte de montée des violences et de risque de progression de l’extrême droite à l’horizon 2027, les communes ont un rôle essentiel à jouer. Elles peuvent devenir des bastions démocratiques, capables de reconnaître, soutenir et protéger les contre‑pouvoirs citoyens.

La contribution spécifique du mouvement du développement local

Au nom du mouvement du développement local, nous affirmons que :

  • la démocratie locale doit être horizontale, fondée sur l’écoute et la co‑construction ;
  • les habitants ne sont pas de simples usagers mais des acteurs politiques à part entière ;
  • les territoires doivent devenir des communautés apprenantes, capables d’analyser leurs pratiques et de se transformer.

C’est dans cet esprit que l’UNADEL, prend à son compte les suggestions de l’Institut Alinsky, et propose aux élu·es, agent·es, habitant·es et associations de travailler ensemble pour ancrer durablement la démocratie d’interpellation dans les territoires.

Conclusion : faire société, ensemble

Plus que jamais, le développement local rappelle une évidence trop souvent oubliée : la démocratie n’est pas un état, c’est un processus vivant.

Faire de nos communes des lieux où l’on apprend à débattre, décider et agir collectivement, c’est :

  • Renforcer le pouvoir citoyen,
  • Retisser le lien démocratique et intergénérationnel,
  • Construire une société plus juste, plus inclusive et plus solidaire, dans la commune, l’intercommunalité, la région, la nation.

Au côté d’une grande majorité des 65 organisations du Pacte du Pouvoir de Vivre, l’Unadel souhaite également rappeler aux élus communaux et intercommunaux :

  • la nécessité de répondre prioritairement aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux au plus près des préoccupations et des aspirations de nos concitoyen·nes
  • la responsabilité qui incombe désormais aux nouvelles équipes élues de s’appuyer sur la société civile organisée et les citoyens pour faire vivre la transition écologique juste, la justice sociale et la démocratie et ainsi contribuer à démontrer, par les faits, qu’on peut changer la vie des gens et qu’il y a des alternatives aux idées d’extrême droite.

C’est avec cette ambition que l’UNADEL continuera d’être aux côtés des territoires qui souhaiteront son accompagnement en 2026 et dans les années à venir.

Claude Grivel
Président de l’Unadel

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