Dire définitivement non à toutes les violences !
Réaffirmer la force des territoires et de la participation citoyenne
Ce mois de février s’achève dans un climat lourd, marqué par une nouvelle tragédie : le meurtre commis à Lyon, qui vient s’ajouter à une inquiétante série d’actes violents nourris par des discours de haine et de rejet désormais trop banalisés. Ce n’est plus seulement la radicalité d’une frange extrême qui interpelle, mais l’installation insidieuse d’un climat où les mots blessent, fracturent, menacent — et parfois tuent. Rien ne peut justifier le meurtre en politique, pas plus ici en France qu’en Iran ou ailleurs. La violence appelle la violence, la colère attise les colères, l’humiliation nourrit les rancœurs, le désir de vengeance provoque la guerre.
La violence et le meurtre, les massacres, les génocides, le non-respect du droit et des conventions internationales ne résolvent rien, bien au contraire.
Chaque jour amène un flot de violences supplémentaires qui mettent sous le boisseau toutes les initiatives de paix et de réconciliation comme les tentatives de construire un monde, des pays et des territoires apaisés. Ceux qui depuis des décennies attisent les peurs et alimentent le rejet de l’autre, portent la responsabilité de la banalisation de la violence dans notre société, dans les villes, les médias et sur les réseaux sociaux. Et c’est l’ensemble de notre vie démocratique qui vacille tandis qu’une majorité de nos concitoyens continue à espérer connaître des lendemains plus apaisés.
Dans de nombreux territoires, élus, agents publics, bénévoles associatifs ou simples habitants engagés subissent pressions, intimidation et agressivité. La démocratie de proximité, fondée sur le respect, l’écoute et l’échange, est directement fragilisée.
L’Unadel à la veille d’échéances électorales importantes pour notre pays, tient à rappeler avec force qu’aucune violence, aucune stigmatisation, aucune instrumentalisation de la colère ne peut s’inscrire dans le cadre d’un développement local durable et inclusif.
Des municipales 2026 sous tension… mais aussi riches d’espoir
Les élections municipales qui arrivent se tiendront dans cette atmosphère polarisée. Partout, nous mesurons les difficultés croissantes rencontrées par les équipes sortantes : pression accrue, dialogue social dégradé, défiance envers l’action publique. Certains élus se retirent, pas autant qu’annoncé cependant. Le besoin de changement des méthodes de gouvernance locale, de plus de communication, de confiance dans la coconstruction se précise nettement.
Un an avant les présidentielles, le rendez-vous des municipales peut être marqué par un risque de repli démocratique. Il peut au contraire tout autant redonner un élan, et révéler des innovations fécondes et un véritable renouveau citoyen.
Dans de nombreux territoires on observe des démarches locales qui inventent de nouvelles façons de faire politique : plusieurs centaines de listes citoyennes participatives, des assemblées ouvertes, des ateliers de co-construction, des programmes élaborés à partir des besoins locaux non pas dans des arrière-salles mais en assemblée ouvertes de quartiers ou de village. En rupture avec la logique hiérarchique et pyramidale des mairies, ces initiatives pourraient bien faire tache d’huile et imposer de nouvelles règles d’un fonctionnement partagé de la démocratie locale. L’exemple de Plessé, en Loire Atlantique illustre ce que peut produire une liste participative. Au cours du mandat qui se termine, Plessé a coconstruit un démarche communale fondée sur l’écologie, la solidarité territoriale et le partage du pouvoir. Cette dynamique et l’équipe municipale s’appuient sur plusieurs dizaines de VIP, Volontaires Investis à Plessé qui travaillent au sein de comités thématiques avec les élus. Et ça marche. Dans ce département une cinquantaine de listes participatives sont au travail depuis le début de l’année.
Ces initiatives, encore minoritaires – plus de 600 listes répertoriées à ce jour et sans doute plus dans les faits – sont en constante progression. Elles montrent que l’envie de démocratie existe toujours, pourvu qu’on lui donne de l’espace, des outils et du sens.
L’Unadel au travail : accompagner, relier, outiller les territoires
Au cours des derniers mois, l’Unadel a renforcé ses actions pour soutenir la démocratie de proximité. Parmi elles :
– les écoutes territoriales qui ont réuni élus, agents, associations et habitants autour des thèmes de la participation, de la transition et du pouvoir d’agir local ;
– les accompagnements d’équipes municipales et intercommunales, notamment dans des contextes fragilisés par la tension sociale, pour repenser les modes de concertation ou redynamiser des démarches participatives ;
– notre contribution au partage d’expériences sur les listes citoyennes et participatives, avec le concours de Fréquence commune et la participation à l’initiative des Etats Généraux Communaux dans la suite des Doléances avec Les Localos et le Collectif des Associations Citoyennes ;
– le développement d’outils pédagogiques pour aider les acteurs et professionnels des territoires à construire des politiques publiques basées sur le dialogue, les transitions, la coopération et l’inclusion.
Ces efforts s’inscrivent dans une conviction forte : c’est au niveau local que se tissent les alliances, se créent les conditions de confiance, se dénouent les conflits et se protègent les biens communs.
L’Unadel engagée dans la dynamique du Pacte du Pouvoir de Vivre
Les dynamiques locales que nous accompagnons trouvent des résonances nationales dans les propositions de Pouvoirs de Villes et du Pacte du pouvoir de vivre auxquelles je contribue modestement au nom de l’Unadel. Nos 65 organisations se retrouvent sur 4 axes prioritaires :
- Renforcer les droits des habitants dans la fabrique de la décision publique,
- Lutter contre les inégalités territoriales,
- Garantir un cadre démocratique apaisé, protecteur et exigeant,
- Reconnaître la dimension sociale et écologique de la transition territoriale.
Ces orientations rejoignent les valeurs et missions de l’Unadel : promouvoir des territoires plus justes, plus participatifs et plus soutenables.
À l’approche des municipales, elles constituent des repères précieux pour les collectifs, les élus et les habitants qui cherchent à bâtir des projets partagés, inclusifs et tournés vers l’avenir.
Ne pas céder à la résignation
Face à la montée de la violence, la tentation du repli ou du renoncement existe. Pourtant, nous devons plus que jamais réaffirmer collectivement que la démocratie locale n’est pas négociable.
Chaque initiative qui apaise, chaque espace de dialogue préservé, chaque démarche participative ouverte constitue un acte de résistance démocratique.
L’Unadel poursuivra dans les mois à venir son rôle de soutien, d’accompagnateur et de passeur auprès des collectivités engagées dans la co-construction,
des réseaux qui défendent un pouvoir d’agir accru pour les habitants et des acteurs qui inventent des formes renouvelées de participation.
Cela suppose que nous trouvions rapidement les moyens de fonctionnement dont nous avons besoin et nous comptons sur vos adhésions, vos dons, vos relations auprès des fondations ou des entreprises qui souhaiteraient nous aider à être moins dépendants de fonds publics qui se tarissent toujours plus. C’est collectivement que nous pourrons passer ce cap à nouveau difficile en espérant que cette année sera à l’image des courses de nos relayeurs en biathlon des jeux olympiques : après un départ difficile, la force du collectif permet de gagner.
Conclusion
La période est rude, mais elle n’est pas sans horizon. Les territoires montrent chaque jour qu’il est possible de résister à la violence en réaffirmant le respect, l’écoute et la coopération.
Ne laissons pas la brutalité écraser le débat.
Ne laissons pas la peur dicter nos choix.
Montrons nous capables de nous rassembler malgré ce qui nous sépare parfois.
Plus que jamais, l’Unadel peut être un repère et un appui pour toutes celles et ceux qui, dans les communes, les quartiers et les vallées, refusent la fatalité et choisissent la démocratie vivante, ouverte et partagée. C’est le sens, l’actualité et certainement l’avenir du développement local, colonne vertébrale d’une gouvernance plus horizontale et partagée dans les territoires.
Et demain refusons la fatalité et choisissons la participation, le dialogue et le courage démocratique pour construire une démocratie apaisée, résiliente et résistante, capable de rendre inopérante les stratégies de prise de pouvoir par la violence.
Claude Grivel,
Président de l’UNADEL

