Une nouvelle année utile et passionnante
Avec ce premier éditorial de l’année 2026, je souhaite à chacun.e d’entre vous, lecteur.rice.s de cette lettre mensuelle, de vivre beaucoup de moments de joie, de bonheur et de satisfactions dans vos vies personnelles, familiales, professionnelles ainsi que dans vos engagements divers.
Plus que jamais ce début d’année nous donne envie de changer le monde. Plus que jamais nous ressentons cette impuissance individuelle et collective à pouvoir réellement y parvenir un jour. Pour autant le peu que nous puissions faire est de maintenir et développer les liens autour de nous et de mettre en avant les petites réussites qui sont le carburant de demain.
L’humour, la poésie, le sensible en partage
Je vous souhaite aussi de garder le moral et de laisser de la place à l’humour et à la poésie. François Morel nous y invite dans sa chronique hebdomadaire du vendredi. Retrouvez, si vous ne l’avez pas déjà entendue, celle du 9 janvier dernier inspirée par l’expansionnisme trumpiste. Une belle leçon de géopolitique qui fait du bien aux zygomatiques : « Pourquoi qu’on n’envahirait pas Monaco ? ». En quelques mots tous les impérialismes qui veulent encore et toujours se partager la planète sont remis à leur place.
Dans un tout autre style, la dernière bande dessinée de Etienne Davodeau nous invite à voyager au pays de la mémoire qui flanche en suivant Françoise, sa compagne depuis 40 ans, dans son quotidien professionnel d’accompagnatrice de personnes touchées par des pathologies neuro-dégénératives.
Intitulé « Là où tu vas », cet ouvrage, publié chez Futuropolis, nous embarque dans l’intimité d’hommes et de femmes pour qui la qualité de l’instant présent est essentielle. Ce livre est une leçon de vie dessinée. Elle nous donne à voir que l’essentiel n’est pas dans la conquête de territoires pour imposer la loi du plus fort, mais bien dans le regard que notre société porte sur les personnes atteintes de troubles cognitifs ou psychiques. Parce qu’elles ont toute leur place dans nos villes et villages, nous leur devons un accompagnement adapté pour leur donner une vie meilleure. C’est tout le sens des métiers de l’accompagnement et du soin sous toutes ses formes qui mettent de l’humanité dans l’économie locale. C’est aussi une invitation à changer notre regard et à réinvestir le personnalisme. A mettre en tête de gondole dans les médiathèques et à lire absolument.
Faut-il voler au secours du ou de la politique ?
La politique définit l’art de gouverner ou d’administrer le bien commun. Le politique est donc un acte fort qui consiste à gérer la cité. Ce qui relève du politique est aussi un objet d’étude au même titre que le social est le champ de la sociologie.
Je ressors ces éléments de définition parce que je suis agacé d’entendre dans la bouche de nombreux candidats aux élections municipales qu’ils ne font surtout pas de politique, tout comme celles et ceux qui se présentent avec eux. Comme si cet affichage allait leur permettre de gagner plus facilement.
Il faut bien reconnaître que l’opinion publique et peut-être encore plus les médias, véhiculent cette idée que ceux qui touchent à la politique sont tous corrompus : ils ne s’intéresseraient qu’à eux et à leur carrière ! D’autres se cachent derrière leur petit doigt pour emporter les élections et préfèrent apparaitre localement sans étiquette pour démontrer leur capacité à défendre les intérêts de la population. Mais ils élisent les représentants de leur parti au Sénat et s’appuient sur les outils des partis pour orienter leurs décisions.
Tout cela relève d’un certain folklore et d’une belle hypocrisie. La défiance vis-à-vis des partis et des leaders politiques s’est transformée en rejet pur et simple du mot politique.
Dès lors qu’on est candidat à une élection, possible élu demain, on entre dans la sphère publique. On devient de possibles responsables politiques qui doivent faire des choix au quotidien entre des priorités différentes, celles de financer le bio à la cantine ou une navette de transport à la demande, de faire payer les services en fonction des revenus ou d’exclure les plus pauvres de l’accès à ces mêmes services dits publics, de confier la gestion de certains d’entre eux au secteur privé ou de les gérer en régie. Tous ces choix sont respectables. Ils sont éminemment des choix politiques et pas forcément des choix partisans.
Tous ces choix sont souvent contraints par les possibilités budgétaires ou l’acceptabilité des personnes concernées ou pas. Ils demandent parfois du courage, nécessitent d’être expliqués et évalués. Les élus peuvent choisir d’associer les habitants (et pas seulement les électeurs) au processus décisionnel. Pour autant la décision leur revient et ils en sont responsables quoiqu’il advienne.
On peut regretter ou se féliciter de la faiblesse actuelle des partis politiques, voire du personnel politique siégeant au niveau national et aussi parfois au niveau local. Je plaide pour qu’il y ait plus de travail au sein des organisations politiques qui sont des laboratoires d’idées et normalement le creuset des politiques publiques de demain. On a besoin d’anticiper les effets du réchauffement climatique, les impacts des décisions internationales, nationales et régionales. Le monde change et les aspirations de la société aussi. On a le choix entre subir ou agir à temps pour accompagner les changements nécessaires.
En l’absence de réflexion politique suffisante, de mise en débat voire de confrontations d’idées et de points de vue, c’est à coup sûr la démagogie, le populisme et les médias, qui font le buzz autant que la fortune de ceux qui les dirigent, qui prennent le pas sur le pouvoir politique.
Faut-il vraiment rêver que le mot politique devienne une insulte, un opprobre, voire qu’il soit sorti du dictionnaire, alors qu’il n’y a rien de plus noble que de gérer collectivement la vie de la cité et de discuter tous les choix que cela engendre sur la base de convictions qui se traduisent dans la négociation et s’évaluent dans l’action et les méthodes utilisées ?
L’émergence des listes participatives et citoyennes annonce-t-elle un renouveau des gouvernances locales ?
Après Saillans en 2014 et plus de 600 listes dites citoyennes et participatives en 2020, il semble bien qu’un nouvel élan se manifeste cette année. C’est bien sûr le fruit d’un travail militant de plusieurs réseaux et d’un renouveau municipaliste. C’est aussi une conviction qui grandit que l’on ne peut plus gérer la cité sans les citoyens, sans les habitants qui souhaitent avoir leur mot à dire, au moins sur les grandes décisions. La possibilité d’accueillir les volontaires au sein d’assemblée citoyenne auprès des conseils municipaux, permet d’envisager une évolution du dialogue entre élus et habitants au sein de l’espace communal et peut-être aussi intercommunal. Le mandat qui vient pourrait bien consacrer cette formule qui permet aussi d’offrir aux hommes qui ont dû céder leur place aux femmes dans les conseils municipaux, parité oblige, une légitimité différente sans perte de l’expérience acquise toujours mise au service de la commune.
J’ai moi-même été invité au cours de ces derniers mois, à accompagner plusieurs démarches participatives dans plusieurs communes de l’Est. Ces initiatives émergent d’abord pour construire une liste alternative à la liste unique autour des sortants, forcément élue d’avance puisque sans opposition. Il y a une envie de donner le choix, de favoriser la mise en débat des dossiers sensibles et ensuite de gérer et de s’organiser de manière plus collégiale en associant les habitants. Le besoin de méthode et de connaissance des fonctions municipales est aussi important. Mais la démarche ne garantit ni le résultat, ni le maintien d’une dynamique participative après l’élection si la volonté politique est floue et les outils méthodologiques ne sont pas mobilisés qui s’appuie sur une ingénierie de facilitation et parfois une expertise extérieure.
A cet égard l’enquête IFOP portant sur la connaissance, les perceptions et les attentes des français à l’égard des listes citoyennes, réalisée en novembre dernier pour le compte de « Fréquence commune », soulève certaines contradictions ; 66% des français souhaite qu’une liste citoyenne et participative se présente aux élections municipales de 2026. Pour autant 77% ne souhaite pas se présenter, ni en mars prochain, ni lors des élections municipales ultérieures.
A ce compte là, le local peut-il réveiller la démocratie ?
Cela est d’autant plus exigeant que des personnes qui ne se connaissent pas élisent certaines d’entre elles pour qu’elles gèrent ensemble la cité.
La sociocratie s’appuie elle sur le pouvoir de l’intelligence collective et de l’interconnaissance entre des personnes qui souhaitent construire ensemble et avec d’autres tout en partageant un même projet au service du bien commun.
La gouvernance locale est un acte politique fort, un apprentissage du choix pour les autres et des principes de décision collégiale dans le respect des opinions parfois divergentes. C’est la construction du consentement.
C’est le socle d’une démarche de développement local.
Claude Grivel,
Président de l’UNADEL

