C’est à la fois en mon nom propre, comme compagnon de route au cours de ces 8 dernières années, et comme président de l’Union Nationale des Acteurs du Développement Local que je viens te rendre hommage aujourd’hui Philippe, pas très loin du Canigou enneigé qui se dresse comme une boussole pour toi et beaucoup des acteurs locaux catalans et occitans.

C’est aussi et surtout pour porter les messages de compassion et d’amitié à ta famille, de la part de tous ceux que l’annonce de ta mort a bouleversés, choqués, laissés sans voix. Beaucoup nous l’ont fait savoir, qu’ils appartiennent aux réseaux du développement local et social, à ceux de la transition et de l’éducation populaire, de l’économie sociale et solidaire ou encore aux services de l’Etat, de la formation permanente, des universités et des collectivités locales et territoriales.

Dire à Virginie, ta compagne, à Juliette, votre fille, à ta maman, à tes frères et à ta sœur et à tous ceux de ta famille qui sont si fiers de ton parcours, combien nous souhaiterions toutes et tous pouvoir vous apporter le soutien et le réconfort dont vous aurez besoin dans les jours, les semaines, les mois à venir parce que vous aurez à présent à poursuivre le chemin en s’appuyant sur la seule force de ton souvenir.

Dans les réseaux du développement local, des professionnels du développement social urbain, dans les milieux universitaires, de la formation des agents de la fonction publique territoriale comme dans celui des territoires de projet engagés dans la construction des transitions, tu as, Philippe, une place singulière. Ta personnalité nous a tous marqués, faite de discrétion et d’humilité, ancrée dans un humanisme à fleur de peau, avec une sensibilité et une attention aux autres, aux plus pauvres comme aux plus grands intellectuels, et une qualité d’écoute exceptionnelle.

L’Unadel t’a recruté le 1er février 2018 pour animer la Carrefour des Métiers du développement local et du développement social urbain. Tu étais depuis longtemps, un compagnon de route des réseaux des développeurs territoriaux et des professionnels de l’action sociale. Tu nous a permis de croiser les spécificités des acteurs de la politique de la ville avec ceux des territoires ruraux.

Depuis une semaine et la terrible annonce de ta disparition bien trop jeune, bien trop tôt, les messages de sympathie, de condoléances, de souvenirs partagés et les témoignages nous parviennent d’un peu partout, de toutes les régions de France, d’outre-mer, du Québec et d’ailleurs, émanant de structures publiques ou privées, de collectivités et de nombreux réseaux d’enseignants chercheurs de diverses universités, de la transition ou autres organismes agissant pour la transformation sociale et écologique de nos lieux de vie et d’habitat.

Tous disent le choc, l’immense tristesse dans laquelle tu nous laisses. Tous expriment combien ils t’ont apprécié, aimé, reconnu pour ton savoir-faire et encore plus pour ton savoir-être.

Dans toutes les actions de formation, de sensibilisation ou d’Écoute que tu as menées, tu as eu une place singulière et déterminante. Ton visage, ton sourire resteront comme la marque de cette empathie que tu véhicules partout où tu vas, sac au dos et écouteurs dans les oreilles.

En traversant le pays pour venir te dire au revoir, je me suis demandé combien de trains tu avais pu prendre en huit années de travail à l’Unadel, combien d’heures passées sur les rails qui relient les hommes et les territoires de ce pays que nous avons en partage. Le train est devenu ton quotidien, ton bureau mobile qui ne t’a presque jamais empêché de participer à nos réunions en visioconférence.

Je voudrais retenir ici quelques-uns des mots, certains déjà cités, que tu as incarnés. Ils sont tiens :

  • Humilité et discrétion, présent mais sans jamais gêner ni imposer ;
  • Empathie, toujours ;
  • Sourire permanent et accueillant
  • Confraternité professionnelle et humanisme, avec convictions et détermination, dans les situations d’animateur de groupes, de formateur
  • Savoir-faire émancipateur et anticipateur
  • Voyageur nomade et sportif (les baskets jamais très loin) ;
  • Patience et pédagogie lente, dans l’écoute et la reformulation ;
  • Capteur d’idées nouvelles, de pratiques décalées et signifiantes, de courants de pensée sensibles à l’évolution, aux personnes, au vivant en général ;
  • Transmetteur et animateur de communautés apprenantes, accompagnateur et en appui à ceux qui agissent sur le terrain et qui ont le nez sur le guidon.

Tu as su allier écoute et ingénierie, simplicité et technicité, croiser les savoirs académiques avec le vécu réel de ceux qui habitent leur territoire et parfois le subissent.

Je cite Denis Bourque, ton ami universitaire québécois avec qui nous étions toi et moi à Toulouse en juin 2025 : Philippe est « un véritable rassembleur capable d’inspirer les pratiques professionnelles et les politiques publiques qui concernent l’action collective et territoriale, principalement autour de l’enjeu central de la transition socio écologique ».

Philippe reste dans notre patrimoine culturel comme l’acteur stratégique en francophonie, des pratiques et des métiers du développement collectif.

Avec les membres de Unadel et de son environnement, avec les administrateurs, Marc Valette, Pierre-Jean Andrieu, Alix Roche, Xavier Lionnet, Georges Gontcharoff, Anne Carton en particulier, avec tes collègues et partenaires, anciens ou plus récents, avec Jean Maillet, Sylvain Adam, Rémi de Montaigne, Valérian Poyau, Yvan Lubraneski, Clémence Dupuis, Carole Begel, Sylvain Pambour, Claire Poinsignon, Jean-Yves Pineau, Victor Burette, Mathilde Vanderrusten, Anne Carton, Julian Perdrigeat, Jean-François Caron, Noël Lenancker, Michaël Restier, Alexandra Vidal, Karine Dupuis et Khalid Ida Ali, les représentants des laboratoires de recherche et universités de la Catho de Lille, du Leiris de Montpellier, de Grenoble, Lyon, Dijon, Paris 8, Senart, Toulouse, Montréal, Genève, avec tes anciens collègues de Réciprocités en Occitanie, je voudrais conclure ce propos en faisant miens les mots que Valérian m’a adressés ce vendredi matin 10 avril en parlant de toi : « Je retiens surtout sa grande attention à l’autre, aux autres, un accueil tout en douceur. Son engagement pour la conciliation des enjeux sociaux et environnementaux m’a marqué et inspiré. Enfin le travail de mise en lumière de pratiques populaires tout en essayant de ne pas parler ou faire à la place de. »

Ces mots illustrent parfaitement je crois ton engagement Philippe, ton engagement pour la transition juste dont tu as contribué à nous faire partager le concept et à la faire connaître plus largement par tes écrits.

Ta maman, ta famille, Virginie et Juliette peuvent être fières de ton œuvre.

A nous de poursuivre le chemin que tu as tracé tandis que tu prends celui des étoiles.

Claude Grivel
Président de l’Unadel
Canet en Roussillon, 10 avril 2026

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