L’effet « gilets jaunes », un coup d’éclat permanent ? – L’édito de Claude Grivel #5

Publié le 24 avril 2019 | dans Actualités, Edito, Tribune | par Valérian Poyau

Notre pays fait partie des plus favorisés et des plus riches au monde, mais ce n’est pas ce que ressentent nos concitoyens. Ses valeurs démocratiques, républicaines et humanistes, longtemps inspirantes pour le monde entier, sont trop peu incarnées dans les sphères du pouvoir et encore moins partagées par l’ensemble de la communauté nationale. Il y a un réel danger à parler de cohésion sociale et territoriale en laissant des formes d’expressions et d’actions communautaristes se développer qui laissent place au racisme et à la xénophobie et désignent des boucs émissaires (les migrants, les musulmans, les juifs, l’islam etc…).

Or faire société, c’est faire communauté. Faire société, c’est favoriser la confrontation des idées, en utilisant le conflit comme levier, quand il est là, pour construire sans violence les compromis nécessaires qui permettent la sortie de crise. Toute mise sous le boisseau risque d’alimenter les explosions futures.

Passer du jaune au vert, du rond-point à l’agora

Il y a beaucoup à gagner dans le réinvestissement des citoyens dans la vie publique du pays, il y a beaucoup à perdre en cas d’espoir déçu.

Toutes les échelles de gouvernance, nationales, régionales, locales sont mises au défi de créer les modalités et le cadre qui facilitent l’organisation pérenne de temps et de lieux de débats ouverts à tous. Les plus instruits et les retraités se mobilisent facilement. Mais peut-on se passer de l’avis et des propositions de tous les autres, ceux qui réinventent le bistrot de quartier au bord des ronds-points, comme ceux que l’on désigne comme des invisibles, les plus pauvres, les plus en marge ?

Chacun est une part de la solution.

Le pouvoir de vivre et le pouvoir d’agir

Pouvoirs et contrepouvoirs, gouvernements, élites dirigeantes et corps intermédiaires ont été pris à contrepied par le mouvement des gilets jaunes. Nos réseaux associatifs montrent aussi leurs limites. Or les enjeux sont là : aspiration à plus de justice, à la réduction des inégalités sociales et territoriales, à plus de partage des richesses, mais aussi à plus de considération, de respect et d’écoute.

Quand Notre Dame brûle, on trouve en 24h les moyens de reconstruire. Force et puissance des images et de l’émotion partagée. Mais aussi besoin d’afficher sa contribution à l’effort nécessaire. Tellement d’autres causes le mériteraient, de la lutte contre la pauvreté à l’accueil des migrants en passant par la transformation de notre modèle économique pour donner des chances de survie à l’humanité et pas seulement à la planète.

En signant, au nom du conseil d’administration de l’Unadel, l’appel à un pacte écologique et social regroupant les propositions de nombreuses associations mobilisées par Laurent Berger et Nicolas Hulot (CFDT et Fondation pour la Nature et l’Homme), c’est pour faire entendre la petite musique du développement local : la transformation sociétale ne se fera pas sans les territoires et leurs habitants, ni sans expérimentation de nouvelles formes de gouvernance inspirantes et stimulantes pour développer l’engagement coopératif permanent. Cela nécessite de mobiliser les outils de la formation et de l’ingénierie d’animation du débat, pour redonner toutes ses lettres de noblesse à l’exercice individuel et collectif du pouvoir d’agir responsable et citoyen dont l’espace européen pourrait être le laboratoire d’expérimentation

Venez en débattre avec nous le 6 mai à Paris à l’occasion de la présentation du livre « vous avez dit développement local » et à notre assemblée générale le 17 mai prochain… avant de faire le choix de l’Europe le 26 mai.