Samedi 11 avril, lors de la journée “Dans les pas de Michel Dinet” à Vannes-Le-Châtel, le maire de Kingersheim, Jo Spiegel, en appelait à “un nouvel âge démocratique”. Nous partageons ces paroles qui reflètent bien l’esprit de Michel Dinet et donne de l’élan pour l’avenir.

Chers citoyens bâtisseurs,

Quand je viens d’Alsace, en ami, dans ce village qui m’est familier et sur cette terre qui me parle au cœur, et quand je mets mes pas dans les traces de Michel Dinet, alors oui, je sens monter en moi ce besoin tout à la fois d’utopie, de rêve, de vision, d’espérance; mais aussi d’indignation, de résistance, de révolte, de colère; mais encore, d’engagement, de régulation, de décision, d’implication.

Et l’on voit bien que notre démocratie est en panne, souffrant de sa propre paresse, parce que ces trois cultures, ces trois attitudes qui sont en nous, qui s’expriment entre nous, qui se développent dans l’espace commun, ne cessent de s’ignorer et donc de s’opposer.

Aux uns l’utopie, ceux-là ignorent la réalité. Aux autres l’indignation, ceux-ci ne s’engageront jamais. Aux derniers, l’engagement, mais au passage ils ont oublié et l’utopie et la capacité de s’indigner.

Pour réenchanter la démocratie, il nous faut donc apprendre à fertiliser ces trois cultures et donc à associer les citoyens et toutes les ressources démocratiques en amont de la décision ; à donner le temps au temps pour le débat et à faire l’épreuve de l’élaboration collective et du « faire ensemble ».

En d’autres termes, osons le dire, pour que la démocratie soit l’affaire de tous, il faut que la politique cesse d’être l’affaire de quelques-uns.

Et pour permettre à chaque habitant de réaliser sa citoyenneté, les élus devront être plus que jamais des passeurs et des animateurs des processus de décision.

Nous devrons revisiter l’égalité démocratique. Nous devrons faire abstinence de certitudes et profusion de convictions. Nous devons être des passeurs, entre ce que nous disons et ce que nous faisons car les citoyens ne supportent plus les promesses non tenues ; entre le sens et l’action parce que les gens veulent simplement comprendre ; entre le local et le global parce que le territoire est un bout de planète et non pas un bocal ; entre la personne et l’universel parce que la citoyenneté est l’antidote de l’individualisme cynique qui mine le Pacte Républicain à travers le « moi d’abord, tout et tout de suite ».

Enfin, nous devons être des passeurs entre le haut et le bas : il n’y a pas de plus grande urgence, il n’y a pas plus essentiel que de réduire le fossé qui n’a cessé de se creuser entre les représentants et les représentés, avec ses lots de méfiance, de défiance, de discrédit, de soupçon, d’abstention et de vote de protestation.

Nous serons donc demain, plus que des gestionnaires de deniers publics, mieux que des bâtisseurs des temps modernes. Nous serons modestement et humblement des animateurs d’une Démocratie de Participation exigeante pour réussir les métamorphoses.

Exigeante parce que interactive avec des rendez-vous réguliers entre les habitants et les élus, exigeante parce que lente pour aller au fond du sujet, exigeante parce qu’édifiante pour donner le meilleur de soi-même. Cela concerne les élus comme les habitants dans leur capacité de relier le Je au Nous, l’immédiat au long terme et le particulier au général.

Car vous le sentez bien, quand les citoyens ont le sentiment qu’on ne s’intéresse à eux que pour les élections, et quand le modèle démocratique essentiellement électoral et le plus souvent partisan est à bout de souffle et véritablement en crise, alors il nous faudra oser un vrai retournement démocratique.

Il s’agira de pratiquer plus de démocratie dans l’intervalle des élections que pour les élections. Il faut associer les citoyens au processus de décision plutôt que de se complaire dans l’entre-soi des élus et des clivages partisans souvent artificiels. Il faut tenter de fertiliser les points de vue différents plutôt que de se cantonner dans des affrontements stériles. Il faut susciter le pouvoir d’agir des citoyens pour sortir de la démocratie providentielle, de l’assistanat civique et du « y a qu’a, faut qu’on ». Il nous faut travailler à une éthique de débat, c’est-à-dire la capacité de parler vrai et de s’écouter.

Pour réussir ce retournement, il nous faut revisiter l’égalité qui est tout le contraire de l’uniformité.

L’égalité démocratique, c’est d’abord reconnaitre la singularité de chaque personne. Chaque personne est importante et unique au monde. Je pense en particulier à ceux qu’on appelle les invisibles, les sans-grade, ceux à qui on ne demande jamais leur avis, ceux qui vivent les fins de mois difficiles…C’est gagner dans la réciprocité des échanges, de plain-pied et non pas d’étage à étage, c’est là le sens de l’intelligence collective. C’est de grandir dans la construction du commun.

Construire du commun, c’est considérer les trois ingrédients spécifiques qui sont particuliers à l’agir public : c’est d’abord la complexité car toute décision est complexe et que ceux qui considèrent que les choses sont simples sont des menteurs. Il s’agit d’autre part de la durée, c’est-à-dire le temps de maturation nécessaire pour prendre une décision. Il s’agit enfin d’altérité, c’est-à-dire que lorsqu’on est dans une séquence démocratique, on n’est pas d’abord dans sa propre préoccupation, on s’inscrit pour l’autre, l’autre proche, l’autre éloigné, l’autre qui n’est pas encore né.

Faire (re)naitre la Démocratie, c’est accepter de ne plus avoir de certitude, c’est croire en des convictions. Pour ma part, j’en vois trois : concilier démocratie et exigence : j’aime à dire « tant que la démocratie est à un stade infantile, il ne faut pas s’étonner que la politique soit une cour de récréation »; conjuguer démocratie et grandissement personnel; Emmanuel Mounier écrivait ceci : «  L’homme ne s’atteint que s’il ne vise plus haut que lui-même »; relier démocratie et transformation quand le consensus mou est une technique de pouvoir pour quelques élus, le compromis dynamique est le fruit de l’élaboration démocratique pour progresser ensemble.

Chers amis, y a-t-il lieu plus emblématique que Vannes-le-Châtel, ce pays, ce département de Meurthe-et-Moselle que d’en appeler ce soir, ici, à un nouvel âge démocratique et construire un autre rapport au pouvoir.

Et de citer Hannah Arendt : « Le pouvoir nait quand les hommes travaillent ensemble, il disparait lorsqu’ils se dispersent ».

Alors rassemblons-nous.

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