Les territoires à l’épreuve d’un changement de cap

L’été caniculaire et la sécheresse historique de 2026 ont marqué pour notre pays une entrée frontale en anthropocène. Et les manifestations lycéennes et étudiantes de grande ampleur auxquelles nous assistons cet automne sont sans doute également alimentées par cette réalité qui s’impose à tous. Comme le souligne « La Fabrique écologique » dans un article publié le 23 octobre sur le site Cdurable, la jeunesse est descendue dans la rue non seulement pour exprimer son angoisse d’un avenir de plus en plus précaire et demander davantage de moyens pour l’éducation, mais aussi pour exprimer son sentiment d’abandon de la part des institutions, son rejet d’une mise en concurrence généralisée et son refus d’être formée pour un système destructeur du vivant. Elle exprime une angoisse existentielle et une contestation systémique dans lesquelles le changement climatique agit comme comme un catalyseur.

Dans les territoires aussi, l’heure n’est plus aux promesses d’un progrès linéaire. Le « en même temps » de la croissance verte apparaît de moins en moins tenable face aux réalités climatiques et à la pénurie d’argent public. De nombreux élus locaux, dont le mandat débute à peine, prennent conscience que l’enjeu central des prochaines années consistera avant tout à maintenir l’habitabilité de leur territoire au lieu de renforcer son attractivité. Il va falloir mobiliser prioritairement les moyens financiers des collectivités dans la transformation des crèches et des écoles pour les adapter au changement climatique, ou encore sécuriser les réseaux d’eau et d’énergie pour les prochaines années.

Comme l’explique Alexandre Monnin dans un article paru le 2 septembre sur le site de The Conversation, l’action publique des territoires s’est construite durant des décennies sur une logique d’expansion, mais la redirection écologique impose désormais d’inscrire celle-ci dans un cadre qui nécessite renoncements, fermetures et réaffectations pour aligner nos sociétés sur les limites planétaires. Ainsi, certains projets autrefois jugés structurants apparaissent désormais incompatibles avec les réalités climatiques. C’est le cas par exemple de projets de contournements routiers en Ille et Vilaine, de stations de ski en Isère, ou encore d’un moratoire sur toutes les constructions décidé dans le Pays de Fayence (83) où « jusqu’à présent on adaptait l’eau à l’urbanisme, maintenant on adapte l’urbanisme à l’eau » (cf : l’Écoute Territoriale de l’Unadel en 2023).

Loin des caméras et des cars de CRS, nous assistons donc aussi dans les territoires à un basculement culturel majeur, certes à bas bruit, mais qui est en passe de transformer profondément la posture des élus, de leurs équipes, et de nombreux acteurs locaux, longtemps habitués à inaugurer des équipements plutôt qu’à célébrer des zones humides préservées. Dans ce contexte, nul doute qu’un développement local débarrassé de son ancienne logique d’expansion économique, aura un rôle clef à jouer dans les prochaines années pour faciliter ces dynamiques de redirection, en contribuant à construire de nouveaux récits territoriaux et en œuvrant à l’association directe des habitants pour que le renoncement soit vécu non comme un échec mais comme un choix collectif juste et un indispensable levier de résilience.

Stéphane Loukianoff, trésorier adjoint de l’Unadel

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